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La légende  "23 décembre 1720"

Sommaire

Texte collectif. Légende inventée par les enfants à partir de faits réels.

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sommaire :

- Rennes en 1720.

En 1720, Rennes compte a peu près 25000 habitants. Les plus fortunés vivent dans la Ville Haute, au nord de la Vilaine, les plus pauvres s'entassent au sud, dans les zones humides et souvent inondées.
Les maisons, en bois et torchis (mélange de terre et de paille), sont construites en encorbellements.
Durant les mois d'hiver, souvent froids, les greniers sont remplis de bois de chauffage.
Le 23 décembre 1720, Henri Boutrouel, un artisan, ivre selon plusieurs sources, met le feu à son logement de la rue Tristin (actuelle rue de l'Horloge).
Mais qui était cet homme ?
Pourquoi était-il ivre en ce soir de décembre 1720 ?...

- Henri Boutrouel.

En 1720, Henri Boutrouel a 45 ans. II mesure 1,64 m et pèse 65 kg. Célibataire et orphelin, cet homme est solitaire, toujours seul. Il n'a pas de famille. Il n'a jamais connu ses parents. En 1675, un prêtre de l'hôpital Saint-Yves l'a recueilli et élevé.
Henri Boutrouel est luthier. Il fabrique des instruments de musique. Son travail, surtout en cette période de Noël, le surcharge. Il fabrique des instruments de qualité. Ses mains agiles lui permettent de faire son travail à la perfection.
A l'approche de Noël, son travail le rend nerveux, alors il aime boire un petit coup pour se calmer.

- La rue Tristin.

Henri Boutrouel habite rue Tristin. Cette rue, comme les autres, est sale à cause des ordures que les gens jettent en criant « GARE, GARE », et qui coulent dans le caniveau central. Cette saleté peut provoquer des risques d'épidémies comme la peste, le choléra.
De mauvaises odeurs se dégagent et les encorbellements des maisons à pans de bois ne permettent pas une bonne aération des rues. Les rues étroites sont bruyantes, animées avec des cris, des hurlements, des problèmes de circulation. Quand un noble parlementaire passe en carrosse, les passants doivent se ranger sur les bas côtés que l'on surnomme « le haut du pavé ». Heureusement, des chasses-roues protègent les piétons. Les rues sont encombrées de charrettes, de chaises à porteurs, de chevaux qui divaguent.

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- Les fêtes de Noël.

Noël approche. La célébration religieuse est accompagnée de fêtes pendant lesquelles hommes et femmes du tiers état et de la noblesse se détendent. Les rues sont envahies par des jongleurs, des musiciens ambulants, des montreurs de bêtes étranges, des diseuses de bonne aventure.
On organise des tournois et courses de chevaux en dehors de la ville, sur la Place des Lices. Se déroule également le jeu du Papegaut qui réunit les arquebusiers autour de la Tour du Chêne.
Avec Noël, débute également le cycle des veillées qui va durer 12 jours, jusqu'à la fête des rois. Après le repas du soir, on reçoit à tour de rôle, parents, amis et voisins pour chanter, danser et s'amuser.

- La visite du cousin.

En ce milieu de matinée du 23 décembre 1720, un homme sort d'une maison de la rue Tristin. Il est grand et est grossièrement vêtu d'habits en laine et d'un bonnet. La maison d'où il provient est en torchis avec encorbellements et colombages. En sortant dans la rue, il voit des ménestrels chantant des chansons, des gens qui vendent des légumes, du vin, de la nourriture, qui sont étalés sur des échoppes, il entend le vacarme du forgeron qui travaille le fer avec ses outils, il voit le caniveau rempli d'eau sale, des mendiants assis au bord de la route, les ordures jetées sur la chaussée. Il finit d'observer la rue quand, soudain, une femme crie, l'homme lève la tête et reçoit un seau rempli d'urine sur la figure.


Après cet incident (assez courant !), il se dirige vers la boutique d'un luthier, il frappe, on lui répond :
- Entrez !
- Bonjour Messire Boutrouel, ma mère désire vous voir.
- Je suis très occupé !
- Mais, elle est très souffrante.
- Le médecin, c'est la porte à côté !
- Mais...
- Dehors !
- Bon, je reviendrai.
- Dehors ! Vous êtes tout sale et j'ai les fêtes préparer.
Alors, l'homme sort de la boutique et s'en va, Henri Boutrouel, lui, se remet au travail.


En début d'après-midi, le jeune homme revient vêtu d'un habit noir. Son visage est beaucoup plus décidé pour mener la tâche que sa mère lui a confiée. Il frappe à la porte en chêne, Henri Boutrouel répond :
Entrez !
- Maintenant que je suis propre, pourrais-je vous parler ?
- Encore vous ! Je vous ai déjà dit que le médecin, c'est la porte d'à côté.
- Mais c'est très important !
- Non, je suis occupé !
- Mais ma mère se meurt...
- Je vous répète pour la troisième fois que le médecin, c'est la porte d'à côté
- Mais elle a quelque chose de très important à vous dire.
- Mais quelle chose veut-elle me dire ?
- Venez et vous le découvrirez.
- Non! J'ai trop de travail.
Le jeune homme n'insiste pas plus et dit, en espérant que sa dernière parole le marquera.
- Adieu cousin.
- Attendez ! Qu'avez-vous dit ?
- Adieu cousin.
Cette dernière phrase laisse Henri Boutrouel abasourdi
- Je n'ai pas de famille, je suis orphelin.
- C'est ce que vous croyez, Messire.
- Attendez ! Amenez-moi à votre mère.
Et le luthier se met à suivre son cousin dans la rue Tristin, rapidement malgré tous les obstacles. Ils arrivent devant une maison habitée dans sa partie du bas par un riche marchand mercier rennais.
- Suivez-moi, Messire. Je vis là-haut, sous les toits avec ma mère. Nous avons une petite pièce au milieu des réserves de bois de chauffage.
Ils montent quatre à quatre les marches de l'escalier en bois. Puis ils pénètrent dans une petite pièce sombre où grouillent des bêtes.
- C'est possible de vivre là-dedans ? demande Henri Boutrouel en grimaçant de dégoût.
- Nous sommes pauvres et c'est déjà bien d'avoir un toit. Nous pourrions être nous aussi à la rue.
Puis Henri Boutrouel s'approche d'un lit où se trouve une vieille femme en train de mourir.
- Approche Henri, dit-elle d'une voix tremblante. Mais pas trop près car j'ai la peste. Avant de quitter cette terre, il faut que je te confie le lourd secret que je porte depuis 45 ans. Je suis ta tante et je vais te raconter ton histoire...

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- La révolte du Papier Timbré.

« Tout a commencé en 1675, l'année de ta naissance, quand Louis XIV a décidé d'augmenter les impôts sur le tabac, la vaisselle d'étain et le papier timbré. Les Bretons n'étaient pas d'accord car ils trouvaient que c'était injuste de devoir payer encore plus. Ils ont manifesté pour protester, surtout les gens du peuple. Le bureau de tabac qui se trouve au rez-de-chaussée du Parlement a été saccagé, pillé, et les timbres détruits. Il y eu 20 morts. Le Duc de Chaulnes, gouverneur de la Bretagne en 1675, décida de punir très sévèrement les 15 000 émeutiers. Le Duc de Chaulnes n'était pas très aimé. La foule le traitait de « gros cochon, gros gueux, gouverneur de chien ». Ton père, qui était musicien, fut à la tête de cette révolte. II fut pris par l'armée, roué de coups en public puis écartelé. Les quartiers de son corps furent exposés dans la Cité, la Ville Neuve et la Nouvelle Ville.
Mais ce n'est pas tout. Le duc de Chaulnes décida de punir les habitants de la Rue Haute, d'où était partie la révolte. C'est là qu'habitaient tes parents. La rue fut en partie rasée et les habitants durent quitter Rennes car ils n'avaient plus le droit de revenir. Des familles entières se retrouvèrent à errer et mendier comme des âmes en peine. A cette époque, tu n'avais que quelques mois. Ta mère a eu sa maison rasée et elle s'est retrouvée dehors avec toi, bébé. Tu n'aurais pas pu survivre dehors. Elle me demanda de te prendre. Je pus te garder quelques jours, mais, en raison de ma pauvreté, je t'ai déposé dans un panier à la porte de l'hôpital Saint Yves. Là, tu fus recueilli et élevé par un prêtre. Mais je t'ai toujours suivi en cachette, à l'ombre des regards.
La dernière fois que j'ai vu ta mère, elle m'a donné ceci. C'est un chandelier. C'était sa seule richesse. Elle m'a suppliée de te le remettre le jour où je te dévoilerai ce terrible secret. »
Sur ces mots, la vieille femme s'endort pour toujours...

- L'incendie

Henry Boutrouel sort de la maison d'où vient de mourir sa tante, il est complètement abattu. Il traverse la rue froide en cet hiver de l'an 1720. Pendant qu'il la traverse, il sert bien fort le bougeoir de sa mère, des gouttes perlent à ses yeux. De retour chez lui, il prend son instrument préféré, un violon, en imaginant son père en train de défiler à la tête des révoltés. Et pour oublier son chagrin, Henry descend dans la cave et remonte ensuite avec des bouteilles de vin. Il s'assoit à table et allume une bougie dans le bougeoir hérité de ses parents. Puis, il se met à boire, à boire et encore à boire, et d'un geste brusque, renverse la bougie.
Puis Henry sort en titubant. Quelques minutes plus tard, des voix dans la rue Tristin s'élèvent : « Au feu, au feu !»
L'incendie vient de se déclarer, la bougie que fit tomber Henry enflamme rapidement les réserves de bois situées dans les greniers des maisons.
De retour sur les lieux, Henry comprend vite qu'il est l'auteur involontaire de cet incendie. Il entend la voix d'une fillette prise au piège des flammes dans une maison. Il tente de la sauver mais une poutre enflammée d'un encorbellement lui tombe sur la nuque et Henry Boutrouel s'écroule, mort...
Le feu se propage rapidement de maison en maison, de ruelle en ruelle. Les réserves de bois et les encorbellements facilitent l'extension du feu.
Pour arrêter cet énorme incendie, l'Intendant du roi, Feydeau de Brou décide, un peu tardivement, d'abattre les maisons pour créer un coupe-feu.
L'incendie dure 6 jours et 7 nuits. Il fait une dizaine de morts. 8000 personnes se retrouvent à la rue et 945 maisons sont détruites, 32 rues sont en cendre.
C'est une véritable catastrophe !

 
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