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Le monument
« Aux morts des 132e - 332e RI et 46e Territorial »
à Reims

 présenté par Jean-Pierre HUSSON





Le Poilu du 132e RI

Le monument inauguré cours Langlet
en 1925

   Le monument aux morts des 132e - 332e Régiments d'infanterie et du 46e Régiment territorial a été érigé cours Langlet, nouvelle voie ouverte dans la perspective de la tour nord de la cathédrale. Initié par les architectes Hippolyte PORTEVIN et Max SAINSAULIEU, ce projet avait été repris dans le plan Ford de reconstruction de la Ville de Reims.

Le cours Langlet au début des années 1930
peu de temps avant le transfert du monument place Léon Bourgeois

( Collection Olivier Rigaud )

    Le monument se dressait à l'extrémité du cours Langlet, à proximité de la Fontaine des Bouchers, construite au XVIIe siècle, qui allait être classée monument historique en 1927.

Le Poilu du 132e RI et la Fontaine des Bouchers
( Collection Olivier Rigaud )

   Ce monument conçu par l'architecte Émile FANJAT, a été érigé grâce à une souscription publique lancée dès 1921, à l'initiative d'anciens du 132e Régiment d'infanterie, régiment installé avant-guerre à Reims dans la caserne Neufchâtel, pour honorer la mémoire des soldats tombés aux Éparges entre le 23 octobre 1914 et le 12 avril 1915.

Aux morts
des 132e et 332e
Régiments d'infanterie
et du 46
e
Régiment territorial
d'infanterie

    La statue du Poilu qui surplombe ce monument est l'œuvre du sculpteur rémois Paul LEFEBVRE qui a ensuite réalisé la statuaire du monument aux morts de la Ville de Reims, inauguré en 1930.

   Inauguré le 11 novembre 1925 à son emplacement initial, cours Langlet, dans la perspective de la tour nord de la cathédrale et à proximité de la Fontaine des Bouchers, classés monuments historiques, le monument a été transféré le 27 octobre 1933 place Léon Bourgeois, où il se dresse encore aujourd'hui.
   Ce n'est que deux ans plus tard au cours du mois de mai 1935, que la Fontaine des Bouchers fut à son tour déplacée sans être démontée, pour occuper son emplacement actuel où se dressait avant elle le monument du 132e RI.

Souvenir de l'inauguration de 1925
( Collection Olivier Rigaud )

Le monument aujourd'hui place Léon Bourgeois

 

Aux morts
des 132
e et 332e
Régiments d'infanterie
et du 46
e
Régiment territorial
d'infanterie
132
e RIF
1939-1945

   Après la 2e guerre mondiale, a été ajoutée la mention « 132e RIF 1939-1945 »

   À la dédicace de 1925 « Aux morts des 132e et 332e Régiments d'infanterie et du 46e Régiment territorial d'infanterie » a été ajoutée après la 2e guerre mondiale l’inscription « 132e RIF - 1939-1945 ».

Historique des 132e et 332e RI

   Le 132e RI est l’héritier du 132e Régiment d’infanterie de ligne créé en 1812 lors de la campagne napoléonienne de Russie. Dissous en 1814 sous la Restauration, il est reformé à Reims en 1873.

   
En 1914, renforcé par le 332e RI - Régiment d’infanterie de réserve, il s’illustre aux Éparges aux côtés du 106e RI de Châlons sur Marne, puis en Champagne, à Verdun, dans l’Aisne et la Somme.

   
Le 10 novembre 1920, c’est un soldat de ce régiment, Auguste THIN, qui a l‘honneur de désigner dans la citadelle de Verdun, le Soldat Inconnu qui est inhumé sous l’Arc de triomphe le lendemain, comme l’a évoqué Bertrand TAVERNIER dans son film La Vie et rien d'autre.
   Huit corps de soldats ayant servi sous l'uniforme français mais qui n'avaient pu être identifiés avaient été exhumés dans les huit régions où s'étaient déroulés les combats les plus meurtriers : en Flandres, en Artois, dans la Somme, en Ile-de-France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine.
   Le 9 novembre 1920, les huit cercueils de chêne avaient été transférés à la citadelle de Verdun, dans une casemate où ils avaient été plusieurs fois changés de place pour préserver l'anonymat de la provenance de chacun d'entre eux.
   Le 10 novembre, les cercueils avaient été placés sur deux colonnes de quatre dans une chapelle ardente dont la garde d'honneur fut confiée à
une compagnie du 132e régiment d'infanterie.
   André MAGINOT, ministre des Pensions, s'est avancé vers un des jeunes soldats qui assurait la garde d'honneur, Auguste THIN, engagé volontaire de la classe 1919, fils d'un combattant disparu pendant la guerre, pupille de la Nation.
   Il lui tendit
un bouquet d'oeillets blancs et rouges, et lui exposa le principe de la désignation : le cercueil sur lequel ce jeune soldat allait déposer ce bouquet serait transféré à Paris et inhumé sous l'Arc de Triomphe.

      Il me vint une pensée simple.
      J'appartiens au 6e corps.
      En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132e, c'est également le chiffre 6 que je retiens.
      Ma décision est prise : ce sera le 6e cercueil que je rencontrerai
.

                                                         Auguste THIN

   Partant par la droite, Auguste THIN fit un tour, puis il longea les quatre cercueils de droite, tourna à gauche, passa devant le 5e et s'arrêta devant le 6e cercueil sur lequel il a déposa son bouquet et se figea au garde-à-vous.

   En 1922, le 132e RI est dissous au profit du 106e RI qui s’installe à Reims.

   
En 1939, il renaît de ses cendres sous le nom de 132e RIF - Régiment d’infanterie de forteresse. Il est envoyé sur la Ligne Maginot, puis il est à nouveau dissous en 1940.

   Aujourd’hui les traditions de ce régiment, dont la devise inscrite sur son blason, où figure la cathédrale de Reims, est « Un contre huit », ont été transmises au 132e BCAT - Bataillon cynophile de l’Armée de Terre basé, à Suippes.

SOURCES

Archives municipales et communautaires de Reims, AD 1017, Fi 1718, 2 Fi 3735, 2 Fi 3393, Monuments - Cours Langlet - Place Léon Bourgeois.
- " La Fontaine et le Poilu ",
Regards sur notre patrimoine, n° 16, décembre 2004.
- Olivier RIGAUD,
         • " Le Cours Jean-Baptiste Langlet ", Regards sur notre patrimoine, n° 16, décembre 2004.
         •  Reims à l'époque de l'Art Déco
, Patrimoine Ressources, Scérén-CRDP de Champagne-Ardenne, 2006.

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