L'École d'Alexandrie et la science hellénistique

(305 av J.-C. -VIIe siècle de notre ère)

Temple d'Hathor
à Dendérah
vers 30 ap. J.-C.

photo J.& F. Rosmorduc

A la mort d'Alexandre en 323, l'Égypte revient à l'un de ses généraux, Ptolémée, qui se fait couronner Pharaon en 305. Il installe sa capitale dans une ville, créée par Alexandre sur l'emplacement d'un petit port de pêche méditerranéen, qui s'appelle depuis Alexandrie.

Ptolémée 1er Sôter fait construire un établissement - nous dirions aujourd'hui d'enseignement supérieur et de recherche, ce qui ne serait que relativement anachronique - qui comprend le Musée, des salles de cours, des laboratoires et la Bibliothèque qui, à l'époque des deuxième et troisième souverains de la dynastie, sera devenue gigantesque : de 7 à 800 000 ouvrages selon certains historiens1.

Les souverains successifs essayeront aussi d'attirer à Alexandrie les savants les plus prestigieux du pourtour méditerranéen. La plus grande splendeur de l'École s'est maintenue, au-delà de Ptolémée 1er pendant les règnes de ses quatre descendants immédiats : Ptolémée II "Philadelphe"2; Ptolémée III "Evergète" ; Ptolémée IV ; Ptolémée V (mort en 180 av. J.-C.). A partir de ce dernier personnage, le pouvoir de la dynastie décroît. L'activité scientifique de l'École régresse également. Quelques auteurs prestigieux l'illustrent cependant encore pendant quelques siècles3. Quelques-uns de ses bâtiments, et une partie de la Bibliothèque, sont brûlés en 47 av. J.-C. au cours de combats entre les troupes de César et celles de Ptolémée XIII, roi d'Égypte et époux de Cléopâtre, sa sour. L'Égypte devient province romaine en 30 av. J.-C. L'École brûlera à nouveau en 391 lors de combats opposant Xénobie (reine de Palmyre, Syrie) et Aurélien (empereur romain). Alors il ne reste plus grand chose de la Bibliothèque4.

A la différence de celle de l'époque grecque "classique", la science d'Alexandrie était proche de la technique. Certains de ses savants étaient du reste des ingénieurs. C'est notamment le cas de ceux qu'on appelle les ingénieurs d'Alexandrie : Ctésibius, Héron5 et Philon6. C'est aussi celui d'Archimède.

Le bilan scientifique d'Alexandrie se reflète assez exactement dans la liste des savants qui y ont travaillé.

Il est historiquement assez paradoxal qu'Alexandrie soit restée le centre scientifique principal de la Méditerranée au cours des siècles où Rome dominait politiquement cette partie du monde et très au-delà. En effet, l'activité d'Alexandrie ayant fortement diminué après le IIIe siècle de notre ère20, l'Empire Byzantin étant peu productif dans le domaine scientifique, les deux ou trois siècles qui ont précédé la prédication de Mahomet ont plutôt marqué une régression de la vie scientifique en Méditerranée.

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Notes

    1. Gille, Bertrand.
      Les mécaniciens grecs, la naissance de la technologie.
      Paris : Seuil, 1980 - (Science ouverte).
       
    2. C'est sous le règne de Ptolémée II "Philadelphe" que pour la première fois au monde on construisit un phare destiné à signaler l'entrée d'un port. Le Phare d'Alexandrie est l'une des Sept Merveilles du monde.
       
    3. Claude Ptolémée (85 - 165), astronome, géographe, physicien.
      L'un des derniers grands savants d'Alexandrie.
       
    4. Certains auteurs ont longtemps prétendu que la Bibliothèque avait été détruite en 640, quand la ville a été conquise par l'armée arabe du Calife Omar. Il s'agit d'une légende. Les armées arabes, dans leurs conquêtes de 632 à 732, ont d'ailleurs rarement procédé à des destructions. En général, les richesses rencontrées ont plutôt été préservées.
       
    5. Héron d'Alexandrie (? 10 - ? 75).
       
    6. Philon (280 - 220 av. J.-C), auteur d'une Mécanique.

      Voir : Gille, Bertrand. Les mécaniciens grecs, la naissance de la technologie.
      Paris : Seuil, 1980 - (Science ouverte).
       
    7. Euclide d'Alexandrie (325 - 265 av. J.-C.) fit le point sur les connaissances en mathématiques et précisa certains points.
       
    8. Posidonius (135 - 51 av. J.-C.).
       
    9. Diophante (? 200 - ? 284).
      On sait seulement qu'il est mort à 84 ans.
       
    10. Pappus (290-350 apr. J.-C.).
       
    11. Aristarque de Samos (310 - 230 av. J.-C.), auteur du premier système héliocentrique connu.
       
      Voir : Koestler, Arthur. - Les somnambules : génie et folie de l'homme, essai sur l'histoire des conceptions de l'univers.
      Paris : Pocket, 1985.
       
    12. Eratosthène (276 - 194 av. J.-C.). Première détermination de la circonférence terrestre vers 240 - 220 av. J.-C.
       
    13. Hipparque (190 - 120 av. J.-C.).
       
    14. Strabon (58 av. J.-C. - 20/25 apr. J.-C.), auteur d'une imposante Géographie.
       
    15. Archimède (287 - 212 av. J.-C.) séjourna un temps à Alexandrie et correspondit avec les savants y travaillant, mais passa la plupart de sa vie à Syracuse en Sicile.
        
    16. Erasistrate (? 320 - 250), pratiqua et enseigna la médecine à Alexandrie.
       
    17. Hérophile (IVe siècle - IIIe siècle av. J.-C.), médecin et anatomiste, il pratiqua des dissections humaines, et décrivit plusieurs organes de façon précise.
       
    18. Dioscoride (Ie siècle apr. J.-C.), fit la description de 600 plantes accompagnée de renseignements sur leur distribution et leurs propriétés médicinales.
       
    19. Théophraste (370 - 288/287 av. J.-C.), philosophe, étudia la minéralogie et la botanique.
       
    20. Le meurtre d'Hypatie, en 412, marqua la fin de la science hellénistique à Alexandrie.
      Voir : La recherche en histoire des sciences. - Paris : Seuil, 1983. - (Points Sciences).

Pour en savoir plus :

Sanctuaire de Philae

 

photo J.&F. Rosmorduc