destruction des friches industrielles Cochery (Marnaval)
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p      a      t       r      i       m       o       i      n       e

 

P A T R I M O I N E

 

LA DESTRUCTIONS DES FRICHES COCHERY (MARNAVAL)

 

Par Philippe Delorme, collège du Clos Mortier, Saint-Dizier

 

   Le public apprend par la presse que les friches industrielles Cochery il s'agit de l'ancienne cokerie de Marnaval- situées à Saint-Dizier vont être prochainement détruites et rasées.

 

   Je regrette bien sûr, comme tous les amis du Patrimoine industriel bragard que ces bâtiments ne soient pas conservés tout ou partie. En effet, et malgré sa très courte durée de vie, cette ancienne cokerie (partie construite en béton armé) constitue un témoignage particulièrement intéressant de l'histoire industrielle de Saint-Dizier et de la Haute-Marne, ceci à double titre :

1. sur le plan local

    Elle est l'héritière de l'œuvre d'Émile et d'Alexandre Giros, créateurs de la "Compagnie des Transports" à Saint-Dizier au milieu du siècle dernier. Alors qu'en 1866 les bons esprits et le gouvernement condamnent la métallurgie haut-marnaise (ainsi que celles des autres régions forestières) à une prochaine et inéluctable disparition, les deux hommes entreprennent de ravitailler de manière économique la Haute-Marne en charbon et coke. Mieux encore, ils prennent pied dans le bassin houiller du nord de la France et de la Belgique et y établissent une usine de fabrication de coke. Dès lors, et contrairement aux pronostics, la sidérurgie du nord du département continue de vivre, jouant pendant une trentaine d'années sur la double carte du "charbon de terre" et du "charbon de bois"? Plus tard, en 1900, les héritiers des frères Giros rapatrient la cokerie du Pas-de-Calais à Marnaval dans le quartier dit "Les fours à coke".

 

2. sur le plan général

    Elle est significative de l'économie de guerre française pendant la Première Guerre Mondiale : elle répond en effet à une initiative du gouvernement (décembre 1916) et elle est accueillie favorablement par les "Aciéries de Micheville", propriétaire de Marnaval depuis 1911. Ce groupe d'origine lorraine vient de perdre en 1914 tous ses établissements avec l'invasion allemande, et il se lance d'autant plus facilement dans la réalisation de cette usine qu'il considère Marnaval comme une base de repli. Le groupe de Micheville s'attend d'ailleurs à ce qu'une seconde guerre mondiale éclate dans un délai d'une vingtaine d'années, et il pressent qu'une nouvelle avancée allemande fera définitivement perdre toute la Lorraine à la France. L'Histoire ne lui donnera pas entièrement tort... Dans ces conditions, la cokerie est établie en 1917-1918 sur un site nouveau (entre les hauts-fourneaux du "Pont-de- la-grotte" et le quartier du Clos Mortier), afin de pouvoir doubler de puissance si cela se révélait nécessaire et si la guerre se prolongeait.

    Ainsi, les friches Cochery nous rappellent que la Haute-Marne métallurgique a su trouver les moyens de survivre face aux défis de la Révolution industrielle, et elles constituent l'un des éléments les plus spectaculaires du "Grand Marnaval". Elles sont aussi un témoin de l'histoire de Saint-Dizier face au danger allemand pendant la période des deux guerres mondiales. Enfin, sur le plan de l'archéologie industrielle, elles doivent sans doute représenter un cas unique en France de la technologie de la fabrication de coke au début de ce siècle".

 

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°16, 1998.

 

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