IX- UN SYMBOLE DE CONTINUITE DE L'ETAT :
38 ANS A LA TETE DE LA PREFECTURE DE LA MARNE,
SIX CHANGEMENTS DE REGIME

 

     Trente huit ans au pouvoir pourraient s'interpréter comme la traduction d'opportunisme politique comme le comportement bien connu de Talleyrand et Fouché en ont donné d'illustres exemples. Mais cette pérennité peut être aussi considérée comme une fidélité au service de l'État plus qu'aux régimes successifs. Cette longévité s'explique surtout par la position " centriste " qu'occupe Bourgeois de Jessaint : monarchiste modéré, il s'efforce d'amortir les oscillations brusques de l'histoire dans son département. C'est ainsi qu'il faut lire ses différents actes d'allégeance aux régimes malgré les serments de fidélité régulièrement prêtés à chacun d'entre eux.

     Par la suite, seul son successeur aura à prêter à nouveau serment de fidélité au chef de l'État. L'obligation de serment du corps préfectoral est rapportée en 1848 mais ressurgit encore provisoirement en 1941 sous le régime de Vichy. Cela n'empêche qu'à défaut de serment de fidélité, l'État est en droit de compter sur la loyauté de ses hauts fonctionnaires.

     Dès son entrée en fonction, Bourgeois de Jessaint proclame son attachement au Premier Consul (12 mars 1800) et le sert loyalement pendant l'Empire. Il n'hésite pas toutefois à accueillir en 1809 Madame Récamier à Châlons opposante à l'Empereur, ou à exercer une surveillance bienveillante à l'égard des cardinaux Brancadoro et Consalvi, Secrétaire d'État du Saint-Siège, assignés à résidence à Reims en 1811.

 

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Proclamation du préfet en faveur de Bonaparte sous le Consulat, 22 germinal, an 8
AD Marne Aff. P.I. 69

 

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Proclamation du préfet en faveur de Napoléon sous l'Empire, vendémiaire, an 14
AD Marne Aff. P.I. 70

 

     Une première invasion lors de la campagne de France contraint Bourgeois de Jessaint à quitter Châlons sur ordre, en février 1814. Pendant cette première occupation, il est remplacé par Turpin, nommé préfet intérimaire par les Prussiens. Il ne rentrera à Châlons que le 19 avril 1814 après l'abdication de Napoléon.

     Louis XVIII, sur les conseils du commissaire extraordinaire, le duc de Doudeauville et du comte Beugnot, confirme Bourgeois de Jessaint à son poste, après lui avoir même proposé la préfecture du Nord. Bourgeois de Jessaint reprend donc ses fonctions le 24 mai 1814 et lance le lendemain une proclamation en faveur de Louis XVIII.

     Les Cent Jours n'entraînent pas la révocation de Bourgeois de Jessaint que le nouveau commissaire extraordinaire Bedoch préfère conserver à Châlons, le 20 mai 1815.

     La deuxième invasion provoque une nouvelle interruption de service, Bourgeois de Jessaint abandonnant à nouveau la préfecture en juin. Après Waterloo et le retour de Louis XVIII, le préfet de l'Empire revient à son poste et il réussit encore à séduire l'occupant russe et notamment le maréchal Barclay de Tolly, hébergé à la préfecture. Le 13 juillet 1815, ce dernier reconduit Bourgeois de Jessaint dans ses fonctions de préfet et le 18 août, celui-ci réaffirme son ralliement à Louis XVIII.

 

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Proclamation du préfet en faveur de Louis XVIII,
première Restauration, 25 mai 1814
AD Marne Aff. P.I. 75

 

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Proclamation du préfet en faveur de Louis XVIII,
deuxième Restauration, 18 août 1815
AD Marne Aff. P.I. 96

     Chargé de l'organisation de la cérémonie du sacre de Charles X, il le sert sans zèle à l'égard du parti des ultraroyalistes et selon le témoignage de son biographe, G. Clause, il aurait mis en garde le Roi sur sa politique peu avant la Révolution de Juillet 1830.

     Avec la Monarchie de Juillet, Bourgeois de Jessaint franchit enfin son sixième changement de régime politique et il reçoit Louis-Philippe en route vers Valmy en juin 1831. Le record de longévité de Bourgeois de Jessaint reste aujourd'hui inégalé et il est suivi de très loin par quelques cas régionaux comme celui de Tiburce Foy, nommé préfet des Ardennes le 12 février 1849 et mort en fonction 21 ans après.

 

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Proclamation en l'honneur de Charles X, à l'occasion de son sacre, 13 mai 1825
AD Marne Aff. P.I. 106

 

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Proclamation du préfet en faveur de Louis-Philippe
AD Marne 31M5

 


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