Archives départementales de la Marne - Bulletin n°29-30

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Archives départementales de la Marne

Etudier la profession de foi d'un homme

politique : Léon BOURGEOIS

par Bertrand Vergé

République Française

ELECTION LEGISLATIVE du 20 août 1893

à MM les Electeurs de l'arrondissement de Châlons

MESSIEURS ET CHERS CONCITOYENS

Avec l'appui unanime des associations républicaines de l'arrondissement de Châlons (1), j'ai l'honneur de vous demander le renouvellement du mandat que vous m'avez confié en 1889.

Je n'ai rien à changer au programme que vous avez, il y a quatre ans, consacré par vos suffrages (2).

J'y suis resté fidèle et ma volonté est d'en poursuivre, avec persévérance, l'entière réalisation.

Certaines des réformes que je considérais alors comme nécessaires ont été accomplies. D'autres restent en discussion : je donnerai tout mon concours à leur adoption définitive.

A mes yeux, les plus urgentes sont :

- La réforme de l'impôt foncier, conçue dans le sens du dégrèvement de la petite propriété ;

- Celle de la législation des boissons, où la suppression de l'exercice peut être conciliée avec la réglementation équitable du droit de propriétaire, vigneron ou agriculteur, sur les produits de sa récolte ;

- Celle des prestations et des octrois ;

- La loi sur l'assurance des ouvriers contre les accidents de l'industrie ;

- Les lois sur les sociétés de secours mutuels et sur les sociétés coopératives ;

- Et la loi générale des associations.

La prochaine législature devra également poursuivre avec résolution l'étude du crédit agricole et des retraites ouvrières. La difficulté de ces deux problèmes ne doit pas décourager nos efforts.

Il faut que l'Etat facilite aux travailleurs l'assurance contre les conséquences de la maladie et de la vieillesse.

Il faut qu'il offre aux cultivateurs les moyens de se procurer, à un taux raisonnable, les avances nécessaires à la mise en valeur de leurs biens.

La situation générale de l'agriculture devra d'ailleurs appeler encore l'attention des Chambres. Il y a un intérêt national à ce que le cultivateur français trouve dans la vente de ses produits une rémunération suffisante pour le retenir sur son domaine, et enrayer le mouvement vers les villes des populations des campagnes. Je voterai sans hésiter les mesures qui paraîtront nécessaires à cet effet.

Messieurs, la République n'est plus discutée ; ses plus violents adversaires se résignent à l'accepter aujourd'hui et viennent se rallier à elle (3).

Mais pour que le travail de cette législature soit fécond, il faut qu'il se forme dans la Chambre une puissante majorité politique, d'accord non-seulement sur le nom de la République, mais aussi sur l'ensemble des idées qu'elle représente ; il faut que cette majorité soit également résolue à ne rien céder des lois déjà votées, des conquêtes déjà faites et à poursuivre sans relâche l'accomplissement du programme de liberté civile et politique, de neutralité religieuse, d'égalité et de solidarité sociale qui n'est que le développement des principes de la Révolution Française. Les élections qui se préparent au milieu du calme et de la confiance de tous, semblent nous permettre cette majorité.

C'est dans ses rangs que je reprendrai ma place si vous me faîtes l'honneur de me désigner de nouveau.

MES CHERS CONCITOYENS

Pendant le dernière législature, la confiance de Monsieur le Président de la République m'a appelé aux plus hautes fonctions de l'Etat.

Successivement Ministre de l'Intérieur, de l'Instruction publique et de la Justice, j'ai porté pendant plus de trois ans les lourdes responsabilités du pouvoir.

Appelé au ministère de la Justice à l'heure la plus périlleuse, j'y ai fait simplement et, je puis le dire, courageusement mon devoir(4).

J'ai laissé passer, en les méprisant, les injures et les calomnies, ne voulant alors d'autres juges que ma conscience.

Aujourd'hui j'accepte un autre jugement : le vôtre. Etant sans reproche, je l'attends sans crainte.

Vive la République !

Léon BOURGEOIS, Député sortant, ancien Ministre.

notes :

(1) Les six associations républicaines de l'arrondissement de Châlons sont : l'Association républicaine de Châlons ville, du canton de Châlons, du canton de Vertus, du canton d'Ecury, du canton de Marson, du canton de Suippes. Les Archives Départementales conservent sous la cote EL V 364 une affiche de soutien de ces six associations à Léon Bourgeois, à messieurs les électeurs de l'arrondissement de Châlons.

(2) Léon Bourgeois entame sa carrière politique en se présentant en février 1888 au poste de député de la Marne, sous l'étiquette radicale. Il est opposé au général Boulanger. Soutenu par les républicains, il est élu au 1er tour par 48 050 voix contre 16 667 à Boulanger. Réélu constamment à Châlons jusqu'en 1905, il entre ensuite au Sénat où il siège jusqu'en 1925.

(3) Proclamée en 1870, la IIIème République est secouée par de nombreuses crises : la crise boulangiste à la fin des années 1880, le scandale de Panama entre 1889 et 1893, la crise anarchiste dont la virulence culmine en 1894 avec l'assassinat du président de la République Sadi Carnot. Quelques années plus tard, l'affaire Dreyfus éclate au grand jour avec la publication de « J'Accuse » d'Emile Zola dans « l'Aurore », le 13 janvier 1898.

(4) Rapidement, Léon Bourgeois a été appelé du gouvernement, d'abord comme sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur puis ministre en 1890 avant de prendre en charge l'Instruction Publique et les Beaux-Arts de mars à décembre 1892. Nommé ministre de la Justice le 6 décembre 1892 jusqu'au 3 avril 1893, il hérite alors du dossier du scandale de Panama.

Questions :

1) Présentez le document. A qui est-il destiné ? Rappelez ce qu'est une élection législative et sous quel régime vit la France à la fin du XIXème siècle.

2) Qui est Léon Bourgeois ? Par qui est-il soutenu ? Que sait-on de sa carrière politique ?

3) Recensez les propositions du député en matière économique et en matière sociale. Classez- les sous forme de tableau. Que nous apprennent-elles sur la législation sociale en France et sur la situation dans les campagnes ?

4) Etudiez le programme politique de Léon Bourgeois. A quels idéaux se réfère-t-il ? Expliquez et nuancez la formule : « La République n'est plus discutée ».

5) A partir de ces informations brossez le portrait d'un candidat radical, de ses idées et de sa sensibilité politique.

Recherche complémentaire possible :

la biographie de Léon Bourgeois.

 

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