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compléments d'après l'encyclopédie de Diderot et D'Alembert (*)


GENTILHOMME, s. m. (Jurisp.) nobilis genere, signifie celui qui est noble d'extraction, à la différence de celui qui est annobli par charge ou par lettres du prince, lequel est noble sans être gentilhomme; mais il communique la noblesse à ses enfans, lesquels deviennent gentilshommes.
Quelques--uns tirent l'étymologie de ce mot du latin gentiles, qui chez les Romains signifioit ceux qui étoient d'une même famille, ou qui prouvoient l'ancienneté de leur race. Cette ancienneté que l'on appelloit gentilitas, étoit un titre d'honneur; mais elle ne formoit pas une noblesse, telle qu'est parmi nous la noblesse d'extraction: la noblesse n'étoit même pas héréditaire, & ne passoit pas les petitsensans de celui qui avoit été annobli par l'exercice de quelque magistrature.

D'autres veulent que les titres d'écuyers & de gentilshommes ayent été empruntés des Romains, chez lesquels il y avoit deux sortes de troupes en considération, appellées scutarii & gentiles. Il en est parlé dans Ammian--Marcellin, sous le regne de Julien l'Apostat, qui fut assiégé en la ville de Sens par les Sicambriens, lesquels savoient scutarios non adesse nec gentiles,per municipia distributos.

Enfin une troisieme opinion qui paroît mieux fondée, est que le terme de gentilshommes vient du latin gentis homines, qui signifioit les gens dévoüés au service de l'état, tels qu'étoient autrefois les Francs, d'où est venue la première noblesse d'extraction. Tacite pariant des Gaules, dit que les compagnons du prince ne traitent d'aucunes affaires qu'ils n'ayant embrassé la profession des armes; que l'habit militaire est pour eux la robe virile; qu'ils ne sont jusque--là que membres de familles particulieres, mais qu'alors ils appartiennent à la patrie & à la nation, dont ils deviennent les membres & les défenseurs.

Dans les anciennes ordonnances on trouve écrit tanrôt gentishommes, tantôt gentilshommes.
Les gentilshommes joüissent de plusieurs priviléges expliqués au mot Noble ci-dessous.[retour]

NOBLE, en latin nobilis, (Hist. rom.) Ceux qui avoient passé par les charges curules, c'est--à--dire ceux qui avoient été consuls, préteurs, censeurs & édiles, pouvoient laisser leurs portraits à leurs enfans. Delà vint que parmi les citoyens romains les uns avoient les portraits de leurs ancêtres, les autres n'avoient que les leurs, & le reste n'en avoit aucun. Ceux qui avoient les portraits de leurs ancêtres s'appelloient nobles; ceux qui avoient les leurs étoient appellés hommes nouveaux; & ceux qui n'en avoient aucuns, gens ignobles. Or les patriciens qui, dans le commencement de la fondation de Rome furent revêtus des charges & des dignités au préjudice du peuple, furent seulement qualifiés du titre de nobles; mais ensuite les plébéïens, dont les ancêtres avoient passé par les charges curules, jouirent de cette prérogative. (D. J.)
Noble, s. m. (Jurisprud.) se dit de quelque personne ou chose distinguée du commun, & décorée de certains titres & privileges dans lesquels consiste la prérogative de noblesse.

Il y a des personnes nobles & des biens nobles: les biens de cette espece sont les fiefs & les franc-aleux nobles.

Les biens nobles se partagent ordinairement noblement, c'est--à--dire comme succession noble. Dans certaines coutumes le partage noble se regle, non par la qualité des biens, mais par la qualité des personnes; c'est à--dire que quand la succession est noble, que les héritiers sont nobles, ils partagent tous les biens noblement.

Le titre de noble veut dire connu, nobilis quasi noscibilis seu notabilis. Ce titre est beaucoup plus ancien que ceux d'écuyer, de gentilhomme & de chevalier, dont on se sert présentement pour exprimer la noblesse: il y a eu des nobles chez toutes les nations.

En France, sous nos premiers rois, noble & libre signifioient la même chose.

Dans la suite, lorsque la noblesse proprement dite a commencé à s'établir, la qualité de noble servoit pour exprimer toute sorte de noblesse, grande & petite.

Quand on commença à distinguer les différens degrés de noblesse, les nobles étoient d'abord au--dessus des écuyers: les plus grands seigneurs, les princes, les rois même, prenoient le titre de noble; on confondit ensuite le titre de noble avec celui d'écuyer & avec la qualité de gentilhomme.

Le titre noble dans les pays de droit écrit, équivaut à celui d'écuyer; mais pour les officiers de justice, avocats & medecins, ils ne peuvent le prendre qu'avec celui de leur profession, & il ne leur attribue pas les privileges de noblesse.

En pays coutumier il faut, pour preuve de noblesse, avoir pris dans les actes le titre d'écuyer.

En Normandie, le titre de noble homme est équivalent dans les anciens actes.

Présentement on prend presque partout le titre d'écuyer pour exprimer la noblesse.

Cependant en quelques endroits les nouveaux nobles ne prennent le titre que de nobles tels; leurs enfans prennent le titre d'écuyer, comme il se pratique à Lyon pour les échevins. Voyez ci--après Noblesse. [retour]

NOBLESSE, (Gouvern. politiq.) On peut considérer la noblesse, avec le chancelier Bacon, en deux manieres, ou comme faisant partie d'un état, ou comme faisant une condition de particuliers.

Comme partie d'un état, toute monarchie où il n'y a point de noblesse est une pure tyrannie : la noblesse entre en quelque façon dans l'essence de la monarchie, dont la maxime fondamentale est, point de noblesse, point de monarque; mais on a un despote comme en Turquie.

La noblesse tempere la souveraineté, & par sa propre splendeur accoutume les yeux du peuple à fixer & à soutenir l'éclat de la royauté sans en être effrayé. Une noblesse grande & puissante augmente la splendeur d'un prince, quoiqu'elle diminue son pouvoir quand elle est trop puissante. Il est bon pour le prince & pour la justice que la noblesse n'ait pas trop de puissance, & qu'elle se conserve cependant une grandeur estimable & propre à réprimer l'insolence populaire, & l'empêcher d'attaquer la
majesté du trône. Dans un état monarchique, le pouvoir intermédiaire subordonné le plus naturel, est celui de la noblesse; abolissez ses prérogatives, vous aurez bientôt un état populaire, ou bien un état despotique.

L'honneur gouverne la noblesse, en lui prescrivant l'obéissance aux volontés du prince; mais cet honneur lui dicte en même tems que le prince ne doit jamais lui commander une action deshonorante. Il n'y a rien que l'honneur prescrive plus à la noblesse, que de servir le prince à la guerre: c'est la profession distinguée qui convient aux nobles, parce que ses hasards, ses succès & ses malheurs mêmes, conduisent à la grandeur.

Il faut donc que dans une monarchie les lois travaillent à soutenir la noblesse & à la rendre héréditaire, non pas pour être le terme entre le pouvoir du prince & la foiblesse du peuple, mais pour être le lien de tous les deux. Les prérogatives accordées à la noblesse lui seront particulieres dans la monarchie, & ne passeront point au peuple, si l'on ne veut choquer le principe du gouvernement, si l'on ne veut diminuer la force de la noblesse & celle du peuple. Cependant une noblesse trop nombreuse rend d'ordinaire un état monarchique moins puissant; car outre que c'est une surcharge de dépenses, il arrive que la plûpart des nobles deviennent pauvres avec le tems, ce qui fait une espece de disproportion entre les honneurs & les biens.

La noblesse dans l'aristocratie tend toujours à jouir d'une autotité sans bornes; c'est pourquoi lorsque les nobles y sont en grand nombre, il faut un sénat qui regle les affaires que le corps des nobles ne sauroit décider, & qui prépare celles dont il décide. Autant il est aisé au corps des nobles de réprimer les autres dans l'aristocratie, autant est--il difficile qu'il se réprime lui--même : telle est la nature de cette constitution, qu'il semble qu'elle mette les mêmes gens sous la puissance des lois & qu'elle les en retire. Or un corps pareil ne peut se réprimer que de deux manieres, ou par une grande vertu, qui fait que les noblesse trouvent en quelque façon égaux à leur peuple, ce qui peut former une sorte de république; ou par une vertu moindre, qui est une certaine modération qui rend les nobles au moins égaux à eux--mêmes, ce qui fait leur conservation.

La pauvreté extrème des nobles & leurs richesses exorbitantes, sont deux choses pernicieuses dans l'aristocratie. Pour prévenir leur pauvreté, il faut sur--tout les obliger de bonne heure à payer leurs dettes. Pour modérer leurs richesses, il faut des dispositions sages & insensibles, non pas des confiscations, des lois agraires, ni des abolitions de dettes, qui font des maux infinis.

Dans l'aristocratie, les lois doivent ôter le droit d'aînesse entre les nobles, comme il est établi à Venise, afin que par le partage continuel des successions les fortunes se remettent toujours dans l'égalité. Il ne faut point par conséquent de substitutions, de retraits lignagers, de majorats, d'adoptions : en un mot, tous les moyens inventés pour soutenir la noblesse dans les états
monarchiques, tendroient à établir la tyrannie dans l'aristocratie.

Quand les lois ont égalisé les familles, il leur reste à maintenir l'union entr'elles. Les différends des nobles doivent être promptement décidés, sans cela les contestations entre les personnes deviennent des contestations entre les familles. Des arbitres peuvent terminer les procès ou les empêcher de naître.

Enfin il ne faut point que les lois favorisent les distinctions que la vanité met entre les familles, sous prétexte qu'elles sont plus nobles & plus anciennes; cela doit être mis au rang des petitesses des particuliers.

Les démocraties n'ont pas besoin de noblesse, elles sont même plus tranquilles quand il n'y a pas de familles nobles; car alors on regarde à la chose proposée, & non pas à celui qui la propose; ou quand il arrive qu'on y regarde, ce n'est qu'autant qu'il peut être utile pour l'affaire, & non pas pour ses armes & sa généalogie. La république des Suisses, par exemple, se soutient fort bien, malgré la diversité de religion & de cantons, parce que l'utilité & non pas le respect, fait son lien. Le gouvernement des Provinces--Unies a cet avantage, que l'égalité dans les personnes produit l'égalité dans les conseils, & fait que les taxes & les contributions sont payées de meilleure volonté.

A l'égard de la noblesse dans les particuliers, on a une espece de respect pour un vieux château ou pour un bâtiment qui a résisté au tems, ou même pour un bel & grand arbre qui est frais & entier malgré sa vieillesse. Combien en doit--on plus avoir pour une noble & ancienne famille qui s'est maintenue contre les orages des tems? La noblesse nouvelle est l'ouvrage du pouvoir du prince, mais l'ancienne est l'ouvrage du tems seul: celle--ci inspire plus de talens, l'autre plus de grandeur d'ame.

Ceux qui sont les premiers élevés à la noblesse, ont ordinairement plus de génie, mais moins d'innocence que leurs descendans.
La route des honneurs est coupée de petits sentiers tortueux que l'on suit souvent plûtôt que de prendre le chemin de la droiture.

Une naissance noble étouffe communément l'industrie & l'émulation. Les nobles n'ont pas tant de chemin à faire que les autres  pour monter aux plus hauts degrés; & celui qui est arrêté tandis que les autres montent, a connu pour l'ordinaire des mouvemens d'envie. Mais la noblesse étant dans la possession de jouir des honneurs, cette possession éteint l'envie qu'on lui porteroit si elle en jouissoit nouvellement. Les rois qui peuvent choisir dans leur noblesse des gens prudens & capables,
trouvent en les employant beaucoup d'avantages & de facilité: le peuple se plie naturellement sous eux, comme sous des gens qui sont nés pour commander.[retour]


Noblesse d'Office ou de Charge est celle qui vient de l'exercice de quelque office ou charge honorable, & qui a le privilege d'annoblir.

Celui qui est pourvû d'un de ces offices ne jouit des privileges de noblesse que du jour qu'il est reçu & qu'il a prêté serment.

Pour que l'officier transmette la noblesse à ses enfans, il faut qu'il décede revêtu de l'office ou qu'il l'ait exercé pendant 20 ans, & qu'au bout de ce tems il ait obtenu des lettres de vétérance.

Il y a même certains offices dont il faut que le pere & le fils ayent été revêtus successivement pour que leurs descendans jouissent de la noblesse.

Les offices qui donnent la noblesse sont les grands offices de la couronne, ceux de secrétaire d'état & de conseiller d'état, ceux des magistrats des cours souveraines, des trésoriers de France, des secrétaires du roi, & plusieurs autres, tant de la maison du roi que de judicature & des finances.
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SEIGNEUR, (Gram. & Jurispr.) signifie en général celui qui a quelque puissance ou supériorité politique sur d'autres personnes.

Ce terme de seigneur vient du latin senior, parce qu'anciennement chez presque toutes les nations, les vieillards étoient ceux qui gouvernoient les autres.

C'est ainsi que chez les Hébreux & les Juifs senes populi ac magnates ou judices, étoient synonymes, & signifioient les magistrats & juges qui gouvernoient le peuple.

De même, chez les Romains le sénat fut ainsi appellé à senio.

C'est de--là que le titre de seigneurs est demeuré aux princes, aux prélats & aux autres grands de l'état, grands du royaume, aux officiers des cours souveraines & autres personnes, qui ne tirent ce titre que de leur office ou fonction.

On entend aussi par le terme de seigneur celui qui tient en fief la justice d'un lieu, ou qui possede quelqu'éritage, soit en fief ou en franc--aleu.

Les seigneurs sont de plusieurs sortes; les grands & les moindres.

Les grands seigneurs étoient anciennement appellés leudes & fideles regni, les féaux, vavassores, vassalli dominici.

Présentement les grands seigneurs sont les princes souverains ou ceux qui ont le titre de prince, sans néanmoins être souverains, les ducs, les comtes, les marquis, les barons.

Les moindres seigneurs sont tous les autres seigneurs, soit titrés, tels que les vicomtes, vidames, châtelains, ou non titrés, comme les simples seigneurs justiciers ou de fief. [retour]

Gardes-françoises; c'est un régiment d'infanterie créé par Charles IX. en 1563, composé de trente--trois compagnies divisées en six bataillons. Tout le corps est commandé par un colonel; chaque compagnie par un capitaine, qui a sous lui un lieutenant, un sous--lieutenant, un enseigne, & quatre sergens, à l'exception de la colonelle, où l'on compte trois lieutenans, autant de sous--lieutenans, deux enseignes, six sergens: chaque bataillon a outre cela son commandant, son major, & ses aides--majors.
Les gardes--françoises tiennent toûjours la droite sur les gardes--suisses; & leurs officiers portent le hausse--col * Cette derniere distinction ne leur est accordée que depuis quelques années.  doré; au lieu que ceux des gardes--suisses le portent d'argent. Ils ont aussi leur juge particulier, qu'on nomme le prevôt des bandes. Leur uniforme est bleu, paremens rouges, avec des agrémens blancs, leurs drapeaux bleus traversés d'une croix blanche & parsemés de fleurs--de--lis d'or.
Plusieurs compagnies montent la garde chez le roi, & sont relevées par autant d'autres au bout de quatre jours. Ils gardent les bâtimens extérieurs du louvre, les cours & avant cours, où ils se rangent en haie, lorsque le roi ou la reine doivent sortir; ils restent dehors jusqu'à la rentrée du roi ou de la reine; les tambours battent au champ pendant leur passage. Ils appellent pour les enfans de France, & ils rendent le même honneur à leur colonel. On les employe aussi à différentes gardes dans Paris, où ils sont logés dans les fauxbourgs, & ont divers corp--de--garde; & lorsque le roi n'est pas à Versailles, ils fournissent toûjours un certain nombre d'hommes pour la garde de la reine & des enfans de France.[retour]

 

* Texte intégral et de l'époque (1751-1772)

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