Enseigner la mémoire ? > Rapports entre Histoire et Mémoire > La mémoire de la guerre d'Algérie
Retour
Menu

De la mémoire des deux guerres mondiales
à la mémoire de la guerre d'Algérie

Mémoire de Vichy et mémoire de la guerre d'Algérie, un même cycle mémoriel

Un sursaut de mémoire

Le mémorial national de la guerre d'Algérie

Le passage du témoignage à l'histoire

Enseigner la guerre d'Algérie

La mémoire du massacre du 17 octobre 1961

1962-2012 : l'enseignement de la guerre d'Algérie
50 ans après la signature des accords d'Évian

 

   La réflexion sur les rapports entre histoire et mémoire à partir de l'exemple des deux guerres mondiales, commencée dans le cadre du stage " Enseigner la mémoier ? " inscrit au plan de formation de l'académie de Reims au début des années 2000, et poursuivi depuis sur le site " Histoire et mémoire" du CRDP de Champagne-Ardenne, peut être élargie et appliquée aux conflits de la décolonisation et en particulier à la guerre d'Algérie ( 1 ).

Mémoire de Vichy, mémoire de la guerre d'Algérie :
un même cycle mémoriel

   Selon Henry ROUSSO ( 2 ) , les souvenirs de la guerre d'Algérie ont connu, décalés dans le temps, le même cycle mémoriel que les souvenirs de Vichy, en quatre phases :

      1/ La première phase correspond à « la liquidation de la crise clôturée par des lois d'amnistie » au lendemain de la 2ème guerre mondiale et de la guerre d'Algérie.

      2/ Elle est suivie d'une seconde phase d'amnésie, d'occultation, d'oubli, de deuil silencieux, qui culmine dans les années 1960 de la république gaullienne.
    À partir de 1962, tout ce qui pouvait rappeler les divisions internes du passé, tant de l'époque de Vichy que de l'époque de la guerre d'Algérie, a été refoulé, tandis que le général de GAULLE plaçait la construction européenne sous le signe de la réconciliation franco-allemande.

      3/ Après l'amnésie vient le temps de l'anamnèse, c'est-à-dire une prise de conscience, un retour progressif sur le passé qu'on avait refoulé, une sorte de retour de mémoire, intervenant une quarantaine d'années après les événements concernés, qui est la durée qui correspond habituellement à la période de deuil, de refoulement d'un passé douloureux, parfois indicible.

       4/ Enfin, pour les deux événements que sont Vichy et la guerre d'Algérie, on est entré presque simultanément depuis une dizaine d'années, dans une phase d'hypermnésie, correspondant à une sorte d'excès de mémoire, par laquelle les souvenirs de l'implication de Vichy dans le génocide et les souvenirs de la guerre d'Algérie occupent une place de plus en plus obsédante dans l'exercice de la mémoire.

Un sursaut de mémoire

   Ce sursaut de mémoire s'exprime à travers de multiples manifestations :

   1/ La multiplication des témoignages et des prises de paroles publiques, vecteurs d'une mémoire plurielle :
         - mémoires des rescapés du génocide et des minorités persécutées, mémoires des prisonniers de guerre, des déportés résistants et politiques, des requis du STO, mémoires des anciens hauts fonctionnaires de Vichy ;
         - mémoire des officiers qui ont commandé en Algérie, mémoire des soldats du contingent, mémoire des irréductibles de l'Algérie française, mémoire des pieds-noirs, mémoire des harkis, mémoire des anciens combattants du FLN, mémoire de ceux qu'on a appelé les « porteurs de valises » ).

  2/ Les revendications d'indemnisation et de réparation exposées par les victimes :
        - rescapés et orphelins du génocide, minorités persécutées en ce qui concerne Vichy ;
        - victimes de la torture ( 3 ), pieds-noirs 4 ), harkis 5 ), soldats du contingent ( 6 ) s'agissant de la guerre d'Algérie.

   3/ L'exigence de reconnaissance officielle formulée par les victimes et progressivement prise en compte par la classe politique et les dirigeants de l'État français :
        - reconnaissance en 1995 par le président CHIRAC, en 1997 et  en 2002 par les Premiers ministres JOSPIN et RAFFARIN, de la complicité de l'État français dans la mise en œuvre du génocide en France ; 
        - requalification de ce qu'on a longtemps appelé les « événements d'Algérie » ou « les opérations de maintien de l'ordre en Algérie », en « guerre d'Algérie » par un vote parlementaire en juin 1999.

   4/ La judiciarisation du passé et le débat sur l'application de l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité :
        - procès TOUVIER, affaire LEGUAY-BOUSQUET, procès PAPON en ce qui concerne la complicité de Vichy dans la mise en œuvre du génocide en France ;
        - affaire AUSSARESSES ( 7 ) s'agissant de la torture en Algérie, processus qui abouti à transformer la justice en vecteur de la mémoire.

   5/ L'instauration de journées commémoratives officielles concernant la mémoire du génocide et la mémoire de la guerre d'Algérie :

        - le 16 juillet, jour anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver, instituée en février 2000 « Journée nationale à la mémoire des victimes de crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux " justes " de France »

        - le 27 janvier, jour anniversaire de la libération du Camp d'Auschwitz par les Alliés, instituée en octobre 2002 par les pays membres du Conseil de l'Europe en « 
Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité »
   
   S'agissant de la guerre d'Algérie, il n'y a pas eu de consensus sur l'adoption d'une date unique à commémorer :
        - le 19 mars ( 1962 ) ?  date du cessez-le-feu en application des accords d'Évian 8 ) mettant fin à la guerre d'Algérie, une guerre qui a fait environ 30 000 morts français et 300 000 morts algériens ( 9 ) ;
        - le 17 octobre ( 1961 ) ?   répression de la manifestation des Algériens de la région parisienne qui a fait des dizaines de victimes, matraqués, jetés à la Seine ( 10 ) ;
        le 8 février ( 1962 ) ?  répression de la manifestation contre l'OAS à l'appel de la CGT et du PCF au métro Charonne, qui a fait 9 morts ;
        - le 26 mars ( 1962 ) ?  fusillade de la rue d'Isly à Alger, au cours de laquelle les soldats ont tiré sur les manifestants sans armes descendus dans la rue à l'appel de l'OAS pour affirmer leur attachement à l'Algérie française, fusillade qui a fait des dizaines de morts, parmi les Européens d'Algérie ;
        le 5 juillet ( 1962 ) ? jour de l'indépendance de l'Algérie, célébration marquée à Oran, par l'exécution de 200 à 300 pieds noirs 11 ), perpétrée par l'Armée de Libération nationale ( ALN ).

  Une " Journée d'hommage national aux anciens membres des forces supplétives qui ont combattu aux côtés de l'armée française durant la guerre d'Algérie " a été instaurée en 2001 et 2002 à la demande du président de la République, Jacques CHIRAC, et fixée au 25 septembre.
   Cette journée a été pérennisée en 2003 par le décret du 31 mars 2003, qui institue « une journée nationale d'hommage aux harkis et aux autres membres des formations supplétives en reconnaissance des sacrifices qu'ils ont consentis du fait de leur engagement au service de la France lors de la guerre d'Algérie », journée
marquée par une cérémonie officielle organisée le 25 septembre à Paris et dans chaque département 12 ).

    Le 17 septembre 2003, le Conseil des ministres a finalement approuvé l'instauration d'une « Journée nationale d'hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord » dont la célébration a été fixée le 5 décembre.
   Le 5 décembre qui ne rappelle aucun événement historique précis de la guerre d'Algérie, correspond en fait à la date d'inauguration par Jacques CHIRAC, en 2002, du Mémorial national de la guerre d'Algérie.
   Cette date a été proposée par une commission composée de représentants du monde combattant et présidée par l'historien Jean FAVIER.
   La plus importante des associations d'anciens combattants d'Algérie, la Fédération nationale des anciens combattants d'Algérie ( FNACA ), et l'Association républicaine des anciens combattants ( ARAC ), de sensibilité de gauche, avaient initialement proposé de retenir le 19 mars, date du cessez-le-feu en Algérie et de l'application des Accords d'Evian, mais cette date a été récusée par les autres associations parce qu'elle correspond à la célébration de l'indépendance de l'Algérie, et par certains anciens d'Algérie parce que c'est la date à partir de laquelle ils se sont sentis trahis par la métropole.
   Au début de 2002, l'Assemblée nationale avait adopté une proposition de loi qui retenait la date du 19 mars, mais le gouvernement de Lionel JOSPIN, considérant que cette proposition n'avait pas réuni une majorité suffisante, avait décidé de ne pas la transmettre au Sénat 13 ).

   6/ L'érection de monuments ou de plaques :
        - monument à la mémoire des victimes de la rafle du Vélodrome d'Hiver inauguré en 1994 par François MITTERRAND, quai de Grenelle ;
        - monument à la mémoire des victimes civiles et militaires tombées en Afrique du Nord, inauguré en 1996 à Paris par Jacques CHIRAC, mais qui n'honorait pas les supplétifs algériens :
        - plaque commémorative en hommage aux manifestants algériens du 17 octobre 1961, apposée en 2001 sur les quais de la Seine  ;
        - mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.

Le Mémorial national de la guerre d'Algérie 14 )

   Inauguré le 5 décembre 2002 par Jacques CHIRAC quai Branly à Paris, à la mémoire des soldats français et des supplétifs algériens, des harkis, tués en Afrique du Nord de 1952 à 1962 , le Mémorial de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie est constitué de trois colonnes sur lesquelles défilent par afficheurs électroniques, la liste provisoire des noms des soldats français et des supplétifs, musulmans d'Algérie, « morts pour la France », ainsi que le texte suivant :

    1 343 000 appelés ou rappelés,
    405 000 militaires de carrière ou engagés,
    près de 200 000 supplétifs
ont servi sur les différents théâtres d'opération d'Afrique du Nord :
      - Algérie : du 1er novembre 1954 au 2 juillet 1962
      - Maroc : du 1er juin 1953 au 2 mars 1956
      - Tunisie : du 1er janvier 1952 au 20 mars 1956

   À l'occasion de l'inauguration de ce mémorial, dont le projet avait été initié en 1998 par le gouvernement de Lionel JOSPIN, et dont l'érection avait commencé en octobre 2001, le président de la République, Jacques CHIRAC, s'est exprimé en ces termes :

   Soldats de métier, combattants volontaires, Français musulmans engagés dans les forces supplétives, appelés et rappelés du contingent : tous ont connu les mêmes épreuves. Tous ont lutté pour le même idéal au service de la République et au service de la France.
   Près d'un million et demi d'appelés et de rappelés ont participé à la guerre d'Algérie. Ils formaient l'essentiel des effectifs. Ces hommes, jeunes, grandis à l'ombre de la deuxième guerre mondiale dont ils avaient enduré les souffrances et les privations, ont, à l'orée de leur vie adulte, connu l'épreuve d'une autre guerre.
   Leur existence en a été marquée pour toujours [...].
   De retour en France, beaucoup, qui avaient servi avec honneur, ont porté seuls le poids de cette guerre dont on ne parlait pas, et qui a laissé de profonds stigmates dans notre mémoire nationale.
   Les Harkis, les membres des forces supplétives, qui ont tant donné à notre pays, ont également payé un très lourd tribut. À eux, à leur honneur de soldats, à leurs enfants qui doivent trouver toute leur place dans notre pays, la France adresse aujourd'hui un message tout particulier d'estime, de gratitude et d'amitié [...].
   Tous les soldats tombés en Afrique du Nord, tous ceux que nous avons pu identifier, ont leur nom sur ce monument du souvenir placé au centre de Paris. Aucun ne doit être oublié. Et je remercie les associations d'anciens combattants qui, avec le ministère de la Défense, ont accompli les longues et patientes recherches nécessaires à cette oeuvre de mémoire.
  La liste qu'ils ont établie n'est pas close. Elle suscitera peut-être des témoignages qui permettront de la compléter et de rendre ainsi justice à des héroïsmes méconnus [...]
  Quarante ans après la fin de la guerre d'Algérie, après ces déchirements terribles au terme desquels les pays d'Afrique du Nord se sont séparés de la France, notre République doit assumer pleinement son devoir de mémoire.
  Au-delà des ombres et des lumières. Au-delà de la mort et des souffrances, elle doit garder vivante la mémoire des deux millions de soldats qui ont combattu, de tous ceux qui ont été tués ou blessés. Fidèle à ses principes et à son histoire, elle associe dans un même hommage ses enfants de toutes origines morts pour la France
.

Le passage du témoignage à l'histoire

   Ainsi, les enjeux de mémoire qui ont longtemps concerné les deux guerres mondiales, se sont progressivement déplacés sur la guerre d'Algérie, pour laquelle, comme pour les deux guerres mondiales, les victimes, leurs descendants, leurs associations, mais aussi les personnalités qui s'expriment à l'occasion des différentes commémorations ( le président de la République, le Premier ministre, le secrétaire d'État à la Défense chargé des anciens combattants, les préfets, les maires… ), invoquent à leur tour le « devoir de mémoire ».

   Même s'ils continuent d'exprimer leurs réticences à l'égard de ce concept de « devoir de mémoire », les historiens et plus particulièrement les historiens de la guerre d'Algérie, français et algériens, constatent qu'il s'inscrit dans un processus de retour de mémoire 15 ) qui a contribué à lancer ou relancer le débat au sein de la communauté des historiens, permis de passer du témoignage à l'histoire, et nourri de nombreux travaux et publications, tels que ceux de Guy PERVILLÉ, Benjamin STORA, Mohammed HARBI, Gilbert MEYNIER, Raphaëlle BRANCHE 16 ).

   Selon Jean-Charles JAUFFRET, « ceux qui ont vécu directement la guerre d'Algérie », après avoir longtemps refusé de parler, ressentent le besoin avec l'âge de faire un retour sur eux-mêmes, devenant après avoir été longtemps « hommes mémoire » et « hommes silences », des « hommes témoins ».

   La multiplication des mémoires particulières, cloisonnées, celles des officiers, des soldats appelés du contingent, des pieds-noirs, des harkis, et l'irruption d'un nouveau groupe social, porteur à son tour de la mémoire algérienne, celui des enfants issus de l'immigration algérienne
, ceux qu'on appelle les " Beurs ", constituent pour Benjamin STORA « un redoutable défi à la société française », avec le risque de voir se développer « une mémoire communautarisée autour de la question algérienne ».

   Dans le même temps, on a vu s'effectuer une relève au niveau des historiens qui, comme le rappelle Jacques FRÉMEAUX, n'ont d'ailleurs jamais cessé de travailler sur la guerre d'Algérie, relève stimulée par l'ouverture depuis 1992 des archives de l'Armée, de la Justice et de la Police, et qui a débouché sur de nombreux travaux universitaires ( 17 ).

   En juin 2006, l’École normale supérieure Lettres et Sciences humaines de Lyon a organisé le colloque international Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne, auquel ont participé des historiens français, algériens, britanniques, allemands, hongrois et italiens.
   Pierre VIDAL- NAQUET en a exposé les objectifs et les thèmes en ces termes :

   Dans un contexte où s’affrontent, sur le sujet sensible de l’histoire franco-algérienne, les porte-parole de groupes de mémoire adverses, et des pressions ou injonctions d’histoires des deux côtés de la Méditerranée, le colloque se propose, pour assainir et apaiser le débat, de rendre la parole à l’histoire.
    Sont donc invités surtout des historiens, français, autres européens, et algériens. En effet, seule une histoire élaborée en partenariat, et fondée sur l’échange et le dialogue international, est susceptible de fortifier sainement les relations internationales, en particulier entre l’Algérie et la France.
   Le colloque est conçu pour aborder la moyenne et la courte durée.
   Il ne devra pas se limiter aux aspects politiques, afin d’embrasser aussi bien l’économie que les migrations, le poids des structures sociales et des mentalités, voire de l’inconscient.
   Mais il devra aussi parler d’histoire politique, d’histoire militaire, de la colonisation, des résistances à la colonisation, et du nationalisme ; sans compter encore de culture, de littérature et d’art.
   Au-delà, cette initiative ambitionne sur le court terme l’intensification des relations inter-méditerranéennes.
   À plus long terme, elle se donne des objectifs concrets comme, par exemple, la conception d’ouvrages historiques, de vulgarisation et/ou de recherche conçus en partenariat franco-algérien, ou la constitution d’une commission mixte d’historiens algériens et français en vue de la réécriture concertée des manuels d’histoire de part et d’autre de la Méditerranée.

Enseigner la guerre d'Algérie

   Il nous faut désormais essayer d'intégrer à notre tour ces contributions multiples dans notre réflexion et dans notre enseignement à l'école, au collège et au lycée, en évitant les amalgames.
   
Il convient en effet, comme le souligne Sylvie THÉNAULT, chercheuse au CNRS, de ne pas plaquer sur la mémoire de la guerre d'Algérie « les conditions du " devoir de mémoire " élaborées à propos de l'épisode traumatique de la période de Vichy », et « de réfléchir en des termes différents pour la guerre d'Algérie », tout en prenant en compte les acquis de l'expérience précédente qu'a représenté le retour de mémoire sur l'épisode de Vichy 18 ).

    En novembre 2000
, à l'Arche de la Défense, Laurent WIRTH, inspecteur-général d'histoire-géographie, a dénoncé le mauvais procès fait aux historiens et aux professeurs de lycée et de collège encore souvent suspectés d'occulter l'histoire de Vichy et de la guerre d'Algérie :

   Paradoxalement, alors que la recherche historique se déploie et que les programmes scolaires intègrent largement l'histoire de Vichy, se développe l'idée que l'on nous cache tout, que les historiens ne font pas leur travail [...]
   Les débats sur la torture pratiquée par la police et l'armée française en Algérie répètent le même processus. Si l'on en croit certains, la guerre d'Algérie serait encore un tabou de notre histoire et on ne l'étudierait pas en classe. Qu'en est-il ?
   Les historiens français ont largement abordé ce sujet et il serait trop long de citer tous ceux qui s'y sont attachés [... ]
   Quant à la place de la guerre d'Algérie à l'école, rappelons qu'elle est étudiée en troisième et en terminale depuis le début des années 80 et que, lorsqu'on regarde les manuels, on constate que la torture ou le massacre du 17 octobre 1961 sont abordés dans le cadre de cette étude.
   En 2001, le groupe histoire et géographie de l'inspection générale a organisé pour les enseignants une Université d'été sur le thème Apprendre et enseigner la guerre d'Algérie et le Maghreb contemporain.
   [....] L'essentiel est de laisser travailler les historiens et de faciliter leur tâche de vérité.
   C'est effectivement à eux de conduire cette procédure de vérité qu'est la recherche historique, c'est à eux d'écrire l'histoire.
   On parle beaucoup de devoir de mémoire. Ne vaudrait-il pas mieux parler de devoir d'histoire et de droit à la mémoire ? N'est-ce pas le meilleur moyen de promouvoir la procédure de vérité que doit être l'histoire ?
   N'est-ce pas aussi le moyen de fonder cette politique de la juste mémoire dont Paul Ricoeur fait un de ses thèmes civiques avoués
19 ).

   En mars 1992, à l'occasion du 30ème anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie et des accords d'Evian, la Ligue de l'enseignement et l'Institut du monde arabe avaient organisé un colloque sur le thème « Mémoire et enseignement de la guerre d'Algérie », dont le compte-rendu a fait l'objet d'une publication du Centre national de documentation pédagogique 20 ).

   En août 2001 à Paris, l'Université d'été consacrée au thème « Apprendre et enseigner la guerre d'Algérie et le Maghreb contemporain » s'est achevée par une table ronde animée par Henry ROUSSO sur le thème « La mémoire et l'histoire » avec la participation d'historiens, d'inspecteurs de l'Éducation nationale et de responsables d'association.
   On peut retrouver l'intégralité de leurs interventions dans les Actes de cette Université d'été, qui ont été publiés en 2002 par le Centre régional de documentation pédagogique de Versailles et le Centre national de documentation pédagogique
 ( 21 ) .

   En octobre 2002, le Bulletin de liaison des professeurs d'histoire-géographie de l'Académie de Créteil dans une mise au point sur l'évolution de l'historiographie et les colloques consacrés à l'histoire de la guerre d'Algérie, rappelait que « contrairement à ce qui a pu être dit et écrit par certains médias, les questions de la torture par des militaires français et de la répression du 17 octobre 1961 ne sont pas absentes des manuels scolaires » .
   On trouvera dans ce même numéro, un dossier destiné à « approfondir le thème de la guerre d'Algérie au collège » constitué d'une fiche-élève et d'une sélection de ressources documentaires, ainsi qu'une proposition d'approche transdisciplinaie en classe de Terminale dans le cadre de l'ECJS, organisée autour d'un débat sur « les mémoires plurielles de l'indépendance de l'Algérie : pour ou contre une commémoration du 19 mars 1962 » 22 ).

   Depuis 2002, Daniel LETOUZEY a mis en ligne un inventaire des ressources documentaires sur la guerre d'Algérie régulièrement mis à jour :  livres et publications, vidéocassettes et cédéroms, choix de sites Internet.

   À signaler également, un travail de collecte de témoignages d'anciens appelés du contingent qui ont été engagés en Algérie, réalisé par le Club Histoire du Lycée Buffon de Paris, en partenariat avec la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie ( FNACA ). Ce travail de collecte de mémoire, a débouché sur la publication d'un ouvrage sur la guerre d'Algérie financé par le ministère de la Défense ( DMPA ), le Conseil régional d'Île de France et la Mairie de Paris 23 ).

   Dans le numéro de janvier 2004 d'Historiens et Géographes, la revue de l'Association des professeurs d'histoire et de géographie, Jean SARRAMEA nous livre son témoignage de professeur d'histoire en classe de Terminale confronté aux difficultés de l'enseignement de la guerre d'Algérie 24 ). 

  Dans le numéro de mars 2004, de cette même revue Guy PERVILLÉ a dressé un bilan de l'historiogarphie de la guerre d'Algérie.


L'historiographie de la guerre d'Algérie, entre mémoire et histoire

   Au cours de l'été 2004, la revue Vingtième siècle a publié un dossier consacré à la Guerre d'Algérie 25 ).

   En novembre 2004, à l'occasion du 50ème anniversaire de la Toussaint 1954 qui a marqué le début de la guerre d'Algérie, France 5 Éducation a mis en ligne un dossier consacré à l'Algérie 1830-1962 : de la colonisation à l'indépendance.

   En juin 2006, le colloque Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne, organisé par l’École normale supérieure Lettres et Sciences humaines de Lyon, a abordé dans sa dernière partie, la question des savoirs à transmettre à l'école :
      - Seloua LUSTE BOULBINA,  
L’Algérie en France : Histoire, mémoire et transmission ;
      - 
Lydia AÏT SAADI, Le passé franco-algérien dans les manuels algériens d’histoire ;
      - Françoise LANTHEAUME,
Les difficultés de la transmission scolaire : le lien Algérie-France dans les programmes d’histoire, les manuels et l’enseignement en France ;
      - Gilles BOYER et Véronique STACCHETTI, Enseigner la guerre d’Algérie à l’École : dépasser les enjeux de mémoires ?

   Parmi les nombreuses autres communications, plusieurs concernent plus directement l'enseignement de l'histoire et de la mémoire de la guerre d'Algérie :
      - Boucif MEKHALED, La répression de mai 1945 dans le Constantinois : synthèse historique ;
      - Martin EVANS,
La résistance française à la guerre d’Algérie : motivations, sociologie et mémoire ;
      - François-Xavier HAUTREUX,
Au-delà de la victimisation et de l’opprobre : les harkis ;
      - Jim HOUSE et Neil MAC MASTER, Bilan du 17 octobre 1961 à Paris ;
      - Julian JACKSON,
De Gaule et l’Algérie : grand dessein ou adaptation empirique ? ;
      - Franck RENKEN,
Guerre d’Algérie et vie politique française ( 1954-2005 ).

   En octobre 2007, l'équipe de formation continue collège de l'Académie d'Amiens a mis en ligne un dossier documentaire accompagné d'un questionnaire sur " Les mémoires de la guerre d'Algérie ( lieux de mémoire, témoignages... ) ".

   En 2008, le Groupe de travail Histoire-Géographie de l'Académie de Besançon a mis en ligne un dossier consacré au témoignage en histoire dans lequel les collègues de besançon s'interrogent sur le statut du témoignage : " Le témoignage, un document comme les autres ? ", se posent des questions sur l'utilisation du témoignage en classe, énoncent des précautions, formulent des recommandations et proposent des pistes didactiques et pédagogiques en prenant trois exemples dont celui de la mémoire de la guerre d'Algérie :


 " La France et sa décolonisation : L'Algérie "

   En février 2008, Jeanne WEEBER et Guillaume GUIMIOT ont présenté un dossier consacré à la mémoire de la guerre d'Algérie réalisé dans le cadre de la formation PLC2-Documentation à l'IUFM de Rouen, dossier qui s'intègre à une réflexion plus large sur l'enseignement des questions vives.


La France face à son passé colonial :
l'exemple de la guerre d'Algérie
Quelques ressources à destination des enseignants
FormDoc, PLC2-Documentation, IUFM de Rouen, février 2008

    En mars-avril 2008, le « triple drame algérien » est abordé dans un dossier de la documentation photograpnique consacré plus largement à l'histoire de la décolonisation.


Bernard DROZ,
" La décolonisation ",
La Documentation française,
Documentation photographique, n° 8062, mars-avril 2008.

    En avril 2008, une équipe de professeurs d'histoire-géographie de l'académie de Toulouse, sous la direction de Guy PERVILLÉ, a publié un ouvrage qui replace l'histoire de la guerre d'Algérie dans la longue durée, de la conquête coloniale jusqu'aux enjeux de mémoire d'aujourd'hui.


Guy PERVILLÉ ( sous la direction de ) ,
La guerre d'Algérie, histoire et mémoires,
Histoire de notre temps, Scérén / CRDP d'Aquitaine, 2008.

Présentation de l'ouvrage et extraits sur le site du CRDP de Bordeaux

Compte-rendu de Bruno Modica sur le site des Clionautes

  En mai 2008,Guy PERVILLÉ a signé dans un numéro consacré au 30e anniversaiere de la revue L'Histoire, un article intitulé " La guerre d'Algérie en face ", dans lequel il revient sur la fin de l'amnésie qui a pesé sur ce que l'on a longtemps appelé les « événements » ou encore les « opérations de maintien de l'ordre », le vote de la loi de 1999 relative à l'emploi officiel de l'expression « guerre d'Algérie », l'instauration en 2003 d'une Journée nationale d'hommage aux morts pour la France pendant la guerre d'Algérie, dont la date fixée au 5 décembre reste vivement contestée.
   Il rappelle la persistance d'
histoires et de mémoires concurentes autour du débat sur la torture, du sort des harkis , du bilan humain de la guerre, et du mythe du soulèvement algérien national et unanime,
   Il conclut en évoquant les difficultés rencontrées dans les
rapports entre les autorités algériennes et françaises, et considère qu'« il faut que toute l'histoire se fasse, en Algérie aussi », avant d'arriver à une véritable réconciliation franco-algérienne 26 ).

    En mai 2009, une journée de formation consacrée à la question des Harkis s'est déroulée à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, à l’initiative de l’INRP ( Institut national de recherche pédagogique ) et de l’AHDH ( Association harkis et droits de l’homme ) dont Anick MELLINA, IPR-IA de l'Académie de Versailles présente un compte-rendu sur le site Strabon..


Anick MELLINA,
" La question des Harkis entre histoire coloniale et immigration ",
Strabon, académie de Versailles, juin 2009.

http://www.histoire.ac-versailles.fr/spip.php?article668


La mémoire du massacre du 17 octobre 1961

    En 2001, l'association " 17 octobre 1961 : contre l'oubli " dont le comité d'honneur comptait parmi ses membres Lucie et Raymond AUBRAC ainsi que les historiens Jean-Luc AINAUDI, Pierre VIDAL-NAQUET et Madeleine R1BÉRIOUX, s'est constituée pour réclamer « la reconnaissance par les autorités politiques qu'un crime contre l'humanité a éyté commis les 17 et 18 octobre 1961, pour que soit créé un du souvenir à la mémoire de ceux qui ont été assassinés et pour exiger le libre accès aux archives concernant cette période ».

   Elle a lancé une pétition rédigées en ces termes :

   Les 17 et 18 octobre 1961, lors d’une manifestation non-violente contre le couvre-feu qui leur était imposé, des dizaines d’Algériens étaient assassinés à Paris par des fonctionnaires de police aux ordres de leurs supérieurs.
   Depuis trente-huit ans, ce crime contre l’humanité commis par l’État a été occulté, et ceux qui l’ont organisé n’ont jamais eu à rendre compte ni de leurs décisions ni de leurs actes.
Une telle situation est inacceptable, car elle ajoute à ce massacre l’outrage aux victimes et à leurs proches.
   Pour que cesse cette injustice qui se soutient d’un silence complice et voulu, nous demandons que soit créé un lieu du souvenir à la mémoire de ceux qui furent assassinés, et que la République reconnaisse enfin qu’il y a eu crime.

   Elle a mis en ligne sur son site le communiqué du préfet de Police Maurice PAPON qui a instauré un couvre-feu imposé aux travailleurs algériens, qui, est à l'origine de la manifestation du 17 octobre 1961, et de nombreux témoignages concernant la répression sanglante qui s'en est suivie.


L'association " 17 octobre 1961 : contre l'oubli "

    En 2011, le cinquantième anniversaire de la manifestation du 17 octobre 1961 a donné lieu à de multiples initiatives.

  Le reportage militant des journalistes Marcel et Paulette FRÉJU qui avait été censuré en 1962, a été réédité, suivi
d'une analys de l'historien
Gilles MANCERON qui explique les raisons multiples du silence qui s'est installé autour de ce massacre.

  
Marcel et Pauletter PÉJU
Le 17 octobre des Algériens
suivi de
 
Gilles MANCERON
La triple occultation d'un massacre
Éditions La Découverte, 2011

" 17 octobre 1961 : « ce massacre a été occulté de la mémoire collective » "
Le Monde, 17 octobre 2011

  Le quotidien Le Monde a mis en ligne sur son site un visuel interctif consacré à la manifestation du 17 octobre 1961 et à sa répression.


17 octobre 1961, la nuit oubliée
sur le site le Monde.fr

   Le film documentaire de l'ancien résistant Jacques PANIGEL, Octobre à Paris, tourné dans la clandestinité, interdit dès sa sortie et jamais distribué, est sorti en salle poue la première fois le 19 octobre 2011.


Le film de Jacques Panijel, Octobre à Paris - 17 octobre 1961
sur le site du Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz


Massacre du 17 octobre 1961 : des livres et des films contre l'oubli

sur le site Rue 89.com

   Le " Collectif « 17 octobre 1961 » " a lancé un Appel réclamant  :

- que les plus hautes Autorités de la République reconnaissent les massacres commis par la Police Parisienne le 17 octobre 1961 et les jours suivants, comme un crime d’Etat.
- que la Fondation pour la Mémoire de la guerre d’Algérie soit re-fondée sur des bases totalement différentes.
- que la liberté d’accès aux archives soit effective pour tous, historiens et citoyens.
- que la recherche historique sur ces questions soit encouragée, dans un cadre franco-algérien, international et indépendant.


Collectif « 17 octobre 1961 »

   Le 1er novembre 2011, une proposition de loi « visant à la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans le massacre du 17 octobre 1961 » a été déposée au Sénat.


Proposition de loi visant à la reconnaissance de la responsabilité de la République française
dans le massacre du 17 octobre 1961

sur le site du Sénat


La mémoire du 17 octobre 1961
sur le site
CineHig


1962 - 2012
L'enseignement de l'histoire de la guerre d'Algérie
50 ans après la signature des accords d'Évian

   Cinquante ans après la signature des accords d'Évian qui ont mis fin aux « événements d'Algérie », Benoît FALAIZE, interviewé par Sarah DIFFAL dans le magazine Obsession du Nouvel Obervateur, constate que la guerre d'Algérie, longtemps occultée est bien présente dans les manuels d'histoire depuis le milieu des années 1980, mais qu'il reste difficile d'y aborder le thème de la violence coloniale :

   Il y a d'abord une euphémisation de la violence qui s'explique par deux choses : c'est très difficile pour un auteur qui fait l'histoire de France d'avoir à expliquer la violence telle qu'elle a eu lieu. Et souvent les acteurs de cette violence sont renvoyés dos à dos. La torture d'un côté, le terrorisme de l'autre. Doit-on expliquer dans le détail ce qu'a été la violence coloniale ? C'est difficile. Ensuite, il manque également des choses autour du racisme colonial. On n'aborde pas directement aussi les entorses administratives et politiques à la Constitution française, notamment pour les camps de rétention, les mesures d'exception, les déplacements de population, tout ce qui a fait le quotidien de la guerre d'Algérie de la part de l'administration française.
   En revanche, contrairement aux idées reçues, la question des pieds noirs a toujours été traitée dans les manuels scolaires. Celle des harkis est plus récente de manière systématique mais a aussi toujours été abordée par une phrase au moins. De même, la torture a toujours été évoquée dans les manuels scolaires dès les années 1970. Surtout, maintenant on trouve des documents à la faveur de la montée de la mémoire harkis dans la société. Enfin, la question des mémoires de la guerre d'Algérie et celle de la guerre en métropole est de plus en plus présente. Elle est inscrite au programme des lycées professionnels et dès la rentrée 2012 pour les Terminales [...]
   Il faut expliquer aux élèves que la France a été, pendant la colonisation et la guerre d'Algérie, en contradiction totale et directe avec ses principes les plus fondamentaux, tout en veillant à ne pas leur faire détester la France : rude et subtil équilibre. C'est ce que disait l'historien Marrou a peu près en ces termes : « Les Algériens se battent au nom des valeurs que nous leur avons apprises ». [...]


" Guerre d'Algérie : doit-on expliquer aux élèves la violence coloniale ? "
Obsession-Le Nouvel Observateur
29 février 2012

   Lyonel KAUFMANN s'interroge dans le numéro 131 de mars 2012 du Café pédagogique : " Guerre d'Algérie, nos cours sont-ils prêts à l'enseigner ?  " et rappelle l'impérieux devoir d'histoire qui s'impose aux enseignants. La nécessité de problématiser et de mettre en perspective l'enseignement de l'histoire de la guerre d'Algérie est d'autant plus forte, que le vécu familial de leurs élèves, qu'ils soient des petits enfants de soldats du contingent, de rapatriés d'Algérie, de harkis ou encore de combattants du FLN, ne manque pas dans sa diversité et ses oppositions d'interférer sur les cours d'histoire.  : 

  Pour traiter l'ensemble de la période coloniale et jusqu'à l'actualité récente, l'immigration française en Algérie et l'immigration algérienne en France ainsi que le départ des populations européennes à l'Indépendance présentent un intérêt certain :
- pourquoi partent-ils/elles?
- qui sont-ils/elles?
- que trouvent-ils/elles sur leur lieu d'arrivée?
- que deviennent-ils/elles?
Dans la perspective de relier, comme certains historiens le préconisent, la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre d'Algérie tout en traitant la question de la torture des deux côtés, le questionnement suivant pourrait être proposé aux élèves:
- peut-on être à la fois héros et tortionnaires?
Dans la perspective de l'histoire des débuts de la Ve République entre 1958 et 1962, les violences en métropole m'amènent à questionner
- Guerre d'Algérie : dernière guerre civile française en Métropole ?


Lyonel KAUFMANN
" Guerre d'Algérie, nos cours sont-ils prêts à l'enseigner ?  "
Le Café pédagogique

numéro 131, mars 2012


L@BD.CNDP

La mémoire des Harkis

Représentation de la guerre d'Algérie en bande dessinée


Vies d'exil-1954-1962. Des Algériens en France pendant la guerre d'Algéri
e

Exposition jusqu'au 19 mai 2013
à la
Cité nationale de l'histoire de l'immigration à Paris

© CRDP de Champagne-Ardenne, 2000-2012
Tous droits de traduction, de reproduction
et d'adaptation réservés pour tous pays.