Esclavage noirs colonies Schoelcher Toussaint Louverture
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n   o   s       c     o    l    l    è     g    u    e    s           é     c      r    i    v      e     n     t

1789-1848: LES ABOLITIONS FRANÇAISES

DE L’ESCLAVAGE

 

 

2ème partie : De Bonaparte à Schoelcher (1802-1848)

1802 : Bonaparte " rétablit l'ordre "

 

    Nos manuels scolaires sont-ils imprégnés de bonapartisme ? En règle générale, ils évoquent le " rétablissement de l'ordre " au lendemain du 18 brumaire sans y inclure le rétablissement de l'esclavage (1). A cette négation de 1789, " celui qui a consolidé la révolution " a ajouté des lois autrement plus racistes que le Code Noir. Ainsi, Bonaparte interdit-il les mariages mixtes et l'entrée en France des gens de couleur.(2) Ignorants de ces faits, les touristes visitant aujourd'hui Fort-de-France ne comprennent pas pourquoi la statue de l'impératrice y est régulièrement décapitée.

    Le 18 brumaire offre aux planteurs exilés une occasion inespérée. Napoléon Bonaparte a épousé une béké (3) martiniquaise : Marie-Josèphe Rose Tasher de la Pagerie, veuve Beauharnais. Simple coïncidence avec ce qui suit ? Décidant de maintenir l'Ancien Régime dans les colonies qui vont être rendues à la France par le traité d'Amiens, Bonaparte rétablit l'esclavage dans les autres territoires, y ajoutant la traite et l'infériorité des libres. Il va en confier la mission à Lacrosse, puis à Richepance et Leclerc, époux de Pauline Bonaparte. Quant à Victor Hugues, incarnation de la Terreur aux yeux des blancs-pays, il est chargé de rétablir l'esclavage en Guyane, tâche dont il s'acquitte avec application.(4)

 

    Envoyé en Guadeloupe en 1793 pour y exécuter le décret du 28 mars 1792 accordant l'égalité des libres, le capitaine général de Lacrosse y revient en 1801. Son attitude humiliante à l'égard des gens de couleur et des troupes noires le fait vite suspecter. Considéré comme un mauvais représentant de la République, il est éloigné de la Guadeloupe par un conseil provisoire présidé par le chef de brigade Magloire Pélage, ancien esclave, né à la Martinique.

    Réfugié à la Dominique, Lacrosse revient en Guadeloupe à l'arrivée du corps expéditionnaire commandé par le général Richepance. Pour Paris, l'échec de Lacrosse doit être puni par une mesure le relevant de ses fonctions. Cependant, afin de montrer aux Guadeloupéens qu'aucune concession ne leur est faite, il est prévu que Lacrosse soit maintenu quelques temps dans ses fonctions. Dans les faits, le véritable chef est Richepance.

    Avant même de décréter le rétablissement de l'esclavage, on ordonne aux soldats de couleur de remettre leurs armes. Cette attitude entraîne la méfiance puis la résistance armée du capitaine Ignace et du colonel Delgrès, commandant de la Basse-Terre. (5)

 

La résistance à l'oppression est un droit naturel

 

    La colonne conduite par Ignace est réduite à néant après un effroyable carnage. Les survivants capturés sont fusillés sur une plage.

    Se préparant à évacuer Basse-Terre, Delgrès invite ses soldats à préférer la mort à l'esclavage. Il publie le 10 mai 1802 une longue proclamation intitulée " à l'univers entier le dernier cri de l'innocence et du désespoir ".

" C'est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre pour le triomphe des Lumières et de la philosophie, qu 'une classe d'infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée d'élever sa voix vers la postérité (…) il existe des hommes qui ne veulent voir d'hommes noirs où tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l'esclavage (…) La résistance à l'oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause (…) et toi postérité, accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits ".(6)

    Le 28 mai 1802, au moment du dernier assaut français, Delgrès et 300 de ses hommes se donnent la mort en mettant le feu à la poudrière. L’ordre esclavagiste est rétabli en Guadeloupe. Les derniers résistants sont rompus, pendus (7) ou brûlés vifs sur l'ordre écrit éminemment explicite de Lacrosse.(8)

    Avec la République et la liberté, la lutte contre l'Anglais avait été la raison d'être de cette armée coloniale supprimée par la répression de 1802. Les Anglais conquièrent aisément les îles dès la reprise de la guerre, deux ans plus tard.

 

Haïti : la liberté ou la France

 

    Leclerc, est moins heureux à Saint-Domingue, que Richepance en Guadeloupe. Il se heurte sur place à la volonté du général Toussaint Bréda (9) ou Louverture.

    Né en 1743, instruit, cet ancien cocher a été affranchi en 1776. Il a possédé une habitation et quelques esclaves. Passé au service des Espagnols en 1793, au moment où ceux-ci offraient la liberté, il s'est retourné contre eux en mai 1794. Promu général français, il a combattu victorieusement Anglais et Espagnols avant d'évincer ses rivaux autochtones ou métropolitains. Au moment où Leclerc débarque, Louverture a consacré officiellement l'autonomie de Saint-Domingue dont il a, en 1801, conquis la partie orientale en vertu du traité de Bâle (1795). Pour la forme, il compte faire approuver sa constitution autonomiste par Bonaparte.

 

Des prisons flottantes où l'on asphyxie les prisonniers...

    C'est au prix de très lourdes pertes que le corps expéditionnaire consulaire vient à bout de l'armée de Louverture. Applaudi par une foule en liesse, malgré sa reddition, le général est invité un mois plus tard à une " consultation " (7 juin 1802). Il es alors capturé,(10) dépouillé de son uniforme, conduit en France et incarcéré sans jugement dans une froide cellule du fort de Joux (Jura), où il meurt en avril 1803. Leclerc l'a précédé, en mourant en novembre 1802 de la fièvre jaune.

    La résistance continue sous la conduite de Dessalines, Christophe et Pétion.( 11) Surpassant la férocité des anciens esclaves, les Français inventent des prisons flottantes, les étouffoirs, où l'on asphyxie les prisonniers nègres et mulâtres en brûlant du souffre. Ailleurs, les hommes de Noailles et Lavalette livrent des prisonniers à des chiens dressés, etc.(12)

    On n'impressionne pas ceux qui n'ont plus rien à perdre. Les généraux haïtiens enlèvent alors les dernières places fortes et Rochambeau se livre à un navire anglais. Des régiments français s'enfuient. Noailles et ses hommes se réfugient à Cuba et Dessalines, ancien nègre de houe, (13) souvent marron, plusieurs fois marqué, proclame l'indépendance d'Haïti (le 1er janvier 1804) au nom des principes de la Révolution Française.

 

Les considérations budgétaires de la monarchie de Juillet

    Au cours du XIX' siècle, les arguments économiques des esclavagistes perdent de leur force. La traite est abolie en 1807 par le Parlement anglais et en 1815 par le Congrès de Vienne. Devenue clandestine, la traite atteint le point culminant de l'abomination, les captifs pouvant être jetés rapidement à la mer pour éviter au capitaine d'être pendu par la marine anglaise. Lorsque, des vaisseaux sont arraisonnés dans les Antilles, les captifs ne sont pas ramenés en Afrique mais laissés à la disposition du domaine colonial. C'est le cas, en 1822 en Martinique pour les captifs ibos de l’Amélie. Alors que l'esclavage existe, ces hommes en sont juridiquement préservés par l'illégalité de la traite. Un cas analogue se présente aux EU en 1839 avec l'affaire de l’Amistad.(14) Dans le cas des Ibos de l’Amélie, la situation de travailleurs libres n'empêche pas, après quelques années en Martinique, la séparation des familles fondées sur place, à l'occasion de l'envoi de travailleurs vers la Guyane ... (15)

 

C'est son coût budgétaire qui fait hésiter les Chambres

    Dans les années qui suivent les premiers progrès de la productivité betteravière contribuent à affaiblir le point de vue des planteurs. En outre, en abolissant l'esclavage en 1833, l'Angleterre fait de ses îles à sucre des terres potentielles de refuge pour les marrons des îles françaises.(16) Les esclaves représentent alors un danger virtuel en cas de conflit franco-anglais. " Quelle que soit l'incontestable supériorité morale des blancs (... ), il est sage de se dépêcher. Les 800 000 citoyens que les Anglais viennent de faire dans leurs colonies, poussent des cris de joie dont le retentissement arrive jusqu'aux cases à nègres et augmente le péril (…) (17)

    Dans la décennie qui précède 1848, les débats n'achoppent pas tant sur la question de l'abolition que sur celle du montant de l'indemnité compensatrice aux " propriétaires ". C'est son coût budgétaire qui fait hésiter les Chambres.(18)

    Soucieuse de ne pas précipiter les choses, la Monarchie de Juillet a préparé le terrain, notamment avec l'interdiction des mutilations (1833), l'état civil servile (1839) et les lois Mackau (1845) réglementant le travail des esclaves.

    C'est sous ce régime que Victor Schoelcher se fait connaître. Député de l'extrême gauche (implicitement républicaine), il a publié deux premiers plaidoyers contre l’esclavage (19)et en écrit d'autres plus savants et plus concrets (20) après avoir visité les colonies. S'il utilise les arguments de la froide raison, c'est davantage par souci d'efficacité que par conviction, sa principale motivation étant profondément humaniste.

 

1848 : Nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves

    Dès février 1848, des postes-clefs sont tenus par l'ancienne extrême-gauche : Ledru-Rollin, est à l'Intérieur et François Arago, ami de Schoelcher est à la Marine et aux colonies. Seul homme venu de la droite, Larnartine est aux Affaires Etrangères (21).

    Le pouvoir change les hommes. Dès le 26 février 1848, Arago hésite puis tempère fortement son abolitionnisme. Circonvenu par le lobby créole, il appelle les esclaves au respect de l'ordre légal. L’abolition semble alors différée. L’erreur d'Arago est d'autant plus grande que la plantocratie a déjà admis le principe de l'abolition, à condition d'être indemnisée. Revenu en urgence du Sénégal, Schoelcher retourne la situation. Il est nommé le 3 mars sous-secrétaire d'Etat à la Marine. Au matin du 4 mars, après une nuit de travail, il décrète "que nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves ", et qu'une commission est institué afin de préparer l'acte d'émancipation. Le décret final est adopté le 27 avril par le gouvernement provisoire.

 

" 1’esclavage n'est pas encore aboli, il faut travailler encore pour le bénéfice
des maîtres sans écouter les libres oisifs "

 

    Seule la colonie de la Guyane applique le texte dans le respect de la légalité républicaine. Arrivé le 10 juin, le décret y est aussitôt promulgué par le gouverneur.

    Aux Antilles, depuis mars 1848, la rumeur d'une proche abolition parcourt les ateliers. Le 10 avril, arrive le décret Schoelcher du 4 mars qui condamne moralement l'esclavage. Autant dire qu'on en annonce officiellement l'abolition tout en demandant aux esclaves d'attendre d'être légalement libérés ! Est-on tenu de respecter la loi officiellement dénoncée comme immorale ? Peut on invoquer l'ordre lorsqu'on dénonce l'esclavage comme un désordre social ? Peut on demander aux exclus du contrat social d'en respecter les termes ? " L'esclavage n’est pas encore aboli, il faut travailler encore pour le bénéfice des maîtres sans écouter les libres oisifs (…)" 22 On est alors en pleine campagne sucrière.

 

Une abolition arrachée

    Les 22 et 23 mai 1848, l'insurrection éclate à Saint-Pierre. Le 24, le gouverneur de la Martinique décrète la liberté, " considérant que l'esclavage est aboli en droit ". La Guadeloupe doit suivre sous peine de recrudescence des troubles. C'est chose faite le 27 mai 1848. Situation étrange et familière à l'histoire des îles, les deux arrêtés gubematoriaux anticipent l'arrivée du décret du 27 avril, les 3 et 5 juin. Ce sont donc les esclaves qui ont contraint le pouvoir local à abolir l'esclavage. Bien qu'une révolte après février 1848 ne fût pas très risqué, la mémoire collective a enregistré l'idée d'une abolition arrachée puis entérinée par le pouvoir central. Aujourd'hui, en Martinique et en Guadeloupe, l'abolition est commémorée les 24 et 27 mai, et non le 27 avril.

    Aux Mascareignes, la situation est inverse. Les commissaires ayant atteint la Réunion le 18 octobre 1848, les planteurs obtiennent un sursis gubematorial reportant la libération des esclaves au 20 décembre.

    Aux élections suivantes, les colonies envoient à l'assemblée des députés de toutes origines. Elu en Guadeloupe et en Martinique, Schoelcher est remplacé en Guadeloupe par Louisy Mathieu, député noir qui a pour suppléant, Henri Wallon, historien et parrain de la Troisième République.

 

Donner des noms à ces nouveaux citoyens

    Le suffrage universel (masculin) (23) implique l'attribution de patronymes à ces nouveaux libres qui ne possèdent que prénoms et matricules. La plupart sont analphabètes. Peu connaissent leur âge véritable. Fantaisistes et mesquins, quelques dizaines de secrétaires de mairie se lancent alors dans l'oeuvre de leur vie: donner des noms à ces nouveaux citoyens qu'ils ont toujours méprisés. L’entreprise se révèle souvent poétique, parfois vulgaire, volontiers astucieuse. Les patronymes des généalogies sont alors définitivement fixés : noms d'arbres (Bananier, Pommier, Manguier) de fleurs, d'oiseaux, (Aigle, Corbeau, etc.), exploitation d'une page du dictionnaire (Châtaigne, Chalumeau, etc.), noms de personnages illustres (Darius, Epaminondas, Charlemagne), anagrammes (Etilagé pour égalité, variante augmentée d'un suffixe avec Gatibelza, variante diminuée avec Galita, Etrebil pour liberté), insultes créoles à caractère sexuel, noms de lieux (Bordelais, Nankin, Anduze), surnoms, prénoms, noms africains réels ou fictifs, etc. Ces patronymes font souvent sourire des métropolitains déjà amusés par le prénom " Fetnat ", qui relève davantage du fantasme que d'une étude sérieuse des sources

 

CHRONOLOGIE :

26 août 1789 : Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.

8 mars 1790 : droit des Colonies à proposer des lois internes.

Août 1790 : soulèvement des Libres de couleur de Port-au-Prince.

15 mai 1791 : droits politiques des gens de couleur nés de parents libres.

24 septembre 1791 : la Constituante se déclare incompétente sur la question du statut des personnes dans les colonies.

28 septembre 1791 : la Constituante abolit l'esclavage en France.

28 mars 1792 (décret royal du 4 avril) : Hommes de couleur et nègres libres doivent jouir de l'égalité politique.

19 septembre 1792 : arrivée du commissaire civil Sonthonax à Saint-Domingue.

29 août 1793 : Sonthonax abolit l'esclavage à Saint-Domingue.

Octobre 1793 : les colonies se constituent en départements français.

février 1794 : décret du 16 pluviôse an II abolissant l'esclavage

29 mai 1801 : arrivée de Lacrosse en Guadeloupe.

21 octobre 1801 : Lacrosse est chassé de Guadeloupe et se réfugie à la Dominique après des mesures racistes illégales.

5 mai 1802 : Arrivée de l'expédition Richepance, rejointe par Lacrosse.

10 mai 1802 : proclamation de Delgrès.

20 mai 1802 loi du 30 floréal an X maintenant l'esclavage dam les colonies rendues à la France par le traité d'Amiens. Aucune mention d'un rétablissement en Guyane, en Guadeloupe et à Saint-Domingue.

28 mai 1802 : Guadeloupe: sacrifice de Delgrès

7 juin 1802 : Saint-Domingue: arrestation de Toussaint Louverture

16 juillet 1802 : un Guadeloupéen blanc mentionne dans une lettre la "vente de six noirs " de 12 à 20 ans.

17juillet 1802 : arrêté Richepance du 28 messidor an X, proclamant le retour aux <<vrais principes >>. Le mot << esclavage " n'apparaît pas.

1807 : le parlement anglais abolit la Traite

1815 : le Congrès de Vienne abolit la traite

1823 : abolition au Chili

1824 : abolition en Amérique centrale

1829 : abolition au Mexique

1831 : abolition en Bolivie

1833 : abolition anglaise. Début de l'apprentissage

Schœlcher , Abolition immédiate de l'esclavage

1838 : fin de l'apprentissage dans les colonies anglaises

1845 : lois Mackau

10 avril 1848 : agitation en Martinique ; arrivée du décret Schœlcher du 4 mars.

27 avril : décret d'abolition de l'esclavage

22-23 mai : insurrections en Martinique et en Guadeloupe

24-27 mai : abolition en Martinique puis en Guadeloupe

3 -5 juin : arrivée du décret du 27 avril en Martinique puis en Guadeloupe

18 octobre : arrivée du décret du 27 avril à la Réunion

20 décembre : abolition à la Réunion

1851 : H. Beecher-Stowe, La Case de I 'Oncle Tom

1854 : abolition au Vénézuela

1863 : abolition hollandaise

1865 : abolition fédérale aux États-Unis 1873 : abolition à Puerto-Rico

1880 : abolition à Cuba

A conseiller aux élèves :

Schwartz-Bart (André), la mulâtresse Solitude, Seuil, 1972. Rééd. coll. << Points >>, 1983, 139 p.

A pour contexte l'épopée de Delgrès.

 

Site Internet sur les abolitions :

http ://perso.wanadoo.fr/ yekrik.yekrak/

Documents, chronologies, textes, fac-similés et liens vers d'autres sites. Récit de Jean-Charles Pamphyle sur CD audio

Quand fleurit l'arbre de la liberté CD de 28 mn sur les abolitions de 1'esclavage, 100 frs.

Récit sur fond musical de la Révolution Française à Schœlcher

Plusieurs voix

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NOTES

1. Quoi qu'il admette deux abolitions, le manuel de 4e Hachette, 1992 ne mentionne pas le rétablissement.

2. La même année (1802), naît à Villers-Cotterêts, Alexandre Dumas, fils d'un général mulâtre haïtien et petit-fils de négresse esclave.

3. Mot martiniquais désignant les blancs créoles. Attesté depuis 1660 et d'origine ibo.

4. Le style rappelle Fouché : ce sont de vieux amis. L'un étant le protecteur de l'autre. Héros du roman d'Alejo Carpentier, El Siglo de las Luces, Mexico, 1962 ; Le siècle de Lumières, Gallimard, 1963.

5. Sur Delgrès : Jacques Adélaïde-Merlande, Delgrès : la Guadeloupe en 1802, Khartala, 1986 ; Jean Tarrade, " De l'apogée... ", Hist. de la fr. coloniale, op. cit., p. 301, présente la répression comme une réponse à une révolte. C'est reprendre la propagande consulaire cf. A. Lacour, op. cit. " Mais, le premier consul voulant punir la Guadeloupe de sa révolte (...) ". La révolte a été provoquée par les agissements illégaux de Lacrosse ( !) qui a explicitement subordonné la hiérarchie militaire et administrative à la couleur de la peau. La répression est quant à elle contenue dans le plan de rétablissement. Au reste, les soldats de couleur qui ont obéi aux ordres ont été jetés à fond de cale après avoir remis leurs armes.

6. A. Lacour, op. cit. pp. 253-255.

7. cf. : Solitude, A. Lacour, op. cit. p. 311 qui a inspiré le roman d'André Schwartz-Bart, La Mulâtresse Solitude, Seuil, 1972.

8. Lettre de Lacrosse au président du Tribunal spécial, Le Moule, 29 oct. 1802, in Auguste Lacour, op. cit. p. 413.

9. Nom de son habitation d'origine. Outre le français et le créole, il parlait arada. La tradition veut qu'il fût le petit-fils d'un roi arada. Lamartine lui consacre une pièce (infra), cf. aussi V. Schœlcher, Vie de Toussaint Louverture, Paris, 1889.

10. Maurepas, général noir qui avait tenu tête, avec 600 hommes à 4000 Français, subit une trahison comparable. Invité par Leclerc à bord d'un navire, il est noyé après avoir assisté a la mort de sa femme et de ses enfants. Le récit des atrocités de part et d'autre rappelle les jacqueries des Chroniques de Froissart, cf. Schœlcher, Colonies étrangères... , op. cit. p. 136, et C. James, The Black Jacobins, N.-Y., 1938, 1989, p. 360, qui citent Christophe, Manifeste, Port-Au-Prince, 1814 en le comparant avec 1'offficier français : Pamphile de Lacroix, Mémoires pour servir à l'histoire de la révolution de Saint-Domingue, Paris 1819 ; Christophe écrit qu'après avoir lié Maurepas au grand mat, on lui cloua ses épaulettes, on cousit son chapeau sur son crâne en répétant sarcastiquement << général noir ", il assista à la noyade de sa famille avant être noyé lui-même.

11. Dessalines précède Christophe, cf. A. Césaire, La Tragédie du Roi Christophe, Paris, 1963, représentée récemment au Festival d'Avignon (1996) et à la Comédie de Reims (1997)

12. V. Schœlcher, op. cit.

13. Coupeur de canne, dont le sort était plus dur que celui des nègres domestiques comme les cochers ou les cuisinières.

14. Bernard Vincent, Amistad, les mutins de la liberté, Ed. de l 'Archipel, 1998.

15. Françoise Thésée, Les Ibos de l'Amélie, destinée d'une cargaison de traite clandestine à la Martinique (1822-1838), Editions Caribéennes, Paris, 1986.

16. Josette Faloppe, Esclaves et citoyens : les Noirs à la Guadeloupe au XIXème siècle dans les processus de résistance et d'intégration (1802-1910), Soc. Hist. Guad., Basse-Terre, 1992, p. 341.

17. V. Schœlcher, lettre à Maurel Dupeyre, 30 décembre 1842, in " Coup d'œil sur là question d'affranchissement ", in Colonies étrangères et Haïti, Paris, 1843, Désormaux Pointe-à-Pitre, 1973, p. 473. Il s'agit de la supériorité de l'instruction et de la vie familiale sur la misère morale et intellectuelle. En 1832, le système anglais est censitaire. Il s'agit donc de citoyens passifs (jusqu'en 1944).

18. V. Schœlcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de I 'esclavage, Paris, 1842, cité par Alain Buffon, << L'indemnisation des planteurs après l'abolition de l'esclavage ", Bull. Soc. Hist. Guad. n°67-68, 1986, pp. 53-73. Outre la question de sa justification morale, l'indemnité est impliquée dans le passage au salariat.

19. De I 'esclavage des Noirs et de la législation coloniale, Paris, 1833 ; Abolition immédiate de l 'esclavage, examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des Sang-Mêlé, Paris. 1840.

20. Des colonies françaises". op. cit.: Colonies étrangères.... op. cit.; Histoire de l'esclavage pendant les deux dernières années, Pans 1 847 ; cf. Nelly Schmidt, Victor Schœlcher, Fayard, 1994, pp. 339-343 ; L'ENGRENAGE de la liberté, P. d'Aix-Marseille I, 1995.

21. cf. À de Lamartine, Toussaint Louverture, Lévy frères, Paris 1850, pièce en cinq actes et en vers, écrite, selon l'auteur, en 1840.

22. Affiche officielle, Fort-de-France, 6 avril 1848.

23. Supprimé sous le Second Empire.

 

 

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© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims.  n°15 , 1998.

 

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