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Le
discours de Jean Chabaud
président des Combattants Volontaires de la Résistance
de la Marne

Monsieur
le Préfet, Monsieur le Président du Conseil Général,
Mesdames Messieurs les Parlementaires, élus
départementaux et locaux,
Mesdames, Messieurs, chers Amis de la Résistance
et de la Déportation,
Chers Lauréats.
Au
nom des Combattants Volontaires de la Résistance de la Déportation
Marnaise, je voudrais tant d'abord vous dire Monsieur le Préfet
combien nous vous sommes reconnaissants de nous accorder cet après-midi
pour la cérémonie de proclamation des résultats
du concours scolaire de la Résistance et de la Déportation
2006 au collège Jean Moulin, et ceci avec l'aimable concours
de Monsieur le Président du Conseil Général et
de Monsieur le Maire de Saint-Memmie.
Merci
à vous Monsieur le Principal de nous recevoir dans votre établissement,
le seul de notre département portant le nom de ce grand Préfet
de la République Jean Moulin, figure éminente de la Résistance
et qui en incarne l'unification.
Merci
à Madame l'Inspecteur d'Académie, à ses services.
Merci à vous Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs
les professeurs, qui avez su intéresser et motiver vos élèves
à ce concours.
Merci
également à Monsieur le Directeur du Service Départemental
de la Marne de l'Office National des Anciens Combattants et Victimes
de guerre pour l'organisation du voyage offert à nos lauréats
avec visite du camp du Struthof et du Centre Européen du Résistant-Déporté.
Nous
retrouver ici a aussi force de symbole.
Cette année, le sujet " Résistance
et Monde rural " sur lequel collégiens et lycéens
ont réfléchi guidés par leurs professeurs et avec
la participation des nôtres les plus valides a peut être
surpris.
C'est
en effet la première fois, depuis 1958, année de sa création
que le concours a invité à la réflexion sur la
Résistance dans nos campagnes, mais aussi sur les relations particulières
entre la résistance urbaine et le monde rural.
Pourtant
ce thème avait sa raison d'être.
N'oublions pas qu'en 1939, à la déclaration
de guerre, sur 40 millions de Français, la moitié de la
population est rurale.
Après
la défaite de juin 1940, le gouvernement de Vichy et son chef
présentent le monde paysan comme le socle valeureux de la France
nouvelle. Mais en zone occupée l'hostilité à l'égard
de l'occupant progresse rapidement parce que dans les villages on a
conscience d'une autre réalité qui pèse de plus
en plus lourd au quotidien : la restriction continue des libertés,
les confiscations autoritaires, les prélèvements insupportables
sur les récoltes génèrent une méfiance,
qui devient une défiance, un refus de subir.
Dans
le même temps les ruraux ne sont par imperméables à
l'appel du 18 juin dont ils finissent par entendre parler sous une forme
ou sous une autre.
Pourquoi
se résigner à l'humiliation et à l'asservissement
alors qu'un homme, le général Charles de Gaulle rassemble
ceux et celles déterminés à tout faire pour libérer
la France et lui rendre sa capacité à être elle-même.
Les vrais valeurs de Liberté, Égalité,
de Fraternité ont toujours tout leur sens.
Dans les campagnes aussi cet appel est une espérance,
celle d'un monde prêt à se remettre debout, pour défendre
la dignité de l'homme, l'égalité du droit pour
chacun, la démocratie, et la République.
Combien de paysans on aidé les victimes d'un
exode impitoyable à rejoindre leur chez soi ?
Combien d'armes abandonnées furent récupérées
et cachées pour être à la Libération contre
l'occupant ?
Combien d'évadés soucieux de ne pas
être repris ont été assistés ponctuellement
ou régulièrement ?
Que dire de tous ces aviateurs alliés tombés
sur notre sol qui, grâce à des filières efficaces,
dont une très importante traversait notre département,
sont parvenus à rejoindre la Grande Bretagne en franchissant
les Pyrénées.
On ne peut oublier ces hommes souvent exténués,
parfois blessés secourus ici par la famille Lundy de Beine, recueillis
par le maquis de Trecon après le bombardement de Mailly, guidés
par le maquis des Chênes après le bombardement du nud
ferroviaire de Revigny sur Ornain. Et combien d'autres chez les Servagnat
à Épernay, on pourrait multiplier les exemples.
Qu'en aurait-il été des réfractaires
au STO s'ils n'avaient pas pu se cacher dans les villages, se fondre
dans la vie de la ferme, ou dans les chantiers forestiers de l'Argonne
?
Que seraient devenus les maquis sans le ravitaillement
des paysans ?
Qu'auraient été les parachutages sur
les terrains homologués par le BOA sans le concours des ruraux.
On ne peut oublier le groupe Tritant l'un des plus
actif, tant par les parachutages réalisés que par les
sabotages réussis souvent à la barbe des occupants comme
la destruction des camions de la rue Pasteur à Châlons,
et qui comportait autant de citadins que de ruraux.
Ces derniers, il ne faut pas l'oublier, ont aussi
participé pleinement au sein de la Résistance aux plans
de ralentissement des renforts ennemis envoyés vers les plages
de débarquement.
Leur parfaite connaissance du terrain a fait d'eux
d'intrépides guides des unités alliées libérant
notre territoire.
Chers amis, nous avons devant nous ces jeunes des
collèges et des lycées qui ont réalisé un
travail de mémoire pour mieux comprendre le besoin de se souvenir.
Ils ont pris sur leur temps libre, ils ont volontairement
choisi de participer et mis dans leurs rédactions ou leur mémoire
tout leur amour avec cette pudeur et ce sérieux qui témoignent
à la fois de leur générosité et de leur
prise de conscience des grands défis humanistes qui se dressent
régulièrement devant les peuples au fil du temps.
Oui nos lauréats ont montré une passion,
celle du jeune historien, mais ils ont surtout montré une émouvante
appropriation des valeurs que nous partageons, qui sont celles des droits
et des devoirs de l'homme, qui sont celles de la République debout
fidèle à la Nation.
Ces valeurs ne sont pas ringardes comme certains essaient
de leur faire croire.
Elles sont le creuset du vivre ensemble dans la liberté,
le respect de l'autre, la fierté de son pays, la citoyenneté
assumée.
S'il y a eu une Résistance rurale, il y a surtout
eu une résistance de la France dans les diversités de
ses hommes et de ses femmes, de leurs opinions, de leurs engagements
autour d'un ensemble de valeurs partagées dans une conscience
nationale préservé.
Chers lauréats aujourd'hui les acteurs de
la Résistance et les survivants de la Déportation ne sont
plus nombreux, mais nous pouvons vous dire : oui nous avons confiance
en vous, vous qui êtes la France de demain parce que nous avons
confiance en votre capacité de vous dresser si la France était
de nouveau mise en danger par d'autres extrémismes aussi dangereux
que le nazisme.
Jean
CHABAUD
président
des CVR de la Marne
Les
lauréats

À
la demande de Monsieur le préfet,
Élise
ZAHI élève de troisième
au collège Université de Reims
1er prix départemental 2006
fait la lecture du poème d'Aragon " La rose et le réséda
"
LA ROSE ET LE RÉSÉDA
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle et lequel guettait en bas
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle et l'autre s'y dérobât
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles des lèvres du cur
des bras
Et tous les deux disaient qu'elle vive et qui vivra verra
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles au cur du commun combat
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle la sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle l'autre tombe qui mourra
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle lequel préfère les
rats
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle passent de vie à trépas
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat
Celui
qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle la rose et le réséda

Les
lauréats 2006
La
participation de lauréates
à la commémoration de l'Appel du 18 juin 1940
au Monument aux morts de à Reims
le 18 juin 2006

Élise ZAHI
élève du Collège Université de Reims
lit l'Appel du 18 juin 1940

Camille
RACMON
élève du Collège Léonard de Vinci de Vitry-les-Reims
lit l'Appel à tous les Français d'août 1940
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