apprentissage de l'oral au college
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    L'APPRENTISSAGE DE L'ORAL
AU COLLEGE

Rapport du groupe de réflexion sur l’oral au collège : Eliane Michelot, Jean-Pierre Frérot, Hubert Husson, et Jean-Christian Jolly (rapporteur)

 

Les instructions officielles ainsi que les nouveaux bulletins trimestriels donnent plus d’importance à l’oral. Il s’agit de mieux prendre en compte, aussi bien dans l’organisation de nos cours que dans nos évaluations, le travail oral des élèves. En effet, bien que nos élèves restituent une part importante de leurs travaux et de leurs réflexions oralement, cet aspect de leur activité est nettement moins pris en compte dans nos évaluations que les compétences écrites.

Après un rappel des instructions officielles récentes concernant l’oral, nous présenterons une liste des diverses situations d’expression orale au collège. Pour chacune de ces situations, nous avons tenté de résumer les compétences à prendre en compte dans l’évaluation de l’oral. Nous évoquerons enfin les différentes solutions envisagées par le groupe pour noter efficacement et régulièrement le travail oral (grille d’évaluation notamment).

 

Les instructions officielles :

 

Dans la brochure Le collège des années 2000 (supplément au B.O. n°23 du 10 juin 1999, p.12 et 13, distribué aux enseignants en début d’année scolaire), l’apprentissage de l’oral est considéré comme l’un des axes de diversification des méthodes d’enseignement, au même titre que les bulletins trimestriels, les " travaux croisés " en 4ème, les ateliers-lecture ou les études dirigées en 6ème et 5ème.

la maîtrise de l'oral est un enjeu social

L’accent est mis sur la nécessité d’un apprentissage pour tous les élèves, ne laissant personne de côté. Il faut faire comprendre aux élèves que la maîtrise de l’oral est un enjeu social, une compétence déterminante dans le monde professionnel et dans les rapports sociaux. C’est aussi une activité difficile, exigeante, qui nécessite un travail régulier et sérieux. L’oral, c’est enfin écouter les autres, savoir comprendre et respecter leurs idées, et, éventuellement, savoir les critiquer. Pour mettre en œuvre ces objectifs, il est conseillé d’amener les élèves à formuler oralement les démarches qu’ils adoptent pour réaliser leurs travaux. Les supports utilisés peuvent être variés : enregistrements des élèves, jeux de rôles, débats…

Dans les documents d’accompagnement des nouveux programmes de troisième, en histoire-géographie et éducation civique (p. 12 et 13), des précisions sont apportées sur ce que peut être une meilleure prise en compte de l’oral dans notre discipline. Dans le cours dialogué, les élèves participent oralement (cf. notre liste ci-après). Mais cette façon, aujourd’hui classique, de conduire nos cours présente certaines limites dans la prise en compte efficace du travail oral des élèves. En effet, la participation orale se résume souvent à des réponses courtes aux questions choisies et posées par le professeur. Dans ce cas, seuls les élèves les plus à l’aise en expression orale et dans la maîtrise des savoirs scolaires participent réellement. Les erreurs, les insuffisances des réponses font rarement l’objet d’un approfondissement. L’oral n’est pas pris en compte dans toutes ses dimensions : réflexion préalable, effort de formulation et d’argumentation, écoute des autres, et prise en compte de leurs idées. C’est pourquoi il convient de développer d’autres pratiques pédagogiques, mieux à même d’intégrer ces dimensions : débats, lectures variées à haute voix, exposés, … Dans cette optique, les savoirs de l’histoire et de la géographie ne sont pas des réalités abstraites mais des moyens de comprendre le monde et d’y participer activement.

 

Liste des situations d’oral et des compétences à évaluer :

Situations de participation orale des élèves

Compétences orales qu’il est possible d’évaluer

1/ Interrogation orale de début de séance :

Les élèves restituent les connaissances de la séance précédente.

Ils sont interrogés individuellement ou collectivement.

Les questions sont posées soit par le professseur, soit par les élèves.

L’évaluation peut se faire à partir d’un barème attribué à chaque question.

C’est essentiellement une évaluation de connaissances.

L’élève qui pose les questions peut être évalué sur la pertinence de ses questions et sur sa capacité à les formuler clairement.

2/ Le cours dialogué " classique " :

il est l’occasion de situations variées d’expression orale.

a/ Réponses à des questions posées par le professeur.

Ces questions sont posées oralement ou par écrit, dans le cadre d’un exercice sur document ou d’un questionnement en général.

Elles s’adressent à la classe ou à un élève désigné.

Elles peuvent porter sur des acquis des apprentissages précédents, mais aussi sur une nouveauté faisant appel à la réflexion ou à la culture personnelle des élèves.

b/ Question posée spontanément par l’élève :

elle appelle un éclaircissement, un approfondissement ou un élargissement du cours par le professeur.

c/ Prise de parole d’un élève par rapport à un autre élève :

- question posée à un autre élève, pour lui demander de préciser son idée, sa réponse, son point de vue ;

- réponse apportée à une question posée par un autre élève.

d/ Lecture d’un texte à haute voix,

sur la base d’une participation volontaire, d’une désignation par le professeur ou d’un ordre de passage pré-établi.

e/ Les prises de parole négatives par rapport au cours :

- non-respect des règles de prise de parole (lever la main, ne pas couper la parole aux autres) ;

- question d’inattention, portant sur ce qui vient d’être expliqué ou sur un sujet hors de propos ;

- remarques désobligeantes vis-à-vis du professeur, d’un élève…

- bavardages et autres activités orales perturbatrices.

Les compétences à prendre en compte dans la réponse de l’élève :

- le respect des règles de prise de parole (voir rubrique e/) ;

- la qualité de l’expression (respect de la langue, clarté de l’élocution) ;

- la qualité de l’argumentation ;

- la capacité à améliorer la réponse à partir des sollicitations et des conseils du professeur (préciser une idée floue, rectifier une errreur, justifier une idée trop générale…)

Ici, c’est la pertinence de la question qui est prise en compte par le professeur : à propos, précision, réutilisation d’autres apports du cours…

 

Cette situation est plus rare dans un cours dialogué classique et permet de mettre en relief des compétences orales spécifiques :

- capacité d’écoute, d’attention ; respect des autres ;

- capacité à prendre en compte d’autres opinions.

 

Activité fréquente et fondamentale de nos cours, elle fait appel :

- aux qualités de déchiffrage, de formulation et d’élocution ;

- à la capacité à donner du sens au texte par le ton et le respect de la ponctuation.

Le professeur peut être amené à des rappels à l’ordre (individuels ou collectifs) voire à des sanctions.

3/ L’exposé oral

Le sujet est proposé par l’enseignant ou suggéré par le ou les élèves.

C’est un travail individuel ou collectif.

Il est préparé en classe (assez court) ou après une recherche plus approfondie en CDI et à la maison.

Le déroulement relativement long de cette participation orale ainsi que le faible nombre d’élèves à évaluer rendent possible une prise en compte exhaustive et précise des compétences orales dans l’évaluation :

- indépendance par rapport aux notes, attention portée à l’auditoire ; capacité à susciter l’intérêt de l’auditoire ;

- respect de la langue ; élocution, style oral ;

- capacité de réaction face aux questions posées, voire face aux perturbations ;

- maîtrise des différents supports (tableau, retro-projecteur, cartes, panneaux…) ;

- partage des tâches entre les membres du groupe (travail d’équipe) ;

- respect du temps imparti.

N.B. : une grille d’évaluation spécifique peut être aisément conçue et adaptée à partir de cette liste.

4/ Le débat.

Un thème de réflexion est proposé aux élèves, avec un dossier de documents variés (mis à disposition par le professeur ou recherchés par les élèves), par exemple sur la laïcité ou la justice.

La préparation peut se faire en petits groupes.

Un élève peut être désigné " président de séance ", et aura comme tâche de donner la parole aux élèves.

Des aspects essentiels de la maîtrise de l’oral sont ici mobilisés :

- exprimer clairement un point de vue sur un sujet donné (qualité de l’expression orale et de l’argumentation) ;

- savoir écouter (c’est-à-dire entendre en faisant l’effort de comprendre) d’autres opinions ;

savoir respecter son tour et son temps de parole ;

- savoir prendre en compte les arguments et les objections des autres pour modifier ou nuancer son propre point de vue ;

- le président de séance doit savoir mener un débat, appliquer des règles d’équité (tour de rôle, temps de parole), suivre les débats de façon à donner judicieusement la parole à tous.

5/ Les autres situations d’oral :

a/ Le jeu de rôle : les élèves s’identifient à des personnages, à des catégories sociales, et à une situation historique (par exemple : les Etats généraux de 1789) ou à une situation actuelle (par exemple : un procès en cour d’assises). Le travail se prépare en groupes.

b/ L’intervention d’une personne extérieure à l’établissement, sur un thème spécifique (par exemple, un procureur de la République)

On fait appel ici :

- au talent de comédien ;

- à la vraissemblance de l’intervention.

 

Le comportement des élèves est souvent modifié lors de ce type d’intervention. On peut notamment évaluer la qualité de l’attention et la pertinence des questions posées.

Concrètement, comment évaluer

L’évaluation directe et en " temps réel " n’est vraiment réalisable que pour les situations 1/ (interrogation orale individuelle de restitution des connaissances) et 3/ (exposé oral). En effet, il semble tout à fait irréaliste de vouloir complèter une grille exhaustive à chaque heure de cours et pour chaque élève, dans chacune de nos classes. C’est pourquoi nous proposons une grille très simple, en cinq rubriques, avec un barème indicatif et souple, adaptable selon les enseignants et les élèves.

 

1/ Fréquence de la participation orale.

2/ Respect des autres dans la façon de participer oralement au cours. Cela comprend :

- le respect des règles de prise de parole ;
- la capacité à écouter les autres et à tenir compte de leurs interventions ;
- l’éventuelle participation négative

(voir 2/, e/).

3/ Qualité de l’expression orale (langue, élocution), ausssi bien dans les réponses et les questions que dans la lecture des textes.

4/ Pertinence des interventions orales (à propos, intérêt, argumentation).

5/ Progrès réalisés dans la participation orale (pour les quatre rubriques précédentes), ce qui comprend aussi les efforts et la bonne volonté pour essayer de progresser.

Le barème adopté est fonction du mode de notation choisi par le professeur. Plusieurs solutions nous sont venues à l’esprit, ce qui n’exclut pas de nombreuses autres possibilités, selon la pratique de chaque enseignant.

- En fin de trimestre, on peut attribuer à chaque élève une note d’oral sur 20 (4 points pour chaque rubrique, par exemple). Il faut alors garder à l’esprit qu’il doit s’agir d’une notation positive, conçue pour encourager et développer la pratique de l’oral et non pour rebuter les élèves. C’est pourquoi une note inférieure à 10/20 nous semble difficilement envisageable, sauf cas très particulier (indiscipline complète, rejet total du cours).

- A chaque contrôle, la grille peut être collée sur la première page et faire l’objet d’une notation sur cinq points (un point par rubrique), portant sur la période écoulée. A la fin du trimestre, on peut totaliser une note sur 20 points. Une bonne solution nous paraît être de pratiquer l’auto-évaluation ; chaque élève se note lui-même, et le professeur corrige en fonction de sa propre évaluation de la participation orale de l’élève. Cette démarche possède le mérite d’amener l’élève à s’interroger sur les points forts et les points faibles de son travail oral. Le progrès est alors plus aisé. L’auto-évaluation est tout à fait praticable si l’on a choisi de noter une seule fois dans le trimestre, sur 20 points

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°20, 2000.

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