[1] Caliban , Revue de littérature comparée, n°VIII, Université de Toulouse Le Mirail,1990
[2] op.cit.
[3] Caliban , Revue de littérature comparée, n°VIII, Université de Toulouse Le Mirail,1990
[4] op.cit.
Une première remarque : la réunion du substantif à l’adjectif qui le qualifie a de quoi surprendre dans la mesure où l’expression semble désigner un genre hybride.
En effet, si le roman est soumis à la règle de la fiction et échappe de ce fait à l’alternative « vrai vs faux », le discours historique a lui des prétentions scientifiques ; le travail de tout historien consiste à réduire, autant que faire se peut, le champ qui sépare l’imaginaire du réel. Pour cela l’historien appuie ses analyses sur des documents authentiques, des archives, des faits attestés... Il tend vers le vrai et le discours historique n’échappe donc pas à l’alternative « vrai vs faux » : c’est un discours réfutable.
Pour résumer, cette citation de Pierre MORERE :
« La notion même de roman historique semble une aporie. Alors que l’histoire prétend tenir un discours vrai sur le passé, le roman crée un univers fictif. » [1]
La notion même de roman historique est donc ambiguë et le genre difficile à définir puisque s’y trouvent juxtaposées deux disciplines qui n’ont pas la même intentionnalité, ce qui fait dire à Yves LE PELLEC :
« Le Roman historique relève, par son appellation et sa nature de l’oxymoron(...)sans doute parce que, conjoignant les contraires, elle est emblématique de la nécessité actuelle de repenser les polarités et les incompatibilités que nous inculqua la tradition. » [2]
Face à la complexité de la contradiction et pour mieux définir ce genre, nous sommes conduits à formuler une seconde remarque : priorité est donnée, dans l’ordre même de l’expression, au terme « roman ». le substantif est chef de file, ce qui nous incite à penser que, dans un roman historique, le récit prime le discours historique, l’histoire n’étant que le référent obligé.
Le lecteur est toujours confronté à un récit, il lit une histoire racontée et le roman historique relate une action prétendument passée avec plus ou moins de véracité.
Cela pose immédiatement un autre problème : peut-on mettre sur le même plan des œuvres comme Quo Vadis ?, La Princesse de Clèves, Cinq-Mars, Les Chemins de la Liberté, Le Nom de la rose ou les Mémoires d’Hadrien ? Tous ces romans sont-ils des « romans historiques » ?
Source : Atelier Canopé du Gers