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22 octobre
Commémoration du souvenir de Guy Môquet
et de ses 26 compagnons fusillés




Une commémoration initiée
par le président de la République

   Le 14 janvier 2007, dans son discours d'investiture devant le congrès de l'UMP, Nicolas SARKOZY, candidat à l'élection présidentielle, a évoqué une première fois la figure de Guy MÔQUET, puis à nouveau le 18 mars 2007, dans un discours à la Jeunesse de France préparé par Henri GUAINO et prononcé au cours d'un meeting au Zénith à Paris.
   Il a alors
lu et commenté la dernière lettre à sa famille de ce jeune communiste fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941 à l'âge de 17 ans et déclaré que cette lettre « devrait être lue à tous les lycéens de France » :

   [...]    Et que dire des lycéens de Carnot et de Buffon qui furent en 1940, à 15, 16, 17, 18 ans, les premiers résistants de France et qui pour beaucoup d’entre eux le payèrent de leur vie.
   Il était sérieux, il était profond, il était grand Guy Môquet quand il fut fusillé par l’occupant. La veille de sa mort il a 17 ans, il écrit à ses parents et à son petit frère.

« Ma petite maman chérie,
Mon tout petit frère adoré,
Mon petit papa aimé »

   « Ma petite maman chérie». Un garçon de 17 ans ! 17 ans, cet âge où l’on ne montre pas ses sentiments, où l’on veut avoir l’air d’un homme, où l’on croit qu’un homme c’est insensible, que la tendresse, que l’affection c’est bon pour les enfants.
   « Ma petite maman chérie ». D’habitude à ces mots l’adolescent ricane. Il veut montrer qu’il est fort. Mais là devant la tendresse de ce garçon de 17 ans qui est face à la mort au-devant de laquelle il a choisi d’aller, devant ce tout jeune homme qui à cet instant n’a plus rien à prouver, personne n’a envie de se moquer et chacun comprend qu’une grande âme c'est celle qui est capable d'exprimer simplement un sentiment si profond, si vrai, si total.
   Chacun ressent ce qu’est la grandeur d’un homme, et ce qu’il faut d’amour au fond pour s’engager ainsi sans fanatisme, sans aveuglement, pour être digne d’une famille que l’on aime et parce que l’on a la fraternité humaine chevillée au corps.
   « Ma petite maman chérie ». Ce mot d’amour que nous portons tous en nous et que nous n’avons pas dit, quand nous le pouvions, aussi souvent que nous aurions dû. Ce mot d’amour et de tendresse prononcé au seuil de la mort, je veux vous dire une chose importante, il n’est pas ridicule. Il est, pour tout être humain, simplement bouleversant.
   Être jeune, demeurer jeune, c'est savoir accepter d'être bouleversé par la sincérité d'un sentiment si fort.
   « J’aurais voulu vivre, écrit Guy Môquet. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. 17 ans et demi… Ma vie a été courte ! Je n’ai aucun regret si ce n’est de vous quitter tous. Je vous quitte tous en vous embrassant de tout mon cœur d’enfant. »
   À ceux qui ont osé dire que je n’avais pas le droit de citer Guy Môquet parce que je n’étais pas de gauche
[ allusion à la réaction de la candidate communiste Marie-George Buffet qui avait déclaré au lendemain du congrès de l'UMP au cours duquel Nicolas Sarcozy avait évoqué ces figures emblématiques de la gauche : « Il a osé invoquer Jaurès, Blum, et Guy Môquet ! J'interdis à ce ministre d'État qui fait interner les mineurs, d'utiliser le nom de Guy Môquet » ] , je veux dire que je demeure stupéfait de tant de sectarisme. Guy Môquet appartient à l’histoire de France et l’histoire de France appartient à tous les Français.
   Président de la République je veux rassembler tous les Français et leur dire que j'honorerai tous ceux qui ont fait la grandeur de la France, sans me préoccuper de la couleur de leur peau, de leur appartenance politique, de leurs origines sociales.
   Je veux dire que cette lettre de Guy Môquet, elle devrait être lue à tous les lycéens de France non comme la lettre d’un jeune communiste mais comme celle d’un jeune Français faisant à la France et à la liberté l’offrande de sa vie, comme celle d’un fils qui regarde en face sa propre mort et dit à ses parents et à son frère le dernier mot d’amour qui sera tout ce qui restera vivant de lui dans leur cœur.
   Je n’ai jamais pu lire cette lettre si émouvante sans penser au sens de la vie, à cette vie qui finit un jour, à cette vie qu’il ne faut pas gaspiller, à cet amour qui se croit éternel et auquel il faut tout donner avant qu’il ne finisse.
   Les plus petites paroles d’amour qu’un grand garçon de 17 ans adresse à sa mère et à son père prennent une grandeur tragique quand ce sont les dernières, non parce que la vie va cesser mais parce qu’après il ne sera plus possible d’aimer. [...]

   Le 4 mai, deux jours avant le second tour des élections présidentielles, Nicolas SARKOZY est venu rendre hommage aux victimes de la Wehrmacht et de la Milice sur le Plateau des Glières, haut-lieu de la Résistance.

   Élu président de la République, il s'est rendu le 16 mai 2007, jour de son investiture, devant le Monument de la Cascade du Bois de Boulogne, où 35 jeunes résistants avaient été exécutés par des SS dans la nuit du 16 août 1944, il y a fait lire par une lycéenne la dernière lettre à sa famille de Guy MÔQUET, en explicitant le pourquoi ce cette initiative en ces termes :

   Si j'ai voulu que fût lue la lettre si émouvante que Guy Môquet écivit à ses parents à la veille d'être fusillé, c'est parce que je crois qu'il est essentiel d'expliquer à nos enfants ce qu'est un jeune Français, et de leur montrer à travers le sacrifice de quelques-uns de ces héros anonymes dont les livres d'histoire ne parlent pas, ce qu'est la grandeur d'un homme qui se donne à une cause plus grande que lui. Souvenez-vous enfants de France, que des hommes admirables ont conquis par leur sacrifice la liberté dont vous jouissez [...]
    Je n'ai jamais pu lire ou écouter la lettre de Guy Môquet sans en être profondément bouleversé [...] 
   
Ma première décision de président de la République sera de demander au futur ministre de l'Éducation nationale que cette lettre soit lue en début d'année [ scolaire ] à tous les lycéens de France ».

    Cet engagement s'est concrétisé avec la publication au Bulletin officiel de l'Éducation nationale du 30 août 2007 d'une note de service adressée par le ministre de l'Éducation Xavier DARCOS aux recteurs, inspecteurs d'académie, inspecteurs pédagogiques régionaux et proviseurs des lycées, et l'annonce dans le même temps que le président SARKOZY se rendra le 22 octobre 2007 au Lycée Carnot dont Guy MÔQUET fut l'élève..


Les textes officiels publiés
dans le BOEN n° 30
du 30 août 2007

22 OCTOBRE : COMMÉMORATION DU SOUVENIR DE GUY MÔQUET ET DE SES 26 COMPAGNONS FUSILLÉS
Note de service n° 2007-138 du 2 août 2007
NOR : MENE0701517N
RLR : 554-9
MEN - DGESCO B2-3


  Texte adressé aux rectrices et recteurs d’académie ; au directeur de l’académie de Paris ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie, directrices et directeurs des services départementaux de l’éducation nationale ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie, inspectrices et inspecteurs pédagogiques régionaux d’histoire et de géographie et de lettres ; aux inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale de lettres, d’histoire et géographie et de lettres-histoire ; aux proviseures et proviseurs


   Le 22 octobre 2007, le président de la République commémorera le souvenir de Guy Môquet, cet élève résistant du lycée Carnot arrêté à 16 ans en octobre 1940, puis fusillé le 22 octobre 1941 après avoir adressé, la veille de sa mort, une lettre poignante à sa mère. Cet épisode n’est malheureusement pas le seul moment tragique de cette période sombre, mais il fait partie des temps forts de l’histoire de notre pays et, à ce titre, mérite de servir d’exemple à la jeune génération.

   La commémoration de la mort de Guy Môquet, de ses 26 compagnons d’infortune et de tous les autres fusillés est en effet l’occasion de rappeler aux élèves des lycées l’engagement des jeunes gens et jeunes filles de toutes régions et de tous milieux qui firent le choix de la résistance, souvent au prix de leur vie. Tous méritent que l’on se souvienne : ainsi Gilbert Dru, cet étudiant de lettres engagé très jeune dans le combat contre l’occupant nazi assassiné le 27 juillet 1944 par la Gestapo ; ou encore Jacques Baudry, Jean-Marie Arthus, Pierre Benoît, Pierre Grelot et Lucien Legros, élèves de première au lycée Buffon à Paris, qui furent fusillés par les Allemands le 8 février 1943 pour faits de résistance accomplis depuis l’âge de 15 ans.

   Tous ces jeunes Français d’alors, passion nément attachés à la liberté au point de sacrifier leur propre vie pour défendre celle des autres, constituent un formidable exemple pour les jeunes d’aujourd’hui. Leur mémoire évoque les valeurs de liberté d’égalité et de fraternité qui font la force et la grandeur de notre pays et qui appellent le sens du devoir, le dévouement et le don de soi. Ce sont ces valeurs que le Chef de l’État a souhaité honorer le jour de son investiture, lors d’une cérémonie au Monument de la Cascade du Bois de Boulogne en évoquant le souvenir de Guy Môquet : “Soyez fiers de vos aînés qui vous ont tant donné ; aimez la France car c’est votre pays et que vous n’en avez pas d’autre”.

   Ces valeurs de courage et d’engagement furent partagées par d’autres, à l’instar de ces jeunes allemands comme les fondateurs de la “Rose blanche”, Alexander Schmorell, Hans et Sophie Scholl décapités le jour même de leur condamnation pour avoir lutté contre le nazisme dans leur propre pays ou de tous ceux qui, un peu partout en Europe, surent faire passer leurs idéaux de liberté et de justice avant toute autre considération.

   Individuelle ou collective, nationale et européenne, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est encore aujourd’hui une condition du vivre ensemble et c’est pourquoi le ministère de l’éducation nationale entend s’associer avec force à la commémoration du 22 octobre. C’est pourquoi je demande aux chefs d’établis sements de mobiliser les équipes éducatives autour de ce souvenir et de ce qu’il signifie.

   La commémoration au cours de la matinée du 22 octobre commencera par la lecture, en classe ou en grand groupe selon le choix des établis sements, de la lettre de Guy Môquet. Cette lecture pourra être confiée à tous ceux qui, résistants ou déportés, peuvent aujourd’hui encore témoigner directement des sacrifices consentis. J’invite à cet effet les équipes éducatives à se rapprocher des fondations et associations de mémoire afin d’établir ce lien tangible entre les générations. Il sera également possible de solliciter toute personnalité dont l’engagement, le rayonnement ou la notoriété pourraient sensibiliser les élèves. Cette lecture pourra être suivie d’autres, laissées à l’initiative de chacun et choisies par exemple parmi les textes ci-joints.

   Le programme se poursuivra par une réflexion collective menée dans le cadre de la classe. On exploitera notamment les thèmes liés à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans les programmes d’enseignement notamment d’histoire, de lettres, de philosophie. Ce sera également l’occasion de mobiliser les équipes éducatives sur l’édition 2008 du Concours national de la Résistance et de la déportation : “L’aide aux personnes persécutées et pourchassées en France pendant la seconde guerre mondiale : une forme de résistance” (B.O. n° 17 du 26 avril 2007).

   Enfin les établissements pourront mettre en place d’autres initiatives à leur convenance ( évocation de lieux de mémoire, jumelages interculturels, expositions, productions de documents, etc. ).

   Afin d’aider à la mise en œuvre de ces projets la direction générale de l’enseignement scolaire met en ligne, en partenariat avec l’association Civisme et Démocratie, des ressources pédagogiques dédiées
(http://eduscol.education.fr/D0090/parcours_liste.htm).

   J’invite les chefs d établissements à adresser, à titre d’information et à fins de valorisation, copies ou descriptifs de leurs projets à la direction générale de l’enseignement scolaire ( DGESCO B2-3, 110, rue de Grenelle, 75357 Paris SP 07 ).

   Je remercie l’ensemble des équipes éducatives de s’associer à cette commémoration et je demande aux corps d’inspection territoriale de suivre avec attention les modalités de sa mise en œuvre.

Le ministre de l’éducation nationale
Xavier DARCOS

Textes d'accompagnement

Sur le site ÉduSCOL - Éducation à la citoyenneté - Action éducative



Une initiative qui fait débat au sein de la communauté
des historiens et des enseignants

   Cette initiative du candidat de l'UMP, devenu président de la République, a suscité des réactions de la part de certains enseignants et historiens.
   Les uns reprochent à Nicolas SARKOZY de faire indirectement la part belle à la mémoire communiste, mémoire que n'a pas manqué d'instrumentaliser à son profit le PCF en utilisant le souvenir des fusillés de Châteaubriant pour exorciser l'ambiguité de son attitude au début de l'occupation allemande et accréditer l'idée que les communistes avaient bien été des patriotes et des résistants de la première heure.
    D'autres au contraire dénoncent dans l'initiative de Nicolas SARKOZY une tentative de récupération et d'instrumentalisation d'un épisode douloureux de la Résistance française.  

    Dès le 22 mai 2007, Pierre SCHILL, professeur d'histoire-géographie à Montpellier et membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire, utilisait la rubrique Rebonds du quotidien Libération pour exprimer son désaccord. Sous le titre  « Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet à mes élèves à la rentrée », ce professeur reprochait à Nicolas SARKOZY de vouloir instrumentaliser la mémoire de Guy MÔQUET pour des raisons politiciennes et d'enfermer la lecture de sa dernière lettre dans une séquence purement émotionnelle.   
   Il rappelait que « l'enseignement de l'histoire ne s'accommode pas de ce seul registre mais a toujours besoin de sens, c'est-à-dire en l'occurrence d'une remise en perspective dans un contexte élargi ».
   Il revendiquait pour les professeurs d'histoire la liberté pédagogique d'aborder au mieux l'enseignement de la Résistance dans le cadre des programmes officiels :

   Laissons donc aux enseignants d'histoire-géographie leur autonomie pédagogique dans leur façon d'aborder l'enseignement de la Résistance : nombreux sont ceux qui s'appuient déjà sur ces dernières lettres de fusillés dont un recueil récent offre un large choix et permet une utilisation approfondie seule à même de dépasser le registre émotionnel, avec des lettres complémentaires à celle de Guy Môquet dans lesquelles certains de ces « héros » reviennent sur les raisons de leur « entrée en résistance » ( Guy Krivopissko, La vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944, Paris, Tallandier, 2003 ). [ Plusieurs de ces lettres ont été intégrées à l'annexe qui accompagne la note de service du ministre Xavier Darcos publiée au BOEN du 30 août 2007 ]
   Seul le cadre de cet enseignement structuré permettra d'aborder l'histoire dans sa complexité et de ne pas en rester à sa caricature voire à son déni, la reconstruction d'un passé « sans histoire » défendue par Nicolas Sarkozy.
 

   Sur le site du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire, Laurence DE COCK-PIERREPONT, dans un texte intitulé " Des usages étatiques de la lettre de Guy Môquet ", dénonce ce qu'elle appelle  « l’injonction de lecture de la lettre de Guy Môquet dans tous les lycées de France, à chaque rentrée scolaire », comme « un effet d'annonce », qu'elle interprète à travers une double grille de lecture :
   - « le pli désormais pris d’instrumentaliser l’histoire, dans une stratégie d’abord électoraliste, et aujourd’hui présidentielle.  ;
   - l’appel à une vision de l’école sanctuarisée et dont on renforcerait la mission civique, à charge pour elle de revitaliser le sentiment national ».
   
Et de conclure en ces termes :

     Cette première mesure gouvernementale doit aussi se lire à l’aune de cet amour que Nicolas Sarkozy déclare sans relâche à la France ; cet amour qui lui arrache des larmes à chaque nouvelle lecture de la lettre de Môquet ; cet amour qui renvoie à une vision empathique de l’histoire tout en convoquant le principe totalement a-historique de l’identification.
   Activer le pathos est un procédé pédagogique ( et démagogique ) très efficace, qui gomme toute complexité ou principe de mise à distance critique.
   Or, c’est bien une posture de pédagogue national que la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet permet à Nicolas Sarkozy d’endosser ; une position plutôt confortable pour policer la jeunesse lycéenne et la mobiliser autour de la vision sacrificielle de la nation et de l’identité nationale que réifie cet usage de l’histoire.
 

   Dans Le Monde daté du 24 juin 2007, Jean-Marc BERLIÈRE et Sylvain BOULOUQUE, sous le titre " Guy Môquet : le mythe et l'histoire ", regrettaient que cette initiative ait contribué à faire « ressurgir à cette occasion les stéréotypes et les clichés d'une " histoire " de la Résistance et du PCF qu'on croyait définitivement rangés au magasin des mythes et légendes » :

   Faire de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades des « résistants de la première heure » relève de la téléologie, puisque la plupart d'entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant [...]
   Guy Môquet, arrêté le dimanche 13 octobre 1940 à la gare de l'Est par trois policiers de la préfecture de police, agissant « sur indication », revendique dans sa déposition avoir voulu remplacer son père, le député communiste Prosper Môquet, militant depuis 1925, élu lors des élections de 1936, invalidé et condamné par la IIIe République pour son refus de désavouer le pacte germano-soviétique [...]

   Prisonnier de la logique d'un parti enfermé dans les compromissions de l'alliance Staline-Hitler, Guy Môquet n'a pas pu être le « résistant » qu'on célèbre à tort. Ses camarades des Jeunesses communistes ont en revanche constitué, à l'été 1941, après l'offensive de la Wehrmacht contre l'Union soviétique, le fer de lance de la lutte armée initiée dans la plus totale improvisation par le Parti.
   Les premières agressions contre des soldats allemands par les jeunes militants des Bataillons de la jeunesse vont provoquer des représailles sanglantes codifiées en septembre 1941 par le décret Keitel. C'est l'attentat du 20 octobre 1941 contre le Feldkommandant de Nantes, abattu par un commando de trois jeunes communistes venus de Paris, qui est la cause directe de la fusillade des 27 de Châteaubriant et de 21 autres otages originaires de la région, à Nantes et au Mont-Valérien, le 22 octobre [...]
    Accaparer cette tragédie à son seul profit et pour sa seule gloire, comme l'a fait le PCF depuis 1942, relève de la récupération politique. Les otages fusillés n'étaient pas tous communistes, Guy Môquet n'était pas le seul jeune.

   Le biographe de Guy MÔQUET, Pierre-Louis BASSE, ripostait en signant dans Le Monde du 6 juillet 2007 un article intitulé " Pour Guy Môquet ", dans lequel il dénonçait « l'anticommunisme » de Jean-Marc BERLIÈRE et de Sylvain BOULOUQUE, et leur obstination à réfuter l'engagement des communistes dans la Résistance à l'occupant dès 1940.

   Pas résistant, Claude Lalet, jeune fiancé de 18 ans, fusillé à Châteaubriant le 22 octobre 1941, et qui fut, avec Pierre Daix, de la toute première manifestation contre l'occupant, le 11 novembre 1940 ? Pas résistant, le jeune Guy Môquet, faisant le coup de poing contre Blouin et Dubuisson, jeunes antisémites du lycée Carnot ? Pas résistant, le jeune Pierre Georges, 19 ans, à peine le ventre remis de la mitraille, en Aragon, où il a défendu la République espagnole, qu'il est arrêté, dès novembre 1939, torturé, déjà, par les brigades spéciales ? Les hommes dont je vous parle seront les fers de lance des bataillons de la jeunesse, dès lors que l'Allemagne envahit l'URSS, en août 1941... Pas résistants, les hommes et les femmes de L'Université libre, qui diffusent un premier numéro, dès novembre 1940, au moment où Paul Langevin a été arrêté ?
    Le pacte germano-soviétique est inique et déstabilise à l'époque de nombreux militants. Mais l'histoire est un corps mouvant. Une pieuvre dont il faut avoir le courage d'affronter l'ensemble des ramifications. Ne rien oublier. Pas davantage Moscou que Munich 1938. Ou la déclaration de non-agression franco-allemande du mois de décembre de la même année. Lâcheté des classes dirigeantes [...]

   Dans le numéro de septembre 2007 du mensuel L'Histoire, Jean-Pierre AZÉMA signait un article intitulé " Guy Môquet, Sarkozy et le roman national ", présenté comme une mise au point sur les aspects historiques de l'exécution des otages de Châteaubriant, et s'agissant de la lecture de la lettre de Guy MÔQUET dans les lycées, il mettait en garde :

   Mais il ne faudrait pas que cet usage, apparemment émouvant, d'une lettre touchante mais singulièrement dépourvue de considérations politiques, notamment à cause de la censure allemande, empêche de préciser que si dans la Résistance n'ont pas milité seulement des femmes et hommes « de gauche », si tous les hommes politiques de droite ne se sont pas retrouvés à Vichy, ce sont bien des hommes de la droite d'alors qui, par haine de la gauche, ont aidé l'occupant à établir la liste des 27 suppliciés.
   Le second débat concerne l'enseignement. Le directeur de Libération, de surcroît bon connaisseur d'histoire, Laurent Joffrin, affirmant « Oui, il faut lire la lettre de Guy Môquet », assurait qu'il revenait au pouvoir politique de trancher si nécessaire en matière d'enseignement de l'histoire. C'est ce qu'un certain nombre d'entre nous, universitaires et enseignants d'histoire, ne sauraient admettre.
    Sans doute l'histoire n'appartient-elle pas qu'aux historiens. Il est du rôle de la représentation nationale comme du président de la République de proposer, susciter commémorations et hommages, mais non d'édicter ce que l'on doit enseigner. Rappelons que, en juillet 1995, Jacques Chirac a fait repentance pour l'attitude de l'État, de la France, dans la déportation des Juifs de France ; c'était la parole du chef de l'État, elle comptait, ce n'était pourtant pas la vulgate et le texte eut d'autant plus de retentissement qu'il n'était assorti d'aucune obligation.

   Son successeur ferait bien de méditer cet exemple. Beaucoup refusent l'idée de cette caporalisation mémorielle ; une lettre lue dans toutes les établissements scolaires, tous les ans, le même jour, sinon à la même heure ?, quasiment au garde-à-vous ? Laissons donc les enseignants organiser leurs cours comme ils l'entendent et, s'ils font le choix de cette lettre, ils sauront la lire au bon moment, mise en perspective par les travaux qui l'éclairent.

   Le 6 septembre 2007, sur Le Web pédagogique, Hugo BILLARD, sous le titre " Nouvelle rentrée, nouvelle école ? ", justifiait en ces termes son refus de lire la lettre de Guy MÔQUET :

   [...] Pourquoi ce refus ? Parce que je suis, depuis toujours, rétif aux oukases de ceux qui considèrent détenir la vérité. J’avais, sur ce blog [ Le webzine pédagogique - Le Jardin desc retours - Histoire et Géohistoire par Hugo Billard ], exprimé un avis nuancé mais non hostile à l’idée de lire, un jour, dans les programmes, cette lettre de Guy Môquet. Elle fait partie des textes souvent étudié en classe de Première, lorsque s’impose le cours sur la France dans la Seconde Guerre mondiale.
    Mais l’idée d’étudier un texte dans un but moral, donc politique, en quelques minutes, sans son contexte, un jour donné, est une absurdité pour qui est attaché bec et ongles à la neutralité de l’historien. On ne s’est pas battu contre les orientations marxistes de l’histoire pour se retrouver dans le même cas de figure de l’autre côté de l’échiquier politique. Il y a encore une autre raison.    L’instrumentalisation de l’histoire est un fait politique ancien. L’histoire a toujours, peu ou prou, été utilisée par le pouvoir ou par certains historiens, dans un but politique. Est-ce pour cela qu’il faut l’accepter ? Faut-il accepter que l’État dise à l’historien ce qu’il faut penser d’un événement historique et lui imposer une analyse morale de ce phénomène? Que l’État propose une commémoration, soit ! C’est son rôle, c’est sa fonction, et le Panthéon est utilisé pour cela. Que l’État dicte comment enseigner un phénomène historique, là non ! Je refuse cette « caporalisation mémorielle » [...]

   Dans la rubrique Rebonds du quotidien Libération daté du 11 septembre 2007, Pierre SCHILL dans un article intitulé " Guy Môquet revu et corrigé ", revient sur les modalités de la commémoration du 22 octobre, en relevant que « la lettre qui doit être lue aux lycéens n'évoque ni l'engagement du résistant ni le contexte historique », qu'elle occulte l'engagement communiste de Guy MÔQUET, et il persiste dans son refus de lire la lettre de Guy MÔQUET, « dans le cadre imposé par les contingences politiques du Président » :

   Le patriotisme fut en effet le creuset où tous les engagements ont pu se fondre, des personnalités très dissemblables se rejoindre et ainsi l’unité de la Résistance s’affirmer, sans que pour cela il fut nécessaire de nier une autre « tendresse », chrétienne… ou communiste. Une négation du choix politique du jeune Guy qui apparaît jusque dans l’intitulé de la cérémonie gouvernementale, « commémoration du souvenir de Guy Môquet et de ses vingt-six compagnons fusillés », alors que le condamné écrivait dans son dernier billet à Odette Leclan : « Je vais mourir avec mes vingt-six camarades.» Pourquoi remplacer le « camarade » des communistes par le « compagnon » des gaullistes ?
   La lecture de ces lettres à caractère privé n’est légitime que si l’on ne passe pas sous silence le sens de la vie et de la mort : « Pour les résistants, la mort, mêlée à l’espérance, est une attente qui […] renvoie en permanence à la conscience de leur choix.» ( Pierre Laborie, notice « Mort », page 957, dans le Dictionnaire historique de la Résistance. )
   Refuser de lire Guy Môquet dans le cadre imposé par les contingences politiques du Président et continuer d’analyser des lettres de résistants dans le cadre du programme d’histoire ou du concours national de la Résistance et de la déportation, c’est suivre Condorcet : « Je préfère leur histoire plutôt que leur éloge ; car on ne doit aux morts que ce qui est utile aux vivants : la vérité et la justice.»
   
C’est bien ce que nous devons à Guy Môquet, à la Résistance et à nos élèves.

   Le 12 septembre 2007, l'écrivain et réalisateur de documentaires, Antoine VITKINE, utilisait à son tour la rubrique Rebonds de Libération pour réagir à la lecture de la lettre de Guy MÔQUET devant les rugbymen français rassemblés dans les vestiaires du Stade de France avant le match de coupe du monde France-Argentine, avant d'être lue dans les classes de lycée le 22 octobre à la demande du président de la République, Nicolas SARKOZY. Sous le titre " Cher Guy Môquet, je t'écris... ", il déclare que la lecture de cette lettre devrait  « représenter autre chose que de l’émotion », parce qu'elle « est un morceau d’Histoire, un témoignage de l’infamie nazie et de l’abnégation de ceux qui lui résistèrent » :   

[...] « Je n’ai jamais pu lire ou écouter la lettre de Guy Môquet sans être profondément bouleversé », a déclaré ce président le 17 mai 2007, pour justifier sa première décision de nouvel élu, faire lire ta lettre dans les écoles, « bouleversé ». Tout était dit. Au moins honorons-nous ta mémoire. Mais pour le faire vraiment, pour que cela ait du sens, il faudrait rappeler pourquoi tu es mort, enseigner l’Histoire plutôt que sacraliser ta lettre qui, à elle seule, ne dit pas grand-chose. Il faudrait enseigner une histoire plutôt que bâtir des piédestaux à des héros, à des martyrs, à des saints… [...]

    Dans Le Monde du 15 septembre 2007, Yves BORDENAVE, sous le titre " Guy Môquet croise à nouveau les admirateurs d'Hitler ", dévoilait que Gilles RAGOUIN, trésorier de Vent d'Europe, « association qui ne dissimule pas ses sympathies pour les faits d'armes de la SS », a collaboré en tant que conseiller technique, à la réalisation de La Lettre, le film documentaire de deux minutes qui doit être envoyé dans les lycées comme support pédagogique d'accompagnement de la lecture de la lettre de Guy MÔQUET le 22 octobre.
    
L'Expresso du Café pédagogique daté du 17 septembre 2007, relatant cette information dans sa rubrique Citoyenneté, s'interrogeait :  « Les professeurs accepteront-ils que les élèves, sur le temps scolaire, aient l'obligation de regarder ce film ? ».
    Ultérieurement, Le Monde daté du 17 octobre, dans un article de Martine DELAHAYE annonçant le multidiffusion du film La Lettre dans les salles de cinéma à partir du 17 octobre, sur les chaînes France 2, France 3 et TV5 du 20 au 22 octobre, faisait état d'une mise au point de Richard MICHEL, président de la chaîne parlementaire LCP-AN, commanditaire de de film :

[...] Un homme, « anonyme féru d'histoire », accompagnait l'armurier qui conseillait les comédiens dans le maniement des armes. Cet « anonyme », qui s'avérera être Gilles Ragouin, le trésorier de l'association Vent d'Europe, revendiquera sur le blog de l'association, après le tournage, sa participation à La Lettre en tant que « conseiller technique ».
    Or l'objet officiel de cette association n'est pas sans poser question. Il s'agit de « la réalisation de manifestations et de documentaires historiques, relatifs à la seconde guerre mondiale, par des amateurs et professionnels de l'armée allemande pour le devoir de mémoire » ... sachant que la loi française interdit le port d'uniformes ou de signes nazis, mais l'autorise pour « les besoins d'un film ». Pour autant, affirme son trésorier, Vent d'Europe « n'a rien à voir avec l'idéologie nazie » ( Le Monde du 15 septembre ).
   « Cette personne n'a jamais été conseiller technique du film ! s'insurge Richard Michel. C'est une manipulation perverse ! D'ailleurs, mise en demeure par notre avocat, l'association a retiré de son blog toute mention de participation au film.» L'incident est donc clos, retour à la réalité.

    François JARRAUD sous le titre " Lire ou ne pas lire Guy MÔQUET ", exposait les termes du débat dans le n° 85 de septembre 2007 du Café pédagogique et signalait l'ouverture le 12 septembre 2007 sur le Forum Agora du site de l'Académie de Strasbourg de la rubrique " Les actions des établissements à la mémoire de Guy Môquet ", en constatant qu'elle était vide. 

    Le 21 septembre 2007, Caroline JOUNEAU-SION a mis en ligne sur le site des Clionautes sous le titre " Lire la lettre de Guy Môquet ? ", une synthèse des discussions qui nourrissent le débat sur sur la liste de diffusion de H-Français, en s'engageant à l'actualiser.

   Dans Ouest-France daté du 28 septembre 2007, Jean-Pierre RIOUX, dans un article intitulé " Guy Môquet : sous l'émotion, les mots ", considèrait quant à lui que le président de la République « est dans son rôle d' " homme de la nation ", tout comme il le fut, pendant sa campagne électorale, quand il a rameuté l'ensemble du panthéon national, de Victor Hugo à de Gaulle et de Jeanne d'Arc à Jaurès », et qu'« il n'outrepasse pas, non plus, les droits et devoirs de la puissance publique en rappelant ainsi, à l'école et à ses maîtres, que l'éducation civique et l'enseignement de l'histoire peuvent et doivent aider chaque enfant et chaque adolescent à trouver sa place dans la collectivité au-delà de son quartier, de ses " racines ", de sa " communauté " ou de sa " mémoire ". Que l'intelligence active s'exerce mieux sur des textes qui font foi. Que le jugement critique sur pièce vaut tous les "  devoirs de mémoire " édifiants. Tant et si bien qu'on ne voit pas au nom de quoi la lecture de la lettre de Guy Môquet, remise dans son contexte par le professeur, pourrait être néfaste ou suspecte ».
   Tout en faisant part de sa
perplexité et de sa crainte que « cette lecture ne soit vécue comme un nouvel épisode du grand déballage compassionnel et du feuilleton victimaire dont nos sociétés se repaissent », il ne s'oppose pas à la lecture le 22 octobre de la lettre de Guy MÔQUET et souhaite que, « plutôt que de soupçonner une fois encore l'État et le pouvoir de malveillance intéressée, nous consentions à inscrire et à entendre le jeune fusillé dans sa mort même ».
   Et de conclure :

   « Qu'arriverait-il si, le 22 octobre, tous ensemble, à l'école, à la maison, au travail, dans la rue, nous rappelions que Guy Môquet n'est pas mort pour rien ?
    Que son exécution ne fut pas un spectacle ?
    Mais qu'il a tout éclairé en agençant, impeccablement, les mots de sa dernière lettre ?
    Des mots pour le dire, pour donner du sens à une histoire commune, bien au-delà des images fugaces, des émotions d'un jour, du souvenir orchestré et des mémoires parcellaires.
    De ces mots sans lesquels, d'une année à l'autre, d'une génération à l'autre, un peuple perdrait honneur et joie à rester ensemble ».

     Fin septembre, l'Association des professeurs d'histoire-géographie ( APHG ) faisait connaître sa position dans un communiqué remis à la presse :

   Certains professeurs d’histoire et de Géographie de lycée auront obligation de faire dans leur cours le 22 octobre 2007 la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet. Relevant de la fonction publique, ils répondront  à la décision de commémoration du souvenir du jeune résistant  prise par le Président de la République.
   L’État est dans son rôle en décidant des commémorations qui perpétuent l’histoire nationale. Mais l’histoire n’est pas la mémoire. L’histoire se construit sur des bases scientifiques notamment  à partir des  mémoires confrontées les unes aux autres, et d’une présentation contextualisée des faits et des paroles du passé.
   C’est pourquoi l’APHG veille à entretenir chez les élèves les valeurs dont était et reste porteuse la Résistance. Elle l’a fait en particulier par son fort engagement dans le Concours National de La Résistance et de la Déportation depuis sa création en 1961.
   L’APHG  réaffirme que les professeurs d’Histoire et  de Géographie, en vertu de leur liberté pédagogique, auront à mettre en œuvre la recommandation au moment qu’ils jugeront opportun et de la manière la plus adaptée à leurs élèves. Elle souligne que c’est bien ce que semble souhaiter le ministère dans une note parue au BO du 30 août 2007. 

Le secrétariat général de l’APHG
Eric Till et Hubert Tison

     Le 15 octobre 2007, David MARTINON, porte-parole de l'Elysée, rappelant l'importance accordée à cette commémoration par le président de la République, déclarait que la lecture aux lycéens de la lettre de Guy MÔQUET était bien « obligatoire au même titre qu'il est obligatoire pour un enseignant d'enseigner le programme qui lui est fourni pour sa classe », que cette lecture correspondait à un « choix fondamental » et devait constituer « un exercice pédagogique très important »,
   En même temps, il récusait toute
« logique de sanction », rappelant que la circulaire du 30 août 2007 laissait « une liberté totale aux enseignants et aux chefs d'établissement d'organiser la journée comme ils l'entendent »..

   Ce même 15 octobre 2007, Éric BROSSARD, professeur relais au Musée de la Résistance nationale de Champigny, annonçait la mise en ligne en partenariat avec le CDDP du Val de Marne, d'un ensemble documentaire sur Guy MÔQUET et les lettres de fusillés, ainsi qu'un numéro spécial du bulletin, Résistance, " Spécial 22 octobre " :       

   Cet ensemble est composé :
- de pages en ligne organisées en 4 parties : Les lettres de fusillés  ; Guy Môquet, un jeune dans la guerre ; les « 50 otages » ; la mémoire de Guy
Môquet et des « 50 otages »,
- d'un bulletin de 12 pages ( téléchargeable en format .pdf à partir des pages en ligne ) organisé autour de 3 approches : les lettres de fusillés objets d'histoire, objets de mémoire et objets littéraires.
   Au-delà de la demande présidentielle, le Musée de la Résistance nationale, qui détient l'original de la dernière lettre de Guy Môquet, a tenu a rappeler qu'il est nécessaire de revenir aux sources. Ne voulant pas entrer  dans les débats en cours pour lesquels il n'aurait rien apporté de plus, le Musée de la Résistance nationale  a choisi de mettre à la disposition des enseignants et de leurs  élèves
quelques pièces du dossier et de proposer quelques pistes pour les  utiliser en classes au moment opportun. C'est le sens du partenariat avec le  CDDP du val de Marne.
   Les informations contenues dans cet ensemble documentaire, constitué  pour
l'essentiel de documents issus des collections du Musée nationale de la Résistance, vise à aborder la question de la lettre de Guy Môquet de manière plus sereine, en la resituant
dans un contexte historique et mémoriel qui tient compte de la spécificité du document, de son mode de conservation et de transmission, et de son
utilisation possible dans les classes, au même titre que n'importe quel autre document intégré dans une séquence pédagogique.

    Devant la résistance de plusieurs syndicats enseignants ( SNES, Sud-Éducation, SNETAA-ieL ) qui appelent au refus collectif de la lecture de la lettre de Guy MÔQUET dans les classes le 22 octobre, le 18 octobre 2007, sous le titre "  Guy, Louis, Paul, René et les autres... ", Xavier DARCOS, ministre de l'Éducation nationale, utilisait la rubrique " Débats " du quotidien Le Monde pour affirmer que «  la lecture aux lycéens de la lettre de Guy Môquet suscite des inquiétudes et une polémique infondées ».
   Selon lui, l'exécution de Guy MÔQUET « ne doit pas être saisie comme un simple fait, singulier et choquant, ni comme un accident de l'histoire », mais comme une mort qui « illustre tragiquement le courage de la jeunesse qui, à chaque époque et en tout lieu, refuse l'oppression, l'injustice, la violence du monde » :

   [...] Si la lettre de Guy Môquet, avec ce qu'elle symbolise, restait dans l'oubli, nous serions des dépositaires indignes, sourds à son message.
    Le 22 octobre, date anniversaire de l'assassinat de Guy Môquet, sa dernière lettre sera lue aux lycéens de France, comme l'a proposé le président de la République. Elle ne sera pas exploitée à des fins politiciennes, idéologiques ou cocardières. Elle ne cherchera pas des élans compassionnels ou stérilement émotionnels. Elle sera lue dans les lycées parce que, justement, c'est le lieu qui lui convient. Aucune institution n'est plus légitime pour accueillir ce témoignage et pour associer devoir de mémoire et acte pédagogique. Nous touchons là au cœur de sa mission.
    J'entends des réticences. On conteste l'injonction. On craint la récupération. Je veux lever cette vaine inquiétude : la liberté pédagogique sera, ici comme en toutes circonstances, respectée. J'ai voulu que les modalités du déroulement de cette manifestation soient laissées à la libre initiative des équipes pédagogiques et des chefs d'établissement. Ils auront toute liberté d'élargir leur lecture à d'autres témoignages portant sur le même thème : un poème de Louis Aragon, une strophe de Paul Eluard, un feuillet de René Char, un texte de Maurice Druon, etc.

   Rendez-vous avec l'histoire

   J'ai adressé aux enseignants une série de documents comprenant même le récit des dernières heures des jeunes résistants allemands Hans et Sophie Scholl. Naturellement, ces suggestions ne sont pas limitatives ou exhaustives. J'incite les professeurs à en élargir le choix, en accord avec leur projet et leur progression pédagogique. Ils peuvent proposer toutes les initiatives qu'ils jugeront nécessaires pour replacer la lettre de Guy Môquet dans son contexte et pour lui donner sens.
    Je veux le dire aux professeurs et éducateurs, dont je respecte les engagements : les Français jugeraient sévèrement que ce moment républicain soit détourné à d'autres fins. N'en faisons pas une polémique. Ce 22 octobre ne doit pas être une commémoration solennelle ou ostentatoire, régie par un déroulé uniforme, mais l'occasion d'une réappropriation, par la communauté éducative, d'un épisode de notre histoire.
    Dans bien des établissements, d'ailleurs, la préparation de cette journée donne lieu à des projets éducatifs remarquables, animés par des enseignants soucieux de concilier la transmission du savoir et le sens des valeurs civiques. L'école est dans son rôle quand elle renforce la cohésion nationale autour d'une histoire, de valeurs et d'aspirations communes. Cette volonté de rassemblement sera manifeste grâce à la présence, dans les établissements, d'élus de tous bords, d'anciens combattants et résistants, d'intellectuels, ou de diverses personnalités de la société civile.
    Il est bon que la nation ait rendez-vous avec son histoire. Quel lieu plus légitime que l'école pour une telle rencontre ?

   Le 19 octobre 2007, l'émission Travaux publics  de France culture animée par Jean LEBRUN, enregistrée au Café de la Halle aux grains dans le cadre des Rendez-vous de l'histoire de Blois, était programmée sous le titre " Lundi c'est Guy Môquet ! ".
    Y a été débattu le problème de la multiplication des circulaires adressées par l'institution scolaire aux enseignants, perçues comme des injonctions, des ordres de mobilisation ou des recommandations leur demandant de participer avec leurs élèves aux nombreuse commémorations et journées de sensibilisation qui jalonnent l'année scolaire :
   - interrogation sur les priorités assignées à l'école et aux enseignants face aux contradictions découlant d'objectifs qui risquent de devenir concurrentiels dès lors qu'on fait de l'école à la fois un lieu de transmission du savoir, un lieu de sociabilisation et un lieu de transmission de valeurs ;
   - plus précisément, s'agissant de la lecture de la lettre de Guy MÔQUET, l'extrême difficulté pour les enseignants de gérer cette nouvelle commémoration, de dépasser l'émotion, et de faire comprendre sur le plan historique l'extrême complexité du cas Guy MÔQUET.

   Dès le matin du 22 octobre, alors que les radios faisaient état des résistances des enseignants, et annonçaient que le président de la République ne se rendra pas au Lycée Carnot, lycée de Guy MÔQUET, comme cela avait été annoncé lorsqu'il avait pris l'initaitive de cette nouvelle commémoration, François JARRAUD, animateur du Café pédagogique, intitulait son éditorial de L'Expresso du jour  " À propos du « flop » Guy Môquet  " et y déclarait  : «  au moment où j'écris cet éditorial, il est clair que la volonté présidentielle de célébrer dans les lycées la mort de Guy Môquet ne sera pas respecté [...] Il ne reste plus qu'à s'interroger sur ce premier, mais retentissant, " flop " présidentiel [...] ».

   La dépêche de l 'Agence Reuters relatant le déroulement cette journée commémorative titrait : " Un hommage contrasté et contesté à Guy Môquet " :

   L'hommage scolaire imaginé par Nicolas Sarkozy pour Guy Môquet, jeune résistant communiste fusillé en 1941 par les nazis, a pris des formes diverses lundi et suscité l'opposition d'une bonne partie des enseignants.
   Le chef de l'Etat, qui avait initialement prévu de lire personnellement la lettre du jeune martyr au lycée parisien Carnot, où il fut scolarisé, a renoncé au dernier moment, en raison d'un agenda chargé, a expliqué l'Elysée.
   Ce sont donc le Premier ministre, François Fillon, plusieurs ministres et de nombreux élus et personnalités de la droite qui ont animé l'initiative en se rendant dans les lycées et collèges un peu partout en France.
   Certains furent quelquefois la cible de critiques, comme le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, dans son fief de Périgueux ( Dordogne ), voire de sifflets, comme la ministre de la Justice, Rachida Dati, à Villejuif, en banlieue parisienne.
   La cérémonie, qui se voulait un acte de mémoire et une leçon sur le thème de la jeunesse insurgée et de l'esprit de sacrifice, a varié selon les lieux, de la simple et brève lecture en classe au rassemblement dans la cour de l'établissement, en passant par une journée complète d'animation autour du thème de la Résistance.
   Selon le ministère de l'Education, la lettre a été lue dans « la quasi-totalité » des lycées de métropole, parfois grâce à aux personnalités présentes - responsable politique, associatif ou ancien résistant - qui ont remplacé des enseignants refusant de le faire.
   Au total, 99 % des lycées des académies de Bordeaux, Lille, Dijon et Orléans-Tours ont eu leur lecture, 98 % dans l'académie de Rennes, 97,5 % à Paris. Le chiffre le plus bas a été atteint dans l'académie de Créteil et dans le département de l'Allier ( 95 % ) [...]

    Le Monde daté du 23 octobre 2007 renvoyait l'information dans un entrefilet de quelques lignes placé au bas de la page 10 sous le titre " Lecture en ordre dispersé de la lettre de Guy Môquet ", puis revenait sur cette commémoration le 25 octobre avec un artickle de Bertrand LE GENDRE intitulé " Guerre des mémoires, épisiode 2 " :

   Nicolas Sarkozy ne connaissait pas la lettre de Guy Môquet, qu'il a décidé de faire lire le 22 octobre dans tous les lycées. C'est Henri Guaino, gaulliste nostalgique, qui la lui a mise sous les yeux pendant la campagne présidentielle.
  À qui appartient la mémoire de ce jeune communiste fusillé à 17 ans par les Allemands, en octobre 1941 ? A tous, affirme l'Elysée. À nous, rétorquent les communistes, non sans arrière-pensées. Exalter le sacrifice de Guy Môquet, c'est passer sous silence l'un des épisodes les moins glorieux de l'histoire du Parti communiste français : l'adhésion du parti au pacte Hitler-Staline d'août 1939. Une trahison qui, en février 1940, valut au père de Guy Môquet, Prosper Môquet, d'être déchu de son mandat de député.
   Otages de mémoires concurrentes, les enseignants et les chercheurs, en particulier les historiens, ont le sentiment d'être abusés, dépossédés. Ils disent « instrumentalisés » [...]
   
L'invocation de Guy Môquet brouille pareillement la mémoire nationale. Elle exalte un acte de résistance héroïque sans le resituer dans son contexte. Contrairement à Guy Môquet, la France profonde a collaboré ou elle a fait le dos rond.
    De Gaulle le savait, mais il ne voulait pas le savoir. À peine revenu en métropole, en juin 1944, il s'adressait ainsi à des Normands maréchalistes la veille encore : « Ce que le pays attend de vous, c'est que vous continuiez le combat comme vous ne l'avez jamais cessé depuis juin 1940.» De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, c'est la même vision de l'histoire nationale qui se perpétue. Brouillonne, intéressée et souvent apocryphe.
   Les historiens s'insurgent. Ils ont bien raison. Mais ils n'y peuvent rien. Sinon fourbir leurs arguments pour la prochaine bataille de la guerre des mémoires.

    Il est à craindre que le 22 octobre ne vienne s'ajouter à la liste des journées commémoratives créées depuis quelques années, auxquelles l'institution par des circulaires administratives rituelles, reconduites d'année en année, demande aux enseignants de s'associer avec leurs élèves au nom du « devoir de mémoire », et qui se perdent dans les casiers des salles de professeurs.
    Dans le même temps on a assisté  :
      - à la
disparition des circulaires concernant la commémoration de la libération des camps et la victoire alliée sur le nazisme : la Journée de la déportation, le dernier dimanche d'avril, qui commémore le souvenir de tous les déportés, déportés de répression et déportés raciaux, ainsi que le 8 mai ;
      - et dans les lycées d'enseignement général, au
renvoi de l'étude de la Seconde Guerre mondiale et de la déportation qui se trouvait au début du programme de Terminale, année du bac, en fin de programme de Première c'est-à-dire noyée dans les contraintes multiples et incontournables de fin de troisième trimestre : voyages scolaires, évaluation des Travaux personnels encadrés ( TPE ), exposés-débats dans le cadre de l'Éducation civique juridique et sociale ( ECJS ), conseils de classe et d'orientation, épreuves anticipées du bac ... Quelle que soit la bonne volonté des enseignants, de fait, l'histoire de la 2e guerre mondiale est escamotée, bâclée, oubliée.
    
La mémoire n'est-elle pas en train de prendre le pas sur l'histoire ?

    En 2001, au cours d'une table ronde présidé par Henry ROUSSO et consacré au thème " La mémoire et l'histoire ", Dominique BORNE, inspecteur-général d'histoire-géographie, avait insisté sur la spécificité du rôle des professeurs d'histoire . Il me semble utile aujourd'hui de méditer cette intervention dont voici quelques extraits  : 

   La mémoire dont l'État s'occupe, et dont les ministres parlent, n'est pas nécessairement celle que les enseignants doivent enseigner dans les classes.
   Qu'un ministre juge utile de commémorer tel ou tel événement ne signifie pas pour autant qu'il enjoint aux enseignants de l'enseigner.
   Le ministre se situe dans le registre de la mémoire.
   Le politique intègre alors les mémoires particulières dans le patrimoine national : la fonction du politique est de légitimer les mémoires.
   Mais la fonction de l'enseignant est différente.
   D'une part, parce que le temps de l'enseignement n'est pas le temps du ministre ou le temps politique.
   Il n'est pas non plus le temps de la course à la commémoration [...]
   On ne peut occuper le temps de l'enseignement par la commémoration, car le temps de l'enseignement n'est pas seulement celui de l'événement et de la commémoration des événements [...]
   On se situe dans le temps long, le temps réel de l'explication et des réponses de fond dont les élèves ont besoin [...]
   Le temps de l'histoire est long. Ce n'est pas le temps des médias [...]
   Les associations jouent leur rôle et ce rôle est nécessaire.
   Mais si leur demande aux politiques font partie du jeu de la démocratie, elles ne peuvent pour autant dicter à l'école les contenus de ce qu'il faudrait enseigner.
   L'enseignement de l'histoire risquerait alors de juxtaposer des bribes désaccordés de mémoire, alors qu'il doit construire le savoir partagé par tous.

Dominique BORNE, Jean-Louis NEMBRINI et Jean-Pierre RIOUX ( sous la direction de ),
Apprendre et enseigner la guerre d'Algérie et le Maghreb contemporain
,
Actes de l'Université d'été , 29-31 août 2001,
collection "Les Actes de la DESCO",
CNDP/CRDP de Versailles, 2002.

   Le 15 février 2008, l'historien Henry ROUSSO, réagissant à la nouvelle initiative mémorielle du président SARKOZY, consistant à faire parrainer par chaque élève de CM2 le souvenir d'un des enfants de la Shoah, déclarait dans Libération que « l’idée de contraindre les enseignants à lire la lettre de Guy Môquet », avait débouché sur un « fiasco » : « Improvisée, ignorante des réalités historiques, ressuscitant malgré elle les mensonges d’un communisme de guerre froide, l’initiative obligeait une fois de plus l’école à se plier à un " devoir de mémoire " de plus en plus déconnecté de l’histoire, ce qui a pour effet d’abolir toute distance entre le passé et le présent puisque l’on ne joue presque exclusivement que sur l’émotion ».

   On retrouvera sur ce même site la réflexion sur la problématique des rapports entre histoire et mémoire qui y est développée par Jean-Pierre HUSSON, ainsi qu'un résumé dans leur diversité, des prises de position des historiens et des enseignants présentées dans l'ordre chronologique de leur intervention dans le débat qui se poursuit :


    Le rôle des enseignants
dans la transmission de la mémoire

Les historiens confrontés
au « devoir de mémoire »

Judiciarisation du passé, lois mémorielles
et crise d'identité nationale

La spécificité de l'enseignement
de l'histoire et de la mémoire


Qui était Guy Môquet ?

   Guy MÔQUET, né le 26 avril 1924, était le fils aîné de Prosper MÔQUET, un cheminot, responsable syndical à la CGTU et député communiste, élu en 1936 dans le XVIIe arrondissement de Paris ( quartier des Épinettes ) 
   Il est dès son jeune âge
membre des Pionniers, organisation de jeunesse du Parti communiste français.
   
   Conséquence de la signature du pacte de non-agression germano-soviétique d'août 1939, et du
refus de la direction du Parti communiste français de se désolidariser de la ligne imposée par le Komintern qui dénonce dans la guerre engagée « une guerre impérialiste » ne concernant pas les communistes, le 26 septembre 1939 le PCF est dissous et les parlementaires communistes déchus de leur mandat. Prosper MÔQUET est arrêté en octobre 1939 et condamné en avril 1940 à 5 ans de prison. En mars 1941, il est déporté au bagne de de Maison-Carrée en Algérie.
   
   
Élève au lycée Carnot, Guy MÔQUET quitte cet établissement parisien après l'arrestation de son père et se réfugie avec sa mère Juliette et son petit frère Serge chez ses grands-parents paternels à Bréhal, commune du département de la Manche située au Nord de Granville, puis il rentre seul à Paris et milite activement au sein des Jeunesses communistes réorganisées clandestinement. Il colle des papillons et distribue des tracts qui, conformément à la ligne du PCF des débuts de l'Occupation, fustigent davantage le régime de Vichy que l'occupant nazi, mais qui restent imprégnés par un antifascisme patriotique hérité du Front populaire.

    La répression « contre les menées antinationales » s'abat sur les mililtants communistes, qui sont alors la principale cible de la police française aux ordres des préfets de Vichy, avec l'appui et sous le contrôle des autorités allemandes d'occupation.
   
   Le 13 octobre 1940
, Guy MÔQUET, alors âgé de 16 ans, est arrêté sur dénonciation à la station de métro Gare de l'Est par des policiers français et incarcéré à la prison de Fresnes.
  
   Bien qu'
acquitté le 23 janvier 1941 par la 15e chambre correctionnelle de Paris qui décide de le placer en liberté surveillée, il tombe sous le coup d'un arrêté d'internement administratif qui le maintient en détention, et il est transféré successivement à la prison de la Santé à Paris, puis à la centrale de Clairvaux dans l'Aube, et enfin à partir du 16 mai 1941, au camp de Choisel à Châteaubriant en Loire-Inférieure ( Loire-Atlantique actuelle ), où il est détenu dans la baraque 10, la baraque des jeunes.

Guy Môquet au camp de Choisel

   Après l'invasion de l'Union soviétique par la Wehrmacht en juin 1941, le PCF engage toutes ses forces dans la résistance à l'occupant nazi et appelle à la lutte armée.

   À la suite de l'
exécution par un jeune communiste le 20 octobre 1941 du lieutenant-colonel Fritz HOTZ, Feldkommandant de Nantes, Guy MÔQUET, malgré son jeune âge –  il n'a que 17 ans – fait partie des otages, choisis à Nantes et à Châteaubriant avec le concours de l'administration française de Vichy, placée sous l'autorité du ministre français de l'Intérieur, Pierre PUCHEU.
.
   Dans un ouvrage publié
en 1997, Bernard LECORNU, à l'époque sous-préfet de Châteaubriant, et qui servit sur place –  non sans une certaine ambiguité souligne l'historien Jean-Pierre AZÉMA –  d'intermédiaire entre les autorités allemandes d'occupation et le ministère de l'Intérieur, souligne en particulier le rôle joué avec beaucoup de zèle par CHASSAGNE, un membre du cabinet du ministre PUCHEU, dans l'établissement de la liste des otages de Châteaubriant.

   Les 27 otages, tous communistes, choisis parmi les détenus du camp de Choisel, sont fusillés le 22 octobre 1941 par les Allemands dans la carrière de la Sablière à Soudan, commune située à un kilomètre de Châteaubriant.
   Durant tout le trajet dans les camions, les otages n'ont pas cessé de chanter
L'Internationale, La Marseillaise et Le Chant du départ.
   Ils ont refusé qu'on leur bande les yeux, se sont placés d'eux-mêmes devant les poteaux d'exécution et ont crié avant chaque salve
« Vive la France ».

   
Dès 1944, Guy MÔQUET a été cité à l'ordre de la nation par le général DE GAULLE.
   
   D
e son côté, le PCF qui se présentait comme « le parti des 75 000 fusillés » n'a pas manqué de glorifier le sacrifice des « martyrs de Châteaubriant », dont un certain nombre, comme Guy MÔQUET, avaient été arrêtés dès le début de l'Occupation, afin d'effacer le trouble que pouvait provoquer la ligne pour le moins ambigüe adoptée par ses dirigeants au cours de l'été 1940

   Inauguré en 1950, le mémorial de Châteaubriant a été érigé à l'initiative de l'Amicale de Châteaubriant Voves-Rouillé à l'emplacement de l'exécution, au lieudit « Le champ de la Sablière ».

Le mémorial de Châteaubriant
La statuaire réalisée par le sculpteur Rohal surmonte 185 alvéoles
contenant de la terre de tous les hauts-lieux de la Résistance
Ce site a été classé en 1993


La dernière lettre de Guy Môquet à sa famille

   Le 23 juillet 2007, la totalité des archives de Guy MÔQUET ( y compris ses dernières lettres ), et les archives de sa famille ( son père Prosper, sa mère Juliette et son jeune frères Serge ), ont fait l'objet d'une donation effectuée par la famille MÔQUET-SAFFRAY au Musée de la Résistance nationale à Champigny sur Marne, donation officialisée par une présentation publique qui s'est déroulée le dimanche 16 septembre 2007 à à l'occasion des Journées européennes du Patrimoine, en présence :
   - de la
famille MÔQUET-SAFFRAY [ Anne-Marie Saffray la fille de la seconde épouse du père de Guy MÔQUET, qui l'a adoptée en 1960 ] ,
   - d'
Odette NILÈS, présidente de l'amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé,
   - de Pierre-Louis BASSE, journaliste, biographe de Guy Môquet,
   - et de
Guy KRIVOPISSKO, conservateur du Musée de la Résistance nationale de Champigny.

    Deux documents correspondant à la dernière lettre de Guy MÔQUET à sa famille sont aujourdhui conservées au Musée de la Résistance nationale à Champigny :
   -  une
lettre écrite à l'encre déposée par Anne-Marie SAFFRAY au Musée de Champigny en 1992,
   - une
lettre écrite au crayon, retrouvée en 2002 par Anne-Arie SAFFRAY pliée en quatre dans un porte-feuille ayant appartenu à à la mère de Guy MÔQUET, et faisant partie de la donation des archives de la famille MÔQUET au Musée de Champigny en 2007, présentée sur le site du CDDP du Val de Marne.

   Dans Libération daté du 1er octobre 2007, Édouard LAUNET qui a enquêté sur ces legs, avance l'hypothèse que la lettre exposée à Champigny et publiée dans le numéro de septembre 2007 de L'Histoire, ne serait en réalité qu'une copie :

   Faute de travail scientifique, on en est réduit aux hypothèses.
   La plus probable est que la lettre à l’encre est une recopie par la mère du texte original au crayon. « Ces recopies étaient fréquentes à l’époque. C’était le seul moyen de faire circuler les textes de fusillés dans les familles et dans la Résistance, indique Guy Krivopissko, auteur d’un livre sur le sujet. Ces dernières lettres étaient, pour la plupart, écrites au crayon sur un mauvais papier. On se transmettait les copies à l’encre au cimetière, lors de l’enterrement. »
   Anne-Marie et Alain Saffray n’ont en tout cas aucun doute sur le fait que l’exemplaire au crayon à papier est l’original : « Il y a sur la signature de Guy une petite boucle très caractéristique, qui n’apparaît pas sur la recopie à l’encre.» Ils ont en outre retrouvé dans les affaires de Prosper une page d’un journal corse qui reproduisait en fac-similé la lettre, et la ­petite boucle y apparaîtrait nettement.

   Dans la revue L'Histoire de septembre 2007, Jean-Pierre AZÉMA expliquait que Guy MÔQUET avait en réalité écrit trois lettres le 22 octobre 1941 : 
      - une
première lettre adressée à sa mère et relatant la vie quotidienne au camp de Choisel ;
      - une
seconde lettre adressée à sa mère, à son frère et à son père, lettre qui figure dans Les Martyrs, un recueil publié dès février 1942 aux Éditions de Minuit par Louis ARAGON à la demande de Jacques DUCLOS, responsable du Parti communiste clandestin. C'est cette lettre qui sera lue le 22 octobre dans tous les lycées de France et qui a été publiée dans le numéro de septembre 2007 de la revue L'Histoire  : 

Photographie de la lettre écrite à l'encre
et conservée au Musée de la Résistance nationale de Champigny
illustrant l'article de Jean-Pierre AZÉMA dans L'Histoire

   Châteaubriant le 22 octobre 1941

 
   Ma petite maman chérie
   Mon tout petit frère adoré
   Mon petit papa aimé

      Je vais mourir ! Ce que je vous demande, à toi en particulier petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon cœur c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean (1), j'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino (1). Quant à mon véritable (2) je ne peux le faire, hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman bien des peines, je te salue pour la dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

      Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie, qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

      17 ans et demie ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin (3), Michels (4). Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

      Je ne peux pas en mettre davantage, je vous quitte tous, toutes, toi maman, Séserge, Papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !

                                                 Votre Guy qui vous aime.

Guy          

(1) : Jean Mercier,  Roger Semat et  Rino Scolari étaient des jeunes communistes détenus dans la même baraque que Guy Môquet, et avec lesquels il s'était lié d'amitié
(2) : Serge était le frère cadet de Guy Môquet
(3) : Jean-Pierre Timbaud, militant communiste, secrétaire du syndicat CGTU des métallurgistes parisiens, est allé au poteau d'exécution en criant : « Vive le parti communiste allemand ».
(4) : Charles Michels, secrétaire du syndicat CGTU parisien des cuirs et peaux et député communiste de Paris a déclaré aux SS qui l'emmenaient à la clairière pour y être fusillé : « Vous allez voir comment meurt un député français ».

     


      - enfin un
mot griffonné juste avant de monter dans le camion qui le conduisait à la carrière de la Sablière et adressée à Odette LECLAN ( aujourd'hui Odette NILÉS, présidente de l'Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé ), une jeune communiste, militante de l'Union des jeunes filles de France, internée au camp de Choisel à la mi-septembre, avec laquelle il avait fait connaissance à travers la palissade de bois surmontée d'un grillage, qui séparait le secteur des garçons et celui des filles ; il en était tombé amoureux et elle lui avait promis un baiser.


Les Fusillés marnais

Les premiers fusillés rémois
Marcel Chatton, 22 ans
Georges Dardenne, 22 ans
Édouard Quentin, 21 ans

Marcel Chatton, jeune caviste communiste rémois,
arrêté le 23 septembre 1941 et condamné à mort
pour impression et diffusion de tracts
a été fusillé à Châlons-sur-Marne le 23 décembre 1941

Georges Dardenne ( à gauche ) et Édouard Quentin ( à droite )
jeunes cavistes communistes rémois arrêtés le 6 novembre 1941
et condamnés aux travaux forcés à perpétuité pour diffusion de tracts
ont été fusillés comme otages à Châlons-sur-Marne
le 13 janvier 1942

   Au printemps 1941, une distribution de tracts ayant pour titre « Réintégrons nos syndicats » et signés « Les militants restés fidèles à l'esprit de 1936 » est signalée dans les maisons de champagne de Reims.

    Le 17 mai et à nouveau le 7 juillet 1941, le préfet de Vichy, René BOUSQUET demande au commissaire spécial de Reims de faire faire une enquête qui montre que ce tract a été tapé sur la même machine qu'une feuille communiste clandestine, La Champagne ouvrière et paysanne .

" 1er Mai de lutte contre l'oppression capitaliste "
La Champagne ouvrière et paysanne
organe du Parti communiste clandestin
n° 7 du 1er mai 1941

 
   Le 17 septembre, en vertu d'une réquisition de BOUSQUET, une perquisition est effectuée au domicile des parents d'un jeune caviste communiste, Marcel CHATTON.
   Au cours de cette perquisition, le police française découvre un tract ayant pour titre « Brisons l'arme de l'antisémitisme !  Unissons-nous ! », et signé « Le Parti communiste français - SFIC », ainsi qu'une liste de souscription blanche à l'en-tête du « Comité départemental du Front national de lutte pour l'indépendance de la France ».

   Marcel CHATTON est arrêté par des policiers français sur son lieu de travail, la maison de champagne Heidsieck.
   
   Le 6 novembre 1941, Georges DARDENNE et Édouard QUENTIN, camarades de travail de Marcel CHATTON, sont arrêtés à leur tour par la police française sur dénonciation d'un membre de la Ligue française.
   Les Allemands finissent par se saisir de cette affaire et se font livrer les militants communistes rémois.
   Le 17 décembre 1941, ils sont condamnés lourdement par le tribunal militaire de Châlons-sur-Marne :
      - Marcel CHATTON, âgé tout juste de 22 ans, est condamné à mort et fusillé le 23 décembre 1941 à la caserne Tirlet de Châlons-sur-Marne.
      - Georges DARDENNE et Édouard QUENTIN, âgés de 22 et 21 ans, sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

    À la suite d'un attentat commis contre un officier allemand à Dijon, tous les deux sont fusillés comme otages le 13 janvier 1942..

Le Mur des fusillés à la caserne Tirlet de Châlons-sur-Marne
devenue aujurd'hui la Cité administrative
et le siège des services départementaux de l'Éducation nationale
La plaque commémorative initialement érigée devant ce mur
a été transférée à la Butte des Fusillés à L'Épine

La Butte des Fusillés à L'Épine

 

Le souvenir
de Marcel Chatton, Georges Dardenne et Édouard Quentin
à Reims

   Les noms de Marcel CHATTON, de Georges DARDENNE et d'Édouard QUENTIN ( orthographié PANTIN par erreur ) sont gravés sur le Monument aux martyrs de la Résistance de Reims...

   ... et sur une stèle érigée à la Bourse du Travail de Reims, boulevard de la Paix, devenue Maison régionale des syndicats.

 

   Des plaques commémoratives ont été apposées sur la façade de leurs domiciles en 1947 à l'initaitive de la Ville de Reims.

La plaque de Marcel Chatton photographiée à son domicile
20, rue de la Cerisaie à Reims
sur la façade d'une maison qui a aujourd'hui disparu

Ici demeurait
Marcel CHATTON
Patriote
Fusillé par les Allemads à
Châlons-sur-Marne à l'âge de
22 ans le 24 décembre 1941
1919-1941


Plaque apposée au domicile de Georges Dardenne
6, rue Favart d’Herbigny à Reims

Plaque apposée initialement au domicile d'Édouard Quentin
85, rue Fléchambault, ancienne rue du vieux quartier Saint-Remi de Reims,
devenue aujourd'hui allée Fléchambault , et transférée
au Square des victimes de la Gestapo, rue Jeanne d'Arc

   Deux noms de rue portent le nom de Marcel CHATTON et de Georges DARDENNE.

 

Julien Ducos, 23 ans

Vigneron chez ses parents à Saint-Martin d’Ablois, Julien Ducos appartient au
groupe FTPF-FFI n° 10 de Saint Martin d’Ablois
( secteur D de l'arrondissement d’Épernay ).
il participe à des opérations de parachutage, de sabotage de pylônes
et d’installations ferroviaires et à un important transport d’armes en novembre 1943.
Arrêté le 17 novembre 1943, il est inculpé d’attentats contre du matériel de la SNCF, condamné à mort par le tribunal militaire allemand de Châlons-sur-Marne
et fusillé le 19 février 1944 sur le terrain de La Folie à L’Épine.

La dernière lettre de Julien Ducos à sa famille

        

                  Chers parents, chère petite sœur,

   Adieu. Car je vais tomber où sont tombés déjà tant de camarades ; je viens d'être confessé et je pars muni des saints sacrements.
   Avant de mourir je vous demande pardon de la peine que je vais vous causer, mais soyez courageux et fiers. Je vous demande aussi pardon de tous les ennuis et soucis que je vous ai causés dans ma courte vie, car je n'ai pas été toujours raisonnable, pourtant vous étiez si bons pour moi.

    Adieu, papa, toi qui m'as toujours montré le chemin de l'honneur et de l'honnêteté ; sois fier de moi, car toi aussi tu auras donné à la France un fils ; notre sacrifice ne sera pas inutile.

   Adieu, maman, toi qui m'as mis au monde et qui t' es penchée si souvent sur mes peines ; sois courageuse, il te reste encore Yvonne pour te consoler.

   Et toi, petite sœur chérie, adieu aussi ; c'est à toi que je confie papa et maman ; rends les toujours heureux, fais leur une vieillesse heureuse ; aie surtout soin de maman, ça va être terrible pour elle, console la bien.

   Et maintenant on vient nous chercher ; quand le jour va se lever, nous ne serons plus ; nous allons fînir comme tous les patriotes ; notre sacrifice, je crois, ne sera pas inutile, car il donnera à la France, le jour de la victoire finale, le droit d'être, elle aussi, fière de ses fils. J'ai toujours été un patriote et je ne regrette rien.

   Adieu aussi, tante Reine et cher Maurice qui furent aussi si bons pour moi et qui me consoliez quand j'avais des peines. Adieu à toute la famille et à tous les bons copains.

   Votre fils, ton frère qui va mourir, et qui vous envoie ses derniers baisers.

    Vive la France !

Julien Ducos                     

 

Le nom de Julien Ducos est gravé sur le monument aux morts
de Saint-Martin d'Ablois...


... où une rue porte son nom

 

Robert Baudry, 23 ans

Ouvrier forestier à Saint-Martin-sur-le-Pré, près de Châlons-sur-Marne,
fait prisonnier en 1940, puis libéré en 1941 comme soutien de famille
il est engagé comme auxiliaire à la SNCF.
En mars 1943, il commence à participer à de nombreux sabotages.
FTPF-FFI, nommé lieutenant le 1er août 1943 par le Comité militaire interrégional,
il prend la tête du groupe Pierre Sémard.
Arrêté le 12 décembre 1943 à Sermaize par la police française et incarcéré
à Nancy puis à Châlons-sur-Marne, il est inculpé d’attentats contre du matériel de la SNCF, condamné à mort par le tribunal militaire allemand de Châlons-sur-Marne
et fusillé le 19 février 1944 sur le terrain de La Folieà L’Épine.

 La dernière lettre de Robert Baudry à sa famille

                   

                          Petite mère chérie et frères,

    Je vous écris ces dernières lignes dans ma cellule, d'une main ferme. Ne pleurez pas ma mort, je vais rejoindre mon père chéri, là-haut dans l'éternité.
   
   J'ai reçu d'un aumônier militaire les derniers sacrements et je m'en vais l'âme forte. Ma vie aura été très courte, mais que voulez-vous, la destinée des hommes est tellement drôle.
   
   Embrassez toute la famille pour moi. N'oubliez pas ce cher abbé [ l'abbé J. Faguier ]. Si je ne l'ai pas fréquenté, du fond du cœur je ne l'ai jamais réprouvé.
   
   En faisant ce que nous avons fait, nous avons cru agir en bons français. Nous nous sommes peut-être trompés, mais nous avons été condamnés à mort. Mieux vaut la mort que le déshonneur. Si on vous donne le droit de reprendre mon corps, mettez moi avec mon père ; je crois avoir mérité d'être avec lui et malgré tout j'espère bien le retrouver. Ma mère chérie et monsieur l'abbé, faites toujours l'impossible pour que mes frères, que j'ai si peu vus et ne verrai plus, ne sortent jamais de la légalité.
   Que vous dirai-je encore? rien que des choses droites que vous savez si bien.
   Je vous quitte pour toujours en vous embrassant de loin avec tout ce que j'ai de meilleur en moi-même, et malgré tout et toujours.
                                                                                     
 Vive la France éternelle !

Baudry Robert   

 

.Le nom de Robert Baudry est gravé sur le monument aux morts
de Saint-Martin sur le Pré où une rue porte également son nom

 

Pour en savoir plus sur les Fusillés marnais

  Fusillés, massacrés et morts au combat dans la Marne ", in Jean-Pierre HUSSON, La Marne et les Marnais à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale,
Presses universitaires de Reims, tome 1, 2e édition, 1998,

  " Les Rémois fusillés ", in Jocelyne HUSSON, Reims Souviens-toi 1945-1985 - Étude des plaques dédiées à la mémoire des victimes rémoises de la répression nazie, PAE réalisé avec les élèves de troisième du collège du quartier Saint Remi de Reims, L'Atelier Graphique, 1985.

  " Les Fusillés rémois du 6 juin 1944 ", dossier mis en ligne par Jocelyne et Jean-Pierre HUSSON.

   Les trois Rémois exécutés à Tournes dans les Ardennes le 29 août 1944 :
Marie-Thérèse Ognois, Paul Schleiss, André Schneiter
 "
, dossier mis en ligne par Jocelyne et Jean-Pierre HUSSON.

  " La Butte des fusillés à L'Épine ", dossier mis en ligne par Jean-Pierre HUSSON.


Ressources documentaires
( Classement chronologique )

Ouvrages de référence

 Pierre-Louis BASSE,
   - 
Guy Môquet, une enfance fusillée, Paris, Stock, 2000, réédité en 2007 ;
   - 
Guy Môquet au Fouquet's - Pamphlet, Éditions des Équateurs, 2007.

 Nancy BOSSON, Guy Môquet, « J'aurais voulu vivre », Le Mans, Libra Diffusio, 2007.

 Laurence THIBAULT ( sous la direction de ), Les Jeunes et la Résistance, Les Cahiers de la Résistance, Paris, AERI / La Documentation française, 2007.

 Marie GRANET, Les jeunes dans la Résistance. 20 ans en 1940, Paris, France-Empire, 1985 ; réédité en 2007.
   Cette réédition qui exhibe en Une de couverture un bandeau  rouge portant la mention « La dernière lettre de Guy Môquet », présente cette lettre accompagnée du discours de Nicolas Sarkozy.

 Jean-Pierre BESSE et Thomas POUTY, Les fusillés : répression et exécutions pendant l'Occupation ( 1940-1944 ), Patrimoine, Paris, L'Atelier, 2006.

 La vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944, lettres introduites par François MARCOT et présentées par Guy KRIVOPISSKO, Paris, Points-Tallandier, 2006
   
François MARCOT, " À propos de la dernière lettre de Guy Môquet à ses parents " .

 François MARCOT (sous la direction de ), Dictionnaire historique de la Résistance, Bouquins, Paris, Robert Laffont, 2006.
   Voir en particulier les articles consacrés à " Châteaubriant " de Didier GUYVARC'H et au " Parti communiste français " pendant la 2e guerre mondiale de Denis PESCHANSKI.

 Jean-Marc BERLIÈRE et Frank LIAIGRE, Le sang des communistes. Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée, Automne 1941, Nouvelles études contemporaines, Paris, Fayard, 2004.

 Les Fusillés de Clairvaux 1941-1942, ONAC de l'Aube, 2004.

  Pierre GILLET ( abbé ), " Châlons sous la botte - Souvenirs de la Résistance à Châlons-sur-Marne et dans l'arrondissement 1940-1945 " , Cahiers Chalonnais, n° 3, réédité en 1998.
   Travail de mémoire le plus documenté sur la Résistance châlonnaise.

 Jean-Pierre HUSSON, La Marne et les Marnais à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale, Presses universitaires de Reims, 2 tomes, 2e édition, 1998.

 Bernard LECORNU, Un préfet sous l'occupation allemande, Paris, France-Empire, 1997.
    
Sous-préfet en poste à Châteaubriant en octobre 1941, puis préfet de la Corrèze, il a été soupçonné par le gouvernement de Vichy de jouer le double-jeu en faveur de la Résistance et a été révoqué en février 1944. Entré dans la clandestinité, il a traversé les lignes ennemies après le débarquement de Normandie pour se présenter le 14 juin 1944 à la sous-préfecture de Bayeux. Placé en résidence surveillée et traduit devant la commission d'épuration du ministère de l'Intérieur, il a été arrêté et incarcéré à la prison de Fresnes le 21 octobre 1944, jour anniversaire de l'exécution des otages de Châteaubriant, après que des journaux l'aient dénoncé comme celui qui aurait établi la liste de ces otages. Mis hors de cause, son affaire a été finalement classée. En août 1945, il a été libéré. En 1946, il a été réintégré dans la préfectorale et a reçu la médaille de la Résistance.

 Jocelyne HUSSON, Reims Souviens-toi 1945-1985 - Étude des plaques dédiées à la mémoire des victimes rémoises de la répression nazie, PAE réalisé avec les élèves de troisième du collège du quartier Saint Remi de Reims, L'Atelier Graphique, 1985.

Revues et journaux

 Didier ARNAUD, " Très résistante ", Portraits, Libération, 4 janvier 2008.
   Portrait dd'Odette Nilès, la « fiancée » de Guy Môquet.

 Dominique MERCHET, " Guy Môquet. « Je vais mourir » " Les Dossiers de la 2e guerre mondiale - La France en Guerre, n° 10, octobre-novembre-décembre 2007.

 " Une journée particulière pour les lycéens de France ", Les Chemins de la Mémoire, n° 177, novembre 2007.

 Bertrand LE GENDRE, " Guerre des mémoires, épisode 2 ", Le Monde, 25 octobre 2007.

  " Spécial Guy Môquet - La mémoire d'un engagement ", L'Humanité, 22 octobre 2007.

 Gilles HEURÉ, " Est-il légitime de lire la lettre de Guy Môquet dans les lycées ? Explication de texte ", Télérama, n° 3014, 20-26 octobrze 2007.

  " Un patriotisme inséparable du combat communiste ", entretien avec l'historien Roger MARTELLI réalisé par Lucien DEGOY, L'Humanité, 19 octobre 2007.

 " 17 ans jeune résistant communiste fusillé le 22 octobre 1941 - Guy Môquet - Les raisons d'un sacrifice ", L'Humanité Dimanche, n° spécial, n° 82, 18-31 octobre 2007.

 Martine LARONCHE ( propos recueillis par ), "  La lettre de Guy Môquet analysée par un psychiatre ", Le Monde, 19 octobre 2007.

 " Ils ont résisté à Hitler ", dossier, Les Collections de L'Histoire, n° 37, octobre 2007.
   Dans la 2ème partie de ce dossier " Le cas français ", un encart intitulé " Débat.  Lire la lettre de Guy Môquet ? " accompagne l'article d'Olivier WIEVIORKA " Questions sur l'armée des ombres ", et un article de Juliette RIGONDET, sous le titre " Le procès de la Maison de la Chimie ", annonce la prochaine diffusion sur France 2 du film La Résistance qui relate le procès des jeunes communistes des Bataillons de la Jeunesse condamnés à mort par une cour martiale allemande et fusillés au Mont-Valérien en avril 1942.

 Edouard LAUNET, " Les deux lettres de Guy Môquet ", Libération, 1er octobre 2007.

 Jean-Pierre RIOUX, " Guy Môquet : sous l'émotion, les mots ", Ouest-France, 28 septembre 2007.

 Jean-Pierre AZÉMA, " Guy Môquet, Sarkozy et le roman national ", L'Histoire, n° 323, septembre 2007.

  François JARRAUD, " Lire ou ne pas lire Guy Môquet  ", Le Café pédagogique, n° 85, septembre 2007, 4e partie, Éducation-civique - ECJS, p. 256.

 " « Les copains qui restez soyez dignes de nous ! ... les 27 qui vont mourir » ", 22 Octobre - Bulletin de l'Amicale Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé, supplément au n° 58, 2e semestre 2007.


Sur les sites Internet

Vidéos en ligne

 " Guy Môquet ", cinq clips vidéos réalisés en coproduction par le Scérén-CNDP et France 5, en ligne sur le site education.france5.fr, Côté profs, 2007.

Dossiers en ligne
Sites du du réseau Scérén - CNDP - CRDP - CDDP
Sites académiques et sites pédagogiques

 Le San DIEP avec la collaboration de Patrick THIÉBAUT, "Guy Môquet et la résistance ", Télédoc - En ligne de mire, Scérén-CNDP, octobre 2007.
    Dossier d'accompagnement pédagogique du court-métrage La Lettre, du téléfilm La vie sera belle et du documentaire Les Résistants de la première heure diffusés sur les chaînes LCP et France 2 à l'occasion de la commémoration du souvenir de Guy Môquet le 22 octobre
http://www.cndp.fr/tice/teledoc/mire/teledoc_guymoquet.pdf

 Patrick THIÉBAUT, " Guy Môquet, un symbole - Mémoire et travail de mémoire ", dossier mis en ligne sur le site Pour mémoire du Scérén - CNDP avec la collaboration du Musée de la Résistance nationale de Champigny.
   Dossier documentaire très complet proposant de nombreux éléments d'analyse et de réflexion permettant de replacer la lettre de Guy Môquet dans son contexte.

 Éric BROSSARD, Guy KRIVOPISSKO et Marie-Claude ANGOT ( coordination ),  " Guy Môquet - Une enfance fusillée ", sur le site du CDDP du Val de Marne.
   Dossier élaboré par le Musée de la Résistance nationale de Champigny, le CDDP du Val-de-Marne et le CRDP de l’académie de Créteil, qui propose nombreux documents d'archives numérisés, en particulier la lettre de Guy Môquet écrite au crayon et où on pourra télécharger à partir du 15 octobre, un numéro spécial du Bulletin Résistance, " Spécial 22 octobre ".

 Claude ROBINOT, Olivier GOLLIARD, Solange PIERRAT,  " Autour de la lettre de Guy Môquet ", sur le site Strabon de l'Académie de Versailles.
   Dossier richement documenté sur Guy Môquet et les mémoires de la Résistance.    

 Philippe BARLET, " Autour de Guy Môquet : résister, c’est aussi être solidaire... ", sur le site du CDDP de L'Indre.
   Dossier très bien présenté et offrant de nombreuses pistes pour contextualiser la lecture de la lettre de Guy Môquet.

 " Document cadre interdisciplinaire : La lecture de la lettre de Guy Möquet à sa famille. Commémoration du 22 octobre ", sur le site de l'Académie de Nantes.
   Afin de faire de la commémoration du 22 octobre 2007 un moment pédagogique, les Inspecteurs pédagogiques régionaux de différentes disciplines ( Histoire-Géographie, Lettres, Philosophie ) ont réalisé un document commun qui propose aux équipes pédagogiques des pistes de travail autour de cette lettre et de sa lecture.

 Alain JACOZONE,  " Lettre de Guy Môquet : les ressources des Archives départementales du Maine-et-Loire ", sur le site de l'Académie de Nantes.
   Présentation de documents concernant l'exécution des otages de Châteaubriant en octobre 1941, conservés aux Archives départementales de Maine-et-Loire, Angers étant à cette époque capitale régionale.. 

 " 22 octobre : commémoration du souvenir de Guy Môquet ", sur le site du CDDP de l'Ariège.

 " Commémoration du souvenir de Guy Môquet et de ses 26 compagnons fusillés ", sur le site de l'Académie de Poitiers.

 " Commémoration du souvenir de Guy Môquet et de ses 26 compagnons le 22 octobre 2007  ", sur le site de l'Académie de Clermont-Ferrand.

" Les actions des établissements à la mémoire de Guy Môquet ", sur le Forum Agora du site de l'Académie de Strasbourg.

 " Qui était Guy Môquet ?  ", sur le site du collège Guy Môquet de Gennevilliers qui porte son nom depuis 1977.

 "  22 octobre : esprit et mémoire de la Résistance ", sur le site de l'Académie de Dijon.

 Daniel LETOUZEY,  Résister à Hitler. Résistants et Résistance - à propos de Guy Môquet ", dossier mis en ligne avec l'aide de Nicole MULLIER sur Clioweb.

 Pierre PAPET et Jean-Pierre ROUX, " Guy Môquet et les Jalons ", sur le site CinéHig.
   Dossier intégrant des archives cinématographiques issues du site Jalons de l'INA.
   - " Étudier la lettre de Guy Môquet en historien  "
   - " Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France en TES/L - Étude de cas : « la lettre de Guy LMôquet » "

 Caroline JOUNEAU-SION, " Lire la lettre de Guy Môquet ? ", sur le site des Clionautes.
   
Synthèse des discussions qui nourrissent le débat sur sur la liste de diffusion de H-Français.

 " Histoire-Géo : À propos de Guy Môquet ", à la rubrique " Les disciplines  " de L'Expresso du Café pédagogique du 12 septembre 2007.

 " Guy Môquet croise à nouveau les admirateurs d'Hitler ", à la rubrique " Citoyenneté  " de L'Expresso du Café pédagogique du 17 septembre 2007.

 " Lire ou ne pas lire la lettre de Guy Môquet ? ", à la rubrique " Éditorial  " de L'Expresso du Café pédagogique du 15 octobre 2007.

 " Guy Môquet obligatoire ", à la rubrique " Le Système  " de L'Expresso du Café pédagogique du 16 octobre 2007.

 " Guy Môquet J-5 ", à la rubrique " Le Système  " de L'Expresso du Café pédagogique du 17 octobre 2007.

 " À propos du « flop » Guy Môquet  ",  à la rubrique " Éditorial  " de L'Expresso du Café pédagogique du 22 octobre 2007.

Autres Sites

 " Débats sur la journée du 22 octobre 2007 ", dossier très bien documenté et actualisé sur le site de la Fondation de la Résistance.
   
On trouve également sur le site de la Fondation de la Résistance  :
   - à la rubrique "Approches de la Résistance ", un
texte inédit de l’historien François MARCOT, " Guy Môquet - Lettres de fusillés, de Guy Môquet à Henri Fertet ", qui analyse les lettres des fusillés de Châteaubraint et les replace dans leur contexte,
   - à la rubrique " Actualités pédagogiques " une  " Bibliographie sur les jeunes dans la Résistance "issue de la préparation au thème du Concours dec la Résistance
2003, et le texte de la lettre- circulaire datée de septembre 1947 de Marcel-Edmond NAEGELEN, ministre de l'Éducation nationale, demandant que les lettres des cinq élèves du lycée Buffon fusillés au Mont Valérien en février 1943, « soient lues sobrement et commentées aux élèves et étudiants des établissements d'enseignement de tous degrés et de toutes disciplines »..

 Un important dossier consacré à Guy Môquet et à ses camarades fusillés à Châteaubriant le 22 octobre 1941 est en construction sur le site des Amis du Musée de la Résistance de Châteaubriant.

 " Les fusillés du 22 octobre 1941  ", dossier en ligne sur le site de l'Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.

 " Représailles après la mort de Karl Hotz ", " Guy Môquet ", sur le site de Wikipédia.

 " Les Fusillés de Châteaubriant ", dossier en ligne sur le site Chemins de la mémoire

. " 22 octobre 1941 - Morts à Châteaubriant ", film documentaire, de 12 minutes 25, diffusé le 28 octobre 1971 sur l'antenne de l'ORTF dans le cadre de l'émission Objectifs, à télécharger sur le site de l'INA.

 " 22 octobre 1941. Mort de 27 otages dont Guy Môquet ", sur le site Hérodote.net.

   

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