XVIII- DE LA REPRESSION A LA CONCILIATION

 

     Le préfet ou son représentant est le chef des forces de l'ordre dans le département : il peut envoyer à tout moment un ordre de réquisition " au nom du peuple français " à la gendarmerie et à la police pour les employer au rétablissement de l'ordre.


Répression

     Les préfets de la Marne eurent rarement l'occasion de faire acte de répression dans un département peu porté vers les violences politiques ou sociales, exception faite de quelques journées révolutionnaires.

     Par exemple, le préfet Chapron et le sous-préfet d'Epernay, Nepoty, durent faire face en avril 1911 à une grave agitation viticole motivée par la délimitation d'une zone d'appellation Champagne et par la lutte contre la fraude (importation de vins extérieurs à la Champagne). Les 11 et 12 avril 1911 des milliers de vignerons (5 à 6 000) détruisirent et pillèrent des celliers à Damery et Ay et arrachèrent 35 à 40 000 pieds de vigne. Le préfet dut engager la troupe pour disperser les manifestants.

 

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Note de présentation chronologique des événements des 11 et 12 avril 1911
AD Marne 155 M 8

 


Émeutes des vignerons à Ay, 12 avril 1911
AD Marne Ic Met 6

 

Médiation

     Bien plus souvent, les préfets ou les sous-préfets eurent-ils à puiser dans leurs talents de négociateurs pour éviter à des situations critiques de dégénérer.

     Ce fut le cas lors d'événements politiques comme les troubles de juillet de 1830 qui ont abouti au renversement du Roi Charles X lorsque Bourgeois de Jessaint dépêcha à Reims son conseiller de préfecture, Charles Poisson, en remplacement du sous-préfet Gestas qui s'était enfui. Poisson s'employa avec des membres de la municipalité et de la garde nationale à calmer les ardeurs populaires et à empêcher toute effusion de sang. Cette conduite efficace de la crise valut à Poisson d'être nommé sous-préfet de Reims de 1830 à 1842.

 

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Rapport du conseiller Poisson au préfet Bourgeois de Jessaint sur la situation à Reims, lors de la révolution de 1830
AD Marne 30 M 14

 

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Réponse du préfet
AD Marne 30 M 14

 

     C'est le même rôle de médiation lors de troubles sociaux que joue Bourgeois de Jessaint, lorsqu'il se rend personnellement à Reims en 1834 sur injonction de Thiers, ministre de l'Intérieur, pour empêcher qu'une grève d'ouvriers du textile ne soit réglée par la force et l'emploi de l'armée.

 

Dépêche de Thiers, ministre de l'intérieur au préfet, 3 juin 1834
AD Marne 155 M 8

 

     Cette attitude de Jessaint se retrouve ultérieurement chez ses successeurs soucieux de désamorcer les conflits par des mesures préventives ou de les éteindre par des négociations et particulièrement avant la loi du 22 mars 1884 légalisant les associations professionnelles. Ainsi en mai 1880, le préfet Delassalle va négocier personnellement avec les ouvriers du textile en grève à Reims et parvient à obtenir la fin du conflit.

 

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Note manuscrite du préfet mentionnant les revendications des ouvriers rémois, 1880
AD Marne 194 M 11

 

Contestation de l'action préfectorale

     Les mesures répressives ne trouvent pas toujours d'échos favorables dans l'opinion. Pourtant à la suite des événements de 1911 relatés plus haut, c'est au contraire l'inaction du préfet qui est mise en accusation par la ville d'Ay en 1914 lors du procès engagé pour l'indemnisation des dommages. Il est reproché à Chapron d'avoir consacré les forces de l'ordre à la défense d'Epernay aux dépens d'Ay.

 

© CRDP de Champagne-Ardenne, 2001