La RĂ©union face au changement climatique

L’impact des émissions anthropiques des gaz à effet de serre est l’un des problèmes environnementaux majeurs de notre société. Comment caractériser l’impact du changement climatique sur un territoire aussi réduit que l’île de La Réunion ?(Les résultats indiqués ont été obtenus sur la période 1969-2008 pour les paramètres température et précipitations)Les outils pour prévoir le climat futurL’étude de l’évolution des changements climatiques à La Réunion s’est appuyée sur les simulations de 15 modèles différents et sur plusieurs configurations du modèle climatique développé par Météo-France.3 scénarios d’émissions de GES sont utilisés pour réaliser les simulations climatiques :

  • le scĂ©nario A2 oĂą les Ă©missions de CO2 continueront de croĂ®tre jusqu’en 2100 ;
  • le scĂ©nario A1B oĂą les Ă©missions de CO2 continueront de croĂ®tre jusqu’en 2050, puis diminueront ;
  • le scĂ©nario B1 oĂą les Ă©missions de CO2 sont presque stabilisĂ©es dès l’annĂ©e 2000, puis dĂ©croissent Ă  partir de 2050.

L’évolution passée et future du climat de l’échelle mondiale à l’échelle de La Réunion :


Les tendances observées

Températures
Le réchauffement climatique est sans équivoque. En 2007, le GIEC évalue l’augmentation moyenne mondiale superficielle à +0,74°C sur 100 ans (1906 - 2005) avec un rythme qui s’est accéléré au cours des 50 dernières années pour atteindre 0,13°C par décennie. Mais la hausse n’est pas uniforme sur le globe. Le réchauffement des trente dernières années est plus important aux hautes latitudes de l’hémisphère Nord. Le plus fort réchauffement apparaît pendant l’hiver et le printemps de ce même hémisphère. Pour les températures extrêmes, une diminution généralisée du nombre de jours de gel aux latitudes moyennes, une augmentation du nombre de cas d’extrêmes chauds. La durée des vagues de chaleur a augmenté à partir de la deuxième moitié du 20ème siècle.

 

Evolution de la température moyenne

Evolution de la tempĂ©rature moyenne Ă  La RĂ©union et dans le monde de 1969 Ă  2008

La zone de l’océan Indien a connu un réchauffement moins rapide que beaucoup de régions du globe. Les températures à La Réunion ont augmenté de 0,62°C en 40 ans. Ce réchauffement est identique à celui du globe mesuré sur la même période, moins important que celui de l’hémisphère Nord (+0,81°C) mais plus fort que celui de l’hémisphère Sud (+0,43°C) On constate également sur l’île que les températures maximales ont augmenté plus rapidement que les températures minimales et c’est pendant les mois de mars-avril-mai que ces températures ont le plus augmenté. Le pourcentage de journées ou nuits froides a diminué plus ou moins fortement selon les postes, tandis que le pourcentage de journées ou nuits chaudes a nettement augmenté.

Températures moyennes

Températures moyennes annuelles de La Réunion relevées aux stations météorologiques suivies de la commune et de leur altitude.

Précipitations
Le changement climatique se manifeste dans des modifications des régimes de précipitations sur plusieurs régions du globe : une fréquence accrue des événements de fortes précipitations a été observée et des sécheresses plus intenses et plus longues notamment sous les tropiques.

Sur les 51 postes pluviométriques de l’île on note une tendance sur 40 ans à la baisse des précipitations sur les régions de l’Ouest, du Sud-Ouest et du Sud quelle que soit la saison. Ces régions sont touchées par des sécheresses accrues.

Sur la façade au vent, les tendances sont à la baisse pendant l’hiver austral et à la hausse de septembre à novembre. L’aléa cyclonique ne permet pas d’évaluer une tendance fiable pour la période de décembre à mai. On observe une augmentation des jours de faibles précipitations accompagnée d’une baisse généralisée des précipitations.

L’étude sur l’activité cyclonique de 1967 à 2009 montre qu’il n’y a pas de relation directe entre l’activité cyclonique globale du bassin du Sud-Ouest de l’océan Indien et le risque cyclonique encouru pour La Réunion. Une saison de faible activité peut engendrer un cyclone destructeur pour l’île, tandis qu’une saison très active peut ne voir aucun système intéresser La Réunion. Par contre le phénomène El Niño-Oscillation Australe (ENSO) joue un rôle dans le déplacement des zones de cyclogenèses vers le bassin ouest de l’océan Indien.

Evolution niveau mer

Evolution du niveau global de la mer

Le niveau de la mer s’est élevé de 15 à 20 centimètres au cours du 20ème siècle et l’élévation du niveau de la mer se poursuit à la vitesse de 3,2 mm par an depuis 1993.

De 1969 à 2008 la station de Gillot a connu 12,8 jours d’orages en moyenne par an essentiellement pendant la saison chaude (de décembre à mai). Sur cette même période, la nombre annuel de jours d’orages a baissé de 2 jours.

La fréquence des épisodes de houle australe semble être en légère augmentation depuis 50 ans avec une accélération de cette augmentation dans les 20 dernières années.

Evolution précipitations

Evolution des précipitations sur la période 1969 - 2008

Les caractéristiques du climat futur

Pour le climat futur, les simulations des modèles climatiques indiquent une hausse des températures moyennes du globe de 1,8 à 4,0°C selon les scénarios. Sur l’océan Indien, le réchauffement est un peu plus faible avec des valeurs prévues comprises entre 1,4 et 3,7°C. Certains experts estiment que le réchauffement climatique risque d’entraîner un dégagement important de méthane piégé sous forme d’hydrates dans les sédiments sous-marins et les pergélisols.

La hausse prévue des températures sur l’île de La Réunion est encore plus faible avec une fourchette comprise entre 1,0 et 3,2°C (1,5°C pour le scénario B1, 2,1°C pour le scénario A1B et 2,8°C pour le scénario B2 avec une fourchette absolue entre le modèle le plus optimiste pour le scénario B1 et le plus pessimiste pour le scénario A2 comprise entre 1,0°C et 3,2°C).

Une augmentation des précipitations est très probable sous les hautes latitudes et une baisse sur la plupart des terres tropicales. Sur La Réunion, la moyenne des modèles prévoit une légère baisse des précipitations pour la fin du 21ème siècle qui varie entre -6 et -8% plus marquée pendant l’hiver austral.

A l’horizon 2100 le niveau de la mer va continuer de monter à un rythme d’environ 2 à 6 mm par an soit une élévation de 20 à 60 centimètres en un siècle. Les résultats des simulations ne permettent pas de dire à l’heure actuelle quelle sera plus précisément la hausse du niveau de la mer sur les côtes de La Réunion.

Dans le climat du 21ème siècle, l’anticyclone des Mascareignes se renforcerait pendant l’hiver austral et devrait ainsi engendrer des alizés plus vigoureux. Les côtes les plus ventées resteraient les façades Nord-Est et Sud-Ouest.

Modèle ARPEGE

Températures

La simulation du modèle ARPEGE 50x50 km2 forcé selon les hypothèses du scénario A2, montre que, pour la période 2041-2070, l’été austral serait la saison qui connaîtrait le plus fort réchauffement, alors que pendant l’hiver la hausse des températures serait plus modérée. Les journées et les nuits relativement froides, définies selon les seuils de notre époque contemporaine, disparaitraient presque et leurs proportions ne représenteraient qu’un peu moins de 1% dans le futur. Une nuit sur deux paraîtrait chaude, relativement aux critères de notre époque, tandis que 2 journées sur 3 paraîtraient chaudes selon les mêmes critères.

La hausse des températures est moins importante sur les océans que sur les continents. Ainsi, la fourchette des anomalies des températures prévues par le modèle ARPEGE, pour la période 2071-2100 à proximité de La Réunion, est comprise entre 1,4°C (scénario B1) et 3,0°C (scénario A2).

Précipitations

La simulation ARPEGE 50x50 km2, forcée selon les hypothèses du scénario A2 (le plus pessimiste) pour la période 2041-2100 montre une baisse du cumul annuel de précipitations sur l’ensemble de l’île. Les périodes sèches seraient plus longues, particulièrement sur la façade sous le vent, aggravant ainsi les épisodes de sécheresse sur une zone déjà peu arrosée pendant la saison sèche.

Les anomalies de précipitations des 3 scénarios, prévues par le modèle ARPEGE pour la période 2071-2100, sont convergentes pour la seule saison d’hiver. Le modèle indique pour cette période de l’année une baisse des précipitations qui varie de -5 à -18% (par rapport au climat actuel) selon les scénarios.

Les précipitations faibles à modérées seraient plus rares mais les épisodes pluvieux extrêmes, un peu plus prolifiques en quantité.