Archives municipales de Reims - Bulletin n°29-30

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Archives Municipales de Reims

Etudier une charte : Charte de l'archevêque

Guillaume aux Blanches Mains (1182)

par Michel Royer

Ce document, un des plus importants pour l'histoire rémoise, présente un double intérêt par son apparence et par son contenu.

1) le support et l'apparence.

Il s'agit d'un parchemin (du latin pergamena ou peau de Pergame puisque, d'après Pline, le parchemin y aurait été inventé pour faire face à une pénurie de papyrus). Pour obtenir un parchemin la peau (le plus souvent de mouton) est lavée puis tempée dans une solution de chaux vive pendant six jours. Les deux faces sont alors raclées pour retirer toute trace de poil ou de chair. Après un nouveau bain de quelques jours, la peau est tendue sur un chassis de bois et raclée de nouveau. Après séchage, elle est enfin raclée une dernière fois.

La surface lisse du parchemin requiert un outil souple comme la plume (d'oie le plus souvent). L'encre est faite de noir de fumée ou de noix de galle qui sont mélangés à de l'eau de pluie ou à de la bière avec parfois adjonction de gomme arabique ou de substances métalliques.

L'écriture utilisée ici est la minuscule caroline. La première ligne est tracée en caractères grêles (allongés) et commence par une magnifique lettrine (le W de Willermus). Le texte est en latin et utilise des abréviations (cf. le début : Willermus Dei gratia Remorum archiepiscopus, sancte romane ecclesie tituli Sancte Sabine cardinalis, apostolice sedis legatus).

2) le contenu.

Guillaume aux Blanches Mains est en même temps l'archevêque et le seigneur de la ville de Reims. Il appartient à un illustre lignage : né en 1135 du comte de Champagne Thibaud II le Grand, il est le beau-frère du roi Louis VII et l'oncle de Philippe Auguste (qu'il sacre d'ailleurs à Reims en 1185). Cette appartenance de son archevêque à la très haute aristocratie montre bien l'importance prise par Reims dans la seconde moitié du XIIe siècle.

L'épiscopat de Guillaume de Champagne marque un moment très important de l'évolution de la ville. Reims compte environ 10 000 habitants en 1176 lorsqu'arrive son nouvel archevêque et s'organise autour de deux ensembles - la Cité, centre religieux et politique avec la Cathédrale et le palais épiscopal et le bourg monastique autour de Saint Rémi - qui sont reliés par la rue du Barbâtre et la rue Neuve (Chanzy-Gambetta aujourd'hui). Seule la Cité est entourée d'une muraille. Au XIIe, les faubourgs étant en plein développement, l'archevêque décide de lotir des terrains lui appartenant :

- d'une part un nouveau quartier se constitue autour d'un axe central, la rue de la Couture (actuelle place d'Erlon) destinée à servir de champ de foire, et de trois artères perpendiculaires, les rues de Chaitivelle (Chastivelle), large (Buirette) et de Tilloy (Thillois). Fin XIIe commence la construction de l'église Saint Jacques.

- d'autre part est ouverte la rue du Jard aux drapiers (Reims est une ville textile).

En 1210 la ville a atteint ses limites extrêmes pour la période médiévale et on décide la

construction d'une nouvelle enceinte qui l'entourera totalement mais qui ne sera achevée qu'en 1358.

En 1182, Guillaume accorde aux bourgeois de son ban une charte (appelée Willelmine du nom de son auteur) qui restera le fondement de leurs libertés pendant cinq siècles. Il leur reconnaît des libertés d'ordre essentiellement judiciaire : ils obtiennent ainsi le droit d'être jugés, en cas de procès, par douze échevins élus chaque année le jour des Cendres et leur est reconnu aussi le droit de récréance (liberté sous caution avant un jugement). L'archevêque se réserve la juridiction pour les délits de vol, meurtre et trahison. Leur élection et leur connaissance des coutumes locales feront la force des échevins mais Guillaume de Champagne s'est montré habile et soucieux de son autorité : il n'a pas accordé de véritable charte communale (le mot est absent et il n'y a pas d'association jurée) et il reste le garant de la loi avec le roi et le pape qui ont confirmé sa charte.


Pour aller plus loin :

- Boussinesq (Georges) et Laurent (Gustave), Histoire de Reims depuis l'origine jusqu'à nos jours, 3 vol., Reims, Matot-Braine, 1933. (traduction de la charte p. 271-272).

- Desportes (Pierre), Reims et les Rémois au XIIIe et XIVe siècles, Paris, Picard, 1979, 743 p. (voir en particulier p. 56-92 et le plan de Reims au XIIIe).

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