X- DES DYNASTIES A L'E.N.A.

 

     Bourgeois de Jessaint inaugura une dynastie familiale de préfets qui fut prolongée par son fils Adrien-Sébastien qui fut préfet de la Haute-Marne et surtout par son petit-fils Bourlon de Sarty qui lui succéda à la préfecture de Châlons de 1838 à 1848.

 

Généalogie de la famille Bourgeois de Jessaint

 

     Cette pratique, qui n'est pas unique au début du XIXe siècle (Villeneuve-Bargemont, Barante, Castellane, etc …) démontre l'importance qu'exerçaient les patronages qui permettaient à un préfet de faire appel à son fils , à son gendre comme chef de cabinet et à les propulser ainsi dans la carrière.

     Les recommandations politiques de la part des députés et sénateurs étaient monnaie courante et le préfet bénéficiaire s'acquittait souvent de sa dette en satisfaisant les demandes de nominations aux postes mis à sa disposition et sollicités par le personnel politique local pour leurs proches ou fidèles. Sous la IIIe République, les réseaux de la franc-maçonnerie jouèrent également un rôle occulte non négligeable.

     Alors que les préfets du Premier Empire furent choisis, après les premières nominations de l'an VIII, parmi les conseillers de préfecture et les auditeurs au Conseil d'État, à partir de la Monarchie de Juillet, ils furent issus des secrétariats généraux et surtout des sous-préfectures. La proportion des sous-préfets dans le corps des préfets devient prépondérante et le cursus classique s'établit ainsi :

     Chef de cabinet, sous-préfet, préfet :
     
91% des préfets sont d'anciens sous-préfets de 1876 à 1918,
     98% de 1918 à 1940
     80 % de 1945 à 1958
     selon J. SIWEK - POUYDESSEAU.

     Cette prépondérance des sous-préfets a connu quelques éclipses à certaines périodes : sous la Restauration avec les préfets aristocrates, avec les préfets de Gambetta majoritairement avocats et magistrats et à la Libération où les anciens sous-préfets ne représentent que la moitié du corps.

     Le passage par un cabinet ministériel comme directeur de cabinet n'a cessé d'augmenter :
     41 % de 1918 à 1940
     48 % de 1945 à 1958
     d'après J. SIWEK - POUYDESSEAU.

     A l'origine, la formation des préfets fut assurée par l'auditorat du Conseil d'État crée le 19 germinal an XI, supprimé sous la Restauration, rétabli en 1824 puis réorganisé en 1852, mais surtout essentiellement par des études à la faculté de droit.

     La première tentative pour échapper au recrutement politique et pour professionnaliser le corps par la création d'une école d'administration fut lancée par Hippolyte Carnot, le 8 mars 1848 : elle avait pour objectif de démocratiser le recrutement de l'administration permettant entre autres d'accéder directement sur concours aux fonctions de sous-préfet et conseiller de préfecture. Mais dès le 9 août 1849 elle disparaissait. D'autres projets avortèrent comme celui de Jules Ferry qui en 1881 avait souhaité nationaliser l'École libre des sciences politiques de Paris créée par E. Boutmy en 1871. En 1935, pour présenter le concours spécifique de chef de cabinet du préfet le diplôme de cette école est demandé.

 

Ouverture d'un concours pour l'emploi de chef de Cabinet de préfet, 1935
AD Marne 1 M 94

 

     Le régime de Vichy a tenté lui aussi à partir de 1941 d'instaurer des écoles régionales d'administration.

      Après de multiples tentatives infructueuses, c'est Michel Debré qui fonde, à la Libération en 1945, une École Nationale d 'Administration, dont sont issus 67.5 % des 117 préfets actuels.

     L'accès par concours à l'E.N.A. a été complété par un tour extérieur qui permet d'ouvrir le corps à des fonctionnaires issus d'autres administrations dont l'armée.

 

© CRDP de Champagne-Ardenne, 2001