Le samedi 1er août 1914, à 16h30, le docteur Samalens, maire d’Auch, reçoit le télégramme par lequel l’ordre de mobilisation générale est lancé, le premier jour étant fixé au 2 août.


Témoignage

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Un instituteur de Vic-Fezensac, Zacharie BAQUÉ (1880-1950), commence dès le 1er août à écrire à sa famille. Sa correspondance a été publiée en 2003.

1er août 1914

« À la mairie de Vic, où j’étais secrétaire, je passais mon temps à téléphoner pour devancer de quelques heures le moment où les journaux annonçaient un fait accompli. À la fin de juillet, il n’y avait presque plus d’espérances de voir les conflits se résoudre pacifiquement. Le samedi 1er août se passa dans l’angoisse. Toute la population de Vic était sur la place de Vic attendant du télégraphe l’effrayante nouvelle que personne ne croyait plus devoir éluder.

À trois heures du soir, on voit la femme du receveur des postes sortir les yeux rouges de larmes. On ne doute plus… Et quelques minutes plus tard le maire recevait la dépêche fatidique apprenant la déclaration de guerre… Voir ! La mobilisation générale… Mais pour chacun, c’est la même chose ; le distinguo n’embarrasse pas : c’est la guerre. Le tocsin lugubre annonce l’évènement.

Et tandis que je rentre aux Ormeaux (où sont ma femme, ma mère, ma fille, ma grand-mère et ma tante), je rencontre une femme, voulant encore douter, qui me demande :
— Où est le feu ?
— À la frontière ! lui répondis-je. »

Un homme à trois moments clés de sa vie.

3 août 1914

« Je dois rejoindre à Mirande le dépôt du 88e infanterie, le troisième jour de la mobilisation.
À sept heures, le lundi matin, je quitte la maison. Adieux angoissés…. Jarrade de Courdeau me porte à la gare de Jégun. Le train de Castéra me débarque à Auch. Celui d’Agen amène une rame interminable de wagons où s’entassent surtout des Bordelais. […]Mirande. Partout une cohue indescriptible. »

4 août 1914

« Mes biens chères,

Ne vous alarmez pas encore. Je suis affecté à une compagnie de dépôt qui doit, normalement, instruire et encadrer une classe plus jeune qui va être appelée sous les drapeaux. […] Une vingtaine d’instituteurs sont avec moi : Sanjou, Grézide, Dubavy, Moussaron, Méau, Lacassin, etc.
On habille fébrilement les classes 1908-1910. Toutes les femmes de Mirande, les unes à la caserne, les autres devant leurs portes, font des essayages ou cousent des boutons.

Dans les rues, une vraie foire. À la caserne, un cirque. On attelle à quatre, conducteurs montés, des chevaux achetés d’hier. Ils ruent et sa cabrent ; on pousse aux roues et on rit des chutes. On charrie des camions de képis et de tuniques, tout est neuf, peut-être manque-t-il quelques boutons de guêtre… Demain, à midi, le régiment actif partira. Alors peut-être s’occupera-t-on de nous ?
[…] Chacun a bien, au coin de l’œil, comme vous ou moi, une grosse larme prête à jaillir et qu’on refoule par un gros effort de volonté. Toutefois on réussit à se ressaisir, à être très calme. On commente les rares nouvelles des journaux qui tous parlent de la sympathie et de l’entraide que l’Europe nous réserve. C’est un réconfort. L’horizon paraît moins noir, l’issue de la lutte non douteuse, la campagne de courte durée. Aujourd’hui, pour la première fois depuis huit jours, j’ai mangé. Ça a passé tout seul. N’ayez point de crainte encore, je pense à vous, ne pensez à moi que pour me chérir. »

6 août 1914

« Nous seuls, gradés des compagnies de dépôt, sommes encore en civil. Tous les mobilisés, jusqu’aux territoriaux, sont habillés de neuf de pied en cap. Il n’a manqué que des jambières.

Toujours débarquent ici des trains de réservistes. Vous ne pouvez vous imaginer comme les nouveaux venus sont excités. La plupart des groupes allant de la gare à la caserne portent des pancartes carnavalesques. Mardi soir (5 août), il y eut dans les rues une retraite nouveau genre formée par cinq mille hommes peut-être, qui mêlaient leurs voix fausses pour chanter La Marseillaise ou hurler “À Berlin !” sur l’air des lampions.

Hier, mercredi, le 88e actif, doublé des classes 1908-1909-1910, est parti à pied pour Auch. Speech du maire et du sous-préfet sur le pont de la Baïse.

Le moral de tous ? Il n’y a pas de moral, on ne pense à rien. C’est la vie de caserne, le même milieu, la même ambiance ; on pense à manger, à “se débrouiller” sur les meilleurs effets, etc. D’ailleurs, avec notre confiance sereine, le honnissement général de l’Allemagne, les alliances qui pleuvent de partout, le succès n’est pas douteux. »

Finalement, Baqué ne part que le 3 septembre, affecté au 288e R.I. dans la Meuse.