E-book Documents pour les enseignants Lexique Henri Doumenc

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Auteur

André VUIDEPOT, professeur des écoles, chargé de mission Art et Culture auprès de l'atelier Canopé de l'Ariège.

Merci à madame Christine Rouaix, attachée de conservation du patrimoine au Service des Archives Départementales de l'Ariège, qui m'a guidé dans mes recherches.



Scène de moisson
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Présentation


GabrielSa famille et ses amis l'ont toujours appelé Henri. Henri Doumenc est un paysan ariégeois, né en 1892 à Mercenac, commune située à 10 km de Saint-Girons, dans le Couserans, en Ariège.

En 1913, à l'âge de 21 ans, il commence son service militaire qui se poursuivra avec la guerre.

Démobilisé en 1919, il aura passé 6 ans sous les drapeaux.

Cette correspondance, réunissant des cartes postales échangées pendant sa conscription et remise par sa fille Hélène au Service des Archives Départementales de l'Ariège, nous permet de faire connaissance avec cet homme simple et discret.

Ce livre vous invite à suivre Henri dans ce qui fut pour lui, pour ces jeunes paysans et pour toute une génération, un véritable traumatisme et qui transforma durablement la société paysanne et la société française de ce début de 20e siècle.

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Carte n° 1


Fort de la Drète 26 août 1915

Chers parents.
Toujours en bonne santé et vous en souhaite de même. Je vous envoie ma photographie avec toutes les différentes mitrailleuses. Je vous embrasse du fond du cœur. Votre fils qui vous aime.

Doumenc Henri.

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Carte n° 4


Siadous le 6 octobre

Cher fils
n'ayant du papier je mets deux mots sur cette carte que je trouve sous les mains pour te dire que notre santé va toujours bien et nous désirons que tu en sois de même. JosephJoseph est le frère d'Henri. Il est lui aussi mobilisé. nous dit que vous avez passé quelques dimanches ensemble. Ça nous fait bien plaisir. Au pays toujours la même chose, nous allons ramasser les raisins mais nous aurons vite fait, l'année n'est pas trop fameuse. Le temps est très beau et beaucoup de chaleur. Ces jours-ci il tombe un peu de pluie, et bientôt il va falloir semer le blé. Tout le reste est fait. Que te dirais-je de plus ? Rien de nouveau pour le moment.
Je passe deux mots à ton frère en même temps. Ta mère t'envoie une grosse embrassade. Adieu.

Doumenc

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Carte n° 27

Siadous mardi 30 novembre

Cher Henri
Hier j'ai reçu ta carte avec plaisir de te voir en bonne santé. Je croyais que tu nous oubliais en ne voyant depuis quelques jours rien de toi. Je te remercie donc beaucoup de penser à nous en retour je pense très souvent à toi et ainsi que VictoriaFille de Maria Darbon, celle qui écrit la carte. nous ne t'oublions pas dans nos courtes prières que Dieu te protège ainsi qu'à JosephJoseph est le frère d’Henri.. Tu me feras le plaisir de me donner son adresse quand tu m'écriras de nouveau. Au pays rien de nouveau. Tu dois savoir qu'on est sans nouvelles depuis le 25 septembre de Baptiste BergèsJean Baptiste Bergès, né le 16 novembre 1881, mort pour la France en 1915.. Il paraît qu'on ne le reverra plus. PaulPaul est le père de Victoria, et donc le mari de Maria. est toujours au même endroit. Où ? Je ne peux pas te le dire, aux environs d'Arras, à 50 km du front. Il transporte du bois d'une forêt à une gare pour expédier au front. Il n'est pas trop malheureux nous dit-il. Mille caresses de Victoria à son petit ami qu'elle n'oublie pas et de sa maman reçois un baiser. M.D.Maria Darbon
Mon père et ma mère t'envoient le bonjour. Notre santé va assez bien nous t'en souhaitons de même.

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Carte n° 37


Cher ami
Après une courte permissionAbsence autorisée, d'une durée limitée, accordée à un militaire, pendant laquelle il va rendre visite à sa famille (voir les cartes 42 et 64). de 7 jours, je suis de nouveau rentré à l'hôpital à Nice pour le soin de mes oreilles. Bien le bonjour à tous les copains de la section ton ami qui te serre une bonne poignée de main.

Tournemire Jean
Hôtel de l'Hermitage 3 étage, 47
Nice Alpes Maritimes.

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Carte n° 39


Bien chers parents

C'est avec grand plaisir que je vous envoie ma binetteVisage (emploi familier). ainsi que celle de toute la sectionSubdivision d'une compagnie d'infanterie.. Vous me direz si vous me reconnaissez. Vous voyez que je porte bienOn peut donner deux sens : être en bonne santé ou être à son avantage (avoir belle allure).. Celui qui est à côté de moi, à ma droite, il est de SeixCommune du département de l'Ariège, à 18 km de Saint-Girons. Les soldats qui venaient de toute la France étaient contents de rencontrer « un gars du pays ». À l'occasion d'une permission, celui-ci pouvait aller donner des nouvelles aux parents. En effet, le courrier mettait un certain temps à arriver, surtout quand le soldat était au front sous la mitraille.. Nous sommes en tenue d’exercice, habillés en treillisTenue militaire de combat. et derrière les féseauxTerme employé dans l'argot des Poilus. Les fusils sont posés par groupes de quatre, en triangle, adossés ensemble par leurs canons. « Mettre les fusils en faisceaux ».. Je peux vous dire que je suis toujours en bonne santé et désire que vous en soyez de même. Maintenant nous sommes passés piarrots, car il arrive chaque jour des bleusJeune recrue.. Vous me direz où va Aubin car maintenant il doit savoir où il va. Je termine en vous embrassant tendrement.

Votre fils qui pense à vous Henri.

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Carte n° 42


SentarailleSentaraille est un village voisin de Mercenac, à une distance de 3 km. ce 20 mars 1916

Cher copain
C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai reçu ton aimable carte surtout en apprenant que ta santé est satisfaisante. Le jour de la foire j'ai vu tes parents ainsi que ton frère. Tous m'ont l'air d'être en excellente santé. Doumenc de Sentaraille est arrivé le 15 courant tu peux croire qu'il est salement touché. Mais que veux-tu il est tout de même content. Il me demande ton adresse que je lui ai donnée. Je pense qu'il t'écrira. Je désire que la présente te trouve en parfaite santé tant qu'elle me quitte.

Au revoir au plaisir de te voir bientôt. Bonne santé, chance et bon courage.
Un copain qui te la serre de très loin. Amitiés Dupuy

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Carte n° 57

15 mai 1917.

Mon cher ami.
N'ayant de grandes nouvelles à t'apprendre je t'envoie cette simple carte. Je vais toujours très bien ; toujours beau temps. Au pays je ne sais rien de nouveau. Ils ont beau temps aussi depuis quelques jours. Ce n'est pas trop tôt qu'ils puissent faire quelque chose. Il manque assez de bras pour que les travaux soient en retard. J'ai reçu ta lettre du 9 qui m'a fait grand plaisir. Te sachant toujours en bonne santé. Tant mieux que tu n'aies pas été encore en ligne. Malheureusement tu iras que trop tôt. Oui, tous les espoirs vont bien, comme tu dis. J'ai eu moi aussi de leurs nouvelles ces jours-ci, sauf de Patrice et MarcelIl s'agit de Marcel Morère, qui habite également à Siadous, qui écrit la carte n°64, et dont Henri épousera la sœur, Rosa, après la guerre (voir l'extrait de naissance). auxquels je n'écris pas. Donne-leur le bonjour quand tu leur écriras.

Je vais très bien et j'espère que ma carte te trouve de même. Ton ami qui ne t'oublie pas et te serre la main. PaulPaul Darbon, dont l'épouse Maria écrit elle aussi à Henri : voir la carte n° 27.

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Carte n° 58


BrignolesBrignoles est située à 48 km de Toulon. C'est-à-dire bien loin du front. Voir carte n°1., 31/05/17

Je pars aujourd'hui faire un stage de mitrailleur me voilà tranquille pour deux mois.
Cordial souvenir
Ton ami J Bonnet

Centre préparatoire de mitrailleurs
Brignoles

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Carte n° 64

Issoudun, 21 juin 1917
Bien cher ami,
C'est aujourd'hui que j'ai eu le plaisir de lire de tes bonnes nouvelles. Pour moi je suis en bonne santé et t'en désire de même. Enfin je vois que tu as l'espoir de faire un petit tour au pays. Quant à moi je n'ai pas l'espoir d'y aller encore. Hier j'ai été à la radio et on m'a trouvé encore des éclats, un au talon de la jambe droite et un autre à la jambe gauche. Sans doute il faudra qu'on m'opère mais la demoiselle m'a dit qu'il fallait guérir des plaies avant et après on m'enverrait à Châteauroux pour faire le truc mais cela ne me dérange pas : tout cela prolonge le retour au front où il ne me presse pas d'y revenir. Et surtout que maintenant je peux commencer à marcher. Je trouve le temps moins long. Enfin je vais te quitter en te souhaitant une bonne permeDiminutif de permission. Absence autorisée, d'une durée limitée, accordée à un militaire, pendant laquelle il va rendre visite à sa famille (voir les cartes 37 et 42).. Mais tu y vas à la mauvaise saison. Ici il tombe de la flotte depuis hier mais nous sommes à l'abri. Ton ami qui te serre la main.
Marcel

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Carte n° 102


JülichÀ cette date, Henri se trouve en Allemagne à Jülich, ville frontalière très proche de la Belgique et de la France., 10 mai 1919

Chers parents
Je peux vous annoncer pour l'instant que mon bon état de santé et vous en souhaite de même. Quant à la classeDans ce cas, il s'agit de l'emploi familier du mot « classe » signifiant la libération, la fin du service militaire. La fin du service militaire n'approche pas très vite., elle ne s'amène pas trop vite. On ne sait encore rien. On croyait partir au mois de mai, et nous y sommes ; et il n'y a encore rien. Ça sera bien beau si on part le mois de juin. En tous cas je crois que vous ne pourrez pas compter sur moi pour couper les foins. Je vous embrasse du fond du cœur.

Henri

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Carte n° 106


Saeffeln 15 août 1919

Chers parents
Deux mots pour vous dire que je suis toujours dans le plus grand état de santé et vous en souhaite de même. Ici nous avons un temps des plus beaux. Il fait très chaud. Je n'ai encore rien reçu de vous. Rien de nouveau à vous annoncer ; la classeDans ce cas, il s'agit de l'emploi familier du mot « classe » signifiant la libération, la fin du service militaire. approche et sous peu on se reverra.
Au 8 demain matin.
Vous embrasse.

Henri.

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Carte n° 32
Broderie mécanique d'un Canon 75




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© Canopé-CRDP Académie de Toulouse, décembre 2014