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Naturalisme

Le naturalisme est un mouvement littéraire qui est né dans la seconde moitié du XIXème siècle, qui s’est attaché à décrire la réalité telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait être ; on sait que Zola s’est déclaré disciple de Claude Bernard (l’auteur de « l’introduction à la médecine expérimentale), n’hésitant à écrire « le roman expérimental », livre dans lequel il prétend appliquer à la littérature les principes du grand savant.

Par sa description qui se voulait objective de la réalité sociale, le naturalisme a contribué à la prise de conscience des inégalités sociales, à la naissance des droits de l’homme, à l’émergence du droit d’expression. L’art est devenu accessible à tous, une esthétique nouvelle étant créée, la littérature ou la peinture traitant de sujets quotidiens.

La place de la science dans le mouvement naturaliste est essentielle : la théorie de l’hérédité, la thermodynamique, comme l’a si bien démontré Michel Serres, sont au cœur de l’œuvre d’Emile Zola.

 

La définition du naturalisme

Le naturalisme est avant tout un mouvement littéraire : Zola, Maupassant, Mirbeau, A.Daudet sont les auteurs naturalistes français les plus connus, lus et étudiés encore maintenant. Emile Zola est sans aucun doute la figure marquante grâce à son œuvre de théoricien, auteur de « les Rougon-Macquart », projet grandiose d’étude de la société à travers l’histoire d’une famille. Le naturalisme est un système de pensée qui veut expliquer les phénomènes naturels et sociaux grâce aux progrès scientifiques prodigieux que le positivisme d’Auguste Comte a exaltés. Celui-ci, créateur d’une nouvelle science, la sociologie, a imposé un nouveau sujet d’étude : les sociétés humaines. La raison qui a permis de comprendre le mouvement des planètes, qui a mené Darwin a défendre la théorie de l’évolution, peut maintenant s’attaquer à l’étude des mécanismes sociaux : aucune limite ne lui est imposée, son pouvoir est infini. Le principe de la sélection naturelle (les êtres vivants se reproduisent, les plus forts, c’est-à-dire les mieux adaptés, éliminant les plus faibles) devient un principe explicatif de l’évolution des sociétés. La théorie de l’hérédité, qui veut expliquer la transmission des caractères observés chez les êtres vivants sera appliquée par Taine aux sciences humaines ; Zola en fera le fil conducteur de « les Rougon-Macquart ». Chaque personnage possède une histoire déterminée par son hérédité : il n’est pas maître de son destin puisque son caractère est partiellement influencé par ses origines.

La vision du monde exprimée par les auteurs naturalistes est en général très pessimiste, on note ici l’influence du philosophe allemand Schopenhauer traduit en français à partir de 1880 et que Zola a lu (en particulier « pensées, maximes et fragments » traduit en 1880).

Le paradoxe mérite d’être relevé : alors que la science semble triompher, c’est finalement un certain pessimisme qui s’installe, l’homme étant dominé par des forces obscures qu’il a su découvrir mais qui le submergent.

 

La  dimension européenne du naturalisme

Le naturalisme possède une forte dimension européenne de par les thèmes abordés, de par le rayonnement européen des œuvres naturalistes exprimé par les nombreuses traductions, enfin de par l’influence du mouvement littéraire sur l’évolution des idées à la fin du XIXème siècle.

Le naturalisme peut être approché de multiples manières. On peut s’intéresser à l’image de la femme, à la condition ouvrière, à la naissance du capitalisme…mais aussi à l’écriture (Zola et Maupassant sont des maîtres incontestés du roman), à la place de l’art ou de la science dans les romans de Zola.

Zola a été largement traduit avec parfois quelques parties censurées ou au moins édulcorées, ce qui permet de comparer les sociétés européennes à une époque donnée.

On note qu’une réflexion sur le naturalisme européen est facilité par l’existence de traductions des auteurs dans diverses langues européennes : Ibsen, Hamsun, Strindberg, Thomas Hardy, Thomas Mann (avec son premier roman :les Buddenbrook), Camille Lemonnier…

Avec le naturalisme, la place de l’écrivain dans la société change : il devient un professionnel de l’écriture, appliquant des techniques sans se référer explicitement à une vague « inspiration ». Toutefois, l’étude des textes met en évidence qu’il ne suffit pas d’utiliser des recettes pour créer un chef d’œuvre, donc une attitude critique est facilitée : on connaît la manière de faire, la qualité du résultat final sera appréciée avec d’autant plus de nuance.

Si Zola et Maupassant sont encore très lus et étudiés, c’est peut-être parce qu’ils sont d’un accès qui semble facile : la culture générale exigée pour lire avec intérêt ces auteurs est moindre que dans le cas de Hugo ou Chateaubriand voire Flaubert ou Balzac.

L’étude du naturalisme permet de mettre en évidence le fonctionnement d’une école littéraire avec ses maîtres fondateurs, les élèves qui prennent leur distance voire deviennent des opposants. La réception du naturalisme, sujet maintenant bien étudié, offre l’occasion d’initier les élèves à la critique littéraire, de leur faire observer qu’une œuvre peut être étudiée de bien des façons par des hommes divers de par leurs goûts, leur philosophie de l’existence, leur opinions (en particulier politique et religieuse).

Comment ne pas évoquer rapidement le rôle de Zola dans l’Affaire Dreyfus ? La question qu’on peut se poser est de savoir si l’engagement de Zola est une conséquence nécessaire de sa conception de la littérature. J’accuse est sans aucun doute un texte fondateur de la conscience européenne qui mérite d’être étudié par les élèves européens.

 

Conclusion

Etudier le naturalisme en Europe est probablement un choix justifié pour favoriser la dimension européenne de l’éducation : aucun mouvement littéraire n’offre autant d’occasions de mettre en œuvre une pratique transdisciplinaire au collège, au lycée et dans l’enseignement supérieur, faisant appel à l’histoire, aux sciences sociales, à l’histoire des sciences, à l’histoire des arts, à l’histoire des idées…

De plus, le naturalisme a produit des œuvres encore appréciées par le grand public et par les adolescents : Zola, Maupassant sont lus au collège et au lycée, Ibsen et Strindberg ont un rayonnement européen, leurs pièces étant souvent représentées sur les scènes européennes. Le grand naturaliste allemand Gérard Hauptmann est moins connu en France, Thomas Hardy est disponible en traduction. Il est aussi intéressant d’étudier les conséquences du naturalisme sur la littérature du XXème siècle, avec en France Roger Martin du Gard, en Italie Italo Svevo, plus tard le roman américain…

Cette thématique offre nombre de sujets de travail dans le cadre de projets de coopération européenne pour des élèves à partir de la classe de quatrième et jusqu’au baccalauréat.