XVII- MAINTIEN DE L'ORDRE
PAR LA SURVEILLANCE DE L'OPINION

 

     La surveillance de l'opinion s'exerce à l'encontre des particuliers aussi bien qu'à l'égard des groupements légaux ou illégaux : elle est la condition essentielle du maintien de l'ordre, elle existe sous tous les régimes politiques en France depuis la Révolution.

Surveillance des individus

     Au premier rang des personnes surveillées, les éventuels fauteurs individuels de troubles qui sont suivis voire traqués : Drouet est l'objet d'une véritable chasse de longue haleine de la part de son successeur à la sous-préfecture de Sainte-Menehould, Charles-Louis de Chamisso, après la chute de l'Empire en 1815.

 

     Les apparitions ou disparitions de personnages pouvant semer la confusion sont étroitement contrôlées : ce sont les faux Louis XVII au début du XIXe siècle, Hervagault en 1805 ou Simon Loritz en 1821 ; c'est le prince Louis-Napoléon Bonaparte après son évasion du fort de Ham en 1846 ; c'est aussi l'éventuel passage en gare de Châlons d'Émile Zola poursuivi en 1898 pendant l'affaire Dreyfus.

 

 

Avis de recherche du prince Louis-Napoléon Bonaparte évadé du fort de Ham, 1846
AD Marne 30 M 15

 

 


 

Lancement d'un avis de recherche du ministère de l'Intérieur concernant Émile Zola, 26 août 1898
AD Marne 5 M 29

 

     Sous la Restauration, la seule évocation de Napoléon provoque des alarmes : en 1817, une psychose s'empare de l'administration à Reims au point de l'amener à confondre une gravure de Saint Vincent de Paul avec le portrait de Napoléon ; en 1821, le sous-préfet de Vitry-Le-François s'indigne d'une chanson appelant au retour de l'Empereur en 1821.

 

Cliquez ici pour lire les paroles de la chanson

Chanson appelant au retour de l'Empereur, 1821
AD Marne 30 M 14

 

     Le préfet doit être particulièrement attentif aux offenses et outrages au Roi : pamphlets à l'école des Arts et Métiers de Châlons en 1822, insulte à Reims en 1829, à l'encontre de la statue de Louis XV affublée d'un balai, tout finit par remonter jusqu'au ministre de l'Intérieur.

 

Surveillance des mouvements et des partis

     La surveillance des mouvements et associations jugées extrémistes est encore plus active.
Aux sociétés républicaines depuis la Restauration jusqu'au Second Empire succède dans les priorités de la Sûreté sous la IIIe République, la propagande anarchiste et antimilitariste notamment à l'approche de la première guerre mondiale : les individus figurant sur la liste des personnes surveillées font alors l'objet d'un signalement immédiat lorsqu'ils pénètrent dans le département.

 

Télégramme du préfet de la Marne indiquant la présence d'un anarchiste dans le département, 3 novembre 1909
AD Marne 30 M 84

 

     Depuis 1880, ce sont les manifestations des mouvements et autorités catholiques, puis après 1920 celles du parti communiste et des diverses ligues d'extrême droite qui intéressent les autorités policières au service de la préfecture.

 

Lettre du commissaire spécial au préfet relatif à la surveillance de Monseigneur Tissier, évêque de Châlons, 29 janvier 1925
AD Marne 30 M 65

 

     Chaque venue de leader, chaque réunion donne lieu à un compte rendu appuyé sur les rapports des commissaires de police. Cette police politique s'exerce avec d'autant plus de vigueur à l'encontre de ces organisations qu'elles sont marginales sur l'échiquier politique et les rapports fournissent un éclairage beaucoup plus fourni sur ces formations que sur les grands partis républicains qui ne font pas l'objet de surveillance.

     Pendant la deuxième guerre mondiale, la surveillance administrative se déplace vers les mouvements de résistance.

 

© CRDP de Champagne-Ardenne, 2001