Raconter la guerre

Les combattants éprouvent rapidement le besoin d’organiser leurs souvenirs de cette guerre. Les supports utilisés pour ce travail d’archivage sont nombreux et variés.

Écrire, tenir un carnet de guerre

Beaucoup de soldats tiennent un carnet de guerre, écrit au jour le jour. Cette pratique est interdite par l’Armée, car les ennemis pourraient trouver des renseignements dans des carnets trouvés sur des cadavres. Pourtant, les soldats notent malgré tout leurs impressions.

On croit la guerre courte ; aussi, beaucoup de carnets s’essoufflent à partir de la guerre des tranchées. Pourtant, ils constituent un matériau historique précieux.

On note plusieurs types d’écriture : encre marron, crayon gris, encre violette, retour au crayon. Sur deux pages seulement, on passe du 28 mars au 3 octobre 1917.

Lexique :
Decauville : train à voie étroite pour acheminer du ravitaillement militaire.
D.D. : Dépôt Divisionnaire, centre de formation continue où une compagnie sur quatre est retirée du front pour suivre périodiquement des stages de mitrailleurs, de grenadiers, etc…
Prêt: solde, argent touché par le soldat.
En subs (En subsistance) : les soldats mangent dans leur compagnie, mais les troupes spéciales, musiciens, ouvriers, sont rattachées à des unités pour calculer le nombre de rations supplémentaires.

Publier

En 1916, en pleine guerre, un soldat écrit dans L’Almanach de Gascogne un poème. Il choisit pour son expression le Gascon, la première langue entendue dans la bouche maternelle.

Dès 1919, chaque régiment tient à écrire son épopée dans un Historique Officiel. Souvent, le texte prend des libertés avec la vérité historique. Le nom des tués figure en fin de brochure.

Dessiner

Lettre du peintre Vital-Lacaze à son ami le docteur Morisse, parti à la guerre. Les deux hommes sont de Tournecoupe (Gers).


Les civils ne sont pas les seuls à dessiner. Ce soldat, Pierre Cadot originaire de Lectoure, « n’écrit » que par ce moyen.
La carte n’est pas tamponnée, elle a dû être remise en mains propres, par un camarade parti en permission.

En 1914, un artilleur d’Agen illustre un concert que doit donner la musique de son unité.

Toujours de l’artilleur d’Agen, corvée de balayage en tenue de travail.

Une des nombreuses caricatures réalisées par un artiste du 88e R.I. de Mirande. Ici, le sergent Touya, vaguemestre chef du 288e R.I., pendant l’hiver 1915-1916.

Caricature de Texier, chef cuisinier du mess des sous-officiers du 88e R.I..

Maurice Corominas fut, après la Seconde Guerre mondiale, président de l’Amicale des 88e et 288e R.I.. On lui doit la réactivation de cette association alors en sommeil. Le fonds qu’il a légué aux Archives Départementales du Gers comprend des photos et dessins, un dossier sur les conditions d’édification du Mémorial de Roclincourt. Le chemin creux de Roclincourt conduisant aux premières lignes vu par J. Lacoste, soldat au 88e R.I., le 7 décembre 1915.

Dans son commentaire pour le journal La Flamme, organe de l’Amicale des descendants des 88e et 288e R.I., Lacoste écrit : « nous l’avons passé quelquefois, avec de la boue jusqu’au ventre, et combien des nôtres ne l’ont pas repassé ! ».

Photographier

Vers la fin des années 1880, la photographie reste chère et compliquée. En 1888 George Eastman lance le Kodak, un appareil photo portatif très maniable et doté d'une pellicule. C’est le début de la photographie d’amateur.
Quand un client avait pris ses photos, il retournait l'appareil entier à l'usine. La pellicule y était traitée, et l'appareil rechargé, puis réexpédié avec des photos développées, le tout à un prix relativement bas.
Le slogan « Appuyez sur le bouton, nous ferons le reste » n'avait rien d'exagéré.

Le soldat surveille le no man’s land. Le fusil Lebel est positionné dans une ouverture pratiquée dans les sacs de sable destinés à arrêter les balles. Il est juché sur un talus terreux, la banquette de tir.

Les soldats n’ont pas le droit d’employer d’appareil photo, mais certains prennent des clichés en cachette. Ici, un Français saisit le passage de prisonniers allemands. Il note au verso : « Convoi de prisonniers boches faits sur la rive droite de la Meuse à Verdun le 20 août 1917. Vue prise sur la route du côté de Regrets. »

Des clichés sur le vif. Prisonniers allemands et mitrailleuse contre avions.

Photo anonyme prise au printemps 1918 par un soldat.

Au printemps 1915, les soldats introduisent un lance-bombes, le Crapouillot. Le projectile à ailettes permet des tirs très courbes pour atteindre la tranchée d’en face.

Créer des objets, l’artisanat des tranchées

Les combattants récupèrent sur le champ de bataille des restes d’obus : cuivre, laiton, acier. Ces matériaux sont travaillés par poinçonnage, martelage, cintrage, pour former des objets artisanaux.


Ici des briquets.

On s’est interrogé sur le sens de cette pratique très répandue. Occuper l’ennui semble une réponse fausse. Les soldats sont en effet fort occupés par les corvées. L’artisanat des tranchées vise plutôt à réhumaniser le combattant par un travail manuel recherchant le « Beau ». De plus, transformer des objets de mort en objets du quotidien permet de mettre à distance la peur de mourir.

Des coupe-papiers confectionnés surtout à partir de ceintures d’obus en cuivre.


Un cendrier en laiton confectionné à partir d’une douille d’obus.

Dans un abri de première ligne à Pontavert, deux soldats se livrent à des travaux d’artisanat. Beaucoup d’objets étaient fabriqués non dans les tranchées, mais dans l’arrière-front où se trouvaient les forges des artilleurs.