par Nicolas Valli
La Bible Historiale est une traduction de l'Histoire scolastique de Pierre le Mangeur (en latin Petrus Comestor) chanoine troyen mort en 1179, ouvrage dédié à Guillaume aux Blanches Mains, alors archevêque de Sens (1168-1176) et frère du comte de Champagne, Henri le Libéral (1152-1181).
Conservée à plus de 800 exemplaires manuscrits, l'Histoire scolastique est une uvre de vulgarisation des livres historiques de la Bible, depuis la Genèse jusqu'à l'Ascension. Jusqu'à la fin du Moyen-Âge, elle constitue un manuel de référence pour l'étude de la Bible, utilisé dans les monastères comme dans les universités. Sa traduction en français, effectuée entre 1291 et 1295 par Guyart des Moulins, chanoine d'Aire-en- Artois, est suivie de la réalisation, dans un atelier parisien, d'un superbe manuscrit, daté de 1300 environ, conservé à la Médiathèque de l'Agglomération Troyenne1.
Le manuscrit 59 sur vélin, d'un format in-folio, compte plus de 600 feuillets à deux colonnes, ornés de 141 miniatures et initiales historiées 2. Sans compter les 27 miniatures ou initiales dérobées au XIXe siècle, dont certaines furent miraculeusement identifiées avant leur vente en 2000, et ont ainsi pu retrouver leur place d'origine. La sélection de deux miniatures parmi un tel corpus s'appuie sur un constat. David et Salomon sont généralement des noms évocateurs chez une majorité d'élèves de 5e, tout du moins pour ceux qui ont conservé en mémoire les leçons de 6e sur les Hébreux. Il est donc possible d'en faire une étude, précédée d'une lecture d'extraits de l'Ancien Testament.
Le folio 158 verso illustre le combat de David et Goliath. A gauche, le jeune David, aux cheveux blonds bouclés, vêtu d'un bliaud rose, de chausses jaunes et de chaussures noires, se tient debout, prêt à frapper de sa fronde le puissant Goliath. Ce dernier est lourdement protégé par un heaume, une cotte de maille et un écu orné d'une tête humaine. Il est sur le point de sortir son épée de son fourreau. D'apparence si inégale, cette confrontation porte déjà les signes de la défaite du géant philistin. David a les yeux fixés sur le visage de son adversaire, qui sûr de sa force, n'a pas rabattu la visière de son casque. Quelques traces à l'encre rouge sur le front de Goliath laissent imaginer l'issue sanglante de ce duel.
Ces miniatures prouvent le talent de ces artistes qui, sans recourir au verbe, utilisent un langage de gestes, de symboles, encore facilement compréhensibles de nos jours. Leur utilisation pédagogique est donc multiple: illustration des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament, description des costumes médiévaux et des scènes de la vie quotidienne, analyse du pouvoir royal La richesse de l'enluminure de cette Bible Historiale a d'ailleurs permis à des élèves de classes primaires et de collèges de l'agglomération troyenne, encadrés par des infographistes, de réaliser un dessin animé, adaptation du roman de Chrétien de Troyes, Lancelot ou le chevalier de la charrette. Leur création est consultable sous la forme d'un DVD ou sur le site internet de la Médiathèque (www:bm-troyes.fr).
notes :
1 La Bibliothèque de l'Abbaye de Clairvaux du XIIe au XVIIe siècle, tome II, sous la direction d'André Vernet, éditions du CNRS, 1997.
2 Les plus beaux manuscrits et les plus belles reliures de la Bibliothèque de Troyes, Lucien Morel-Payen, 1935.
3 Le langage de l'image au Moyen -Âge, signification et symbolique, François Garnier, Le Léopard d'Or, Paris 1982.

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