[1] )Lanson Gustave, Histoire de la littérature française, Hachette & Cie, 1896
[2] La Fayette Madame de, La Princesse de Clèves
[3] Lanson Gustave, Histoire de la littérature française, Hachette & Cie, 1896
[4] Histoire de la littérature française, Pierre BRUNEL dir., Bordas, 1972
[5] Tadié Jean-Yves, Introduction à la vie littéraire au XIX siècle, Bordas , 1984
Comme dans le drame, l’action est découpée en tableaux qui se déroulent dans un décor, en général très marqué symboliquement : dans Ivanhoé, la forêt, avec tout ce qu’elle comporte d’archaïque et de secret, est le lieu des Saxons, tandis que le château de Front de Bœuf et la Commanderie du Temple sont les lieux symboles de puissance qu’Ivanhoé et Richard réussiront à abattre (dans un autre registre, la ville de Rouen dans Madame Bovary devient l’équivalent de Babylone, ville du vice et de la luxure :... « la vieille cité normande s’étalait à ses yeux comme une capitale démesurée, comme une Babylone où elle entrait ».
Le besoin d’exotisme est également très présent, le goût de l’orientalisme caractéristique du XIXème s’y manifeste. Ainsi, dans Talisman de Walter SCOTT, à propos de la description des lieux peut-on lire ceci :
« Le soleil brûlant de la Syrie n’avait pas encore atteint son plus haut point sur l’horizon : un chevalier qui avait quitté son lointain pays du nord pour joindre l’armée des croisés en Palestine, traversait lentement les déserts sablonneux situés dans le voisinage de la Mer Morte, ou du lac Asphaltite, mer intérieure dans laquelle vont s’épanouir les eaux du Jourdain, et qui elle-même n’a pas d’issue.
Le pèlerin guerrier avait péniblement franchi, pendant la première partie du jour, des précipices et des roches ; sortant ensuite de ces défilés, il entra dans cette vaste plaine où les villes maudites appelèrent jadis sur elles la vengeance du Tout-Puissant.
La fatigue, la soif, les dangers de la route, tout fut oublié lorsque le voyageur se rappela l’épouvantable catastrophe qui avait converti en un triste et aride désert la belle et fertile vallée de la Sodome, autrefois arrosée par des eaux fécondes, et semblable aux jardins du Seigneur, maintenant lande inculte et brûlée, condamnée à une stérilité éternelle »...
Autre œuvre majeure révélatrice de ce besoin d’évasion dans le temps et dans l’espace, Notre Dame de Paris de Victor HUGO qui nous donne à voir le Paris du XVe siècle. Voici ce qu’en dit Gustave LANSON :
« Cette composition est caractéristique du goût très romantique (...) l’histoire est mince et quelconque, très factice en même temps dans sa contexture : une bohémienne aime un beau capitaine, est aimée d’un prêtre sombre et d’un grotesque difforme. Ce sont les épisodes et les tableaux qui font l’intérêt du livre : il faut y voir comme une suite d’estampes, où sont rendues, avec de saisissantes oppositions de noir et de blanc, des scènes tour à tour amusantes, fantastiques ou terribles. Les individus sont peu vivants, d’essence banale...mais ces silhouettes sont souvent d’une précision pittoresque... Plus vivantes sont les foules...le grouillement des gueux et des truands : plus vivante est la ville même, le Paris du XVe siècle, noir, infect, fourmillant, curieusement ressuscité dans sa topographie compliquée et dans sa physionomie bizarre...Notre Dame de Paris est le seul individu qui ait vraiment une âme dans le roman : ce monstre terrible et séduisant est le vrai héros de l’œuvre...En somme, psychologie nulle, drame insignifiant, tableau curieux, art original et puissant, vision presque hallucinatoire du vieux Paris et de son immense cathédrale... » [1]
[1] )Lanson Gustave, Histoire de la littérature française, Hachette & Cie, 1896
Source : Atelier Canopé du Gers