Les Robinsonnades obéissent en principe aux lois classiques du récit et donc au schéma narratif quinaire :
Situation initiale : le départ
Complication : le naufrage
Action : la lutte pour la survie dans l’île
Résolution : la délivrance
Situation finale : le retour au sein de la famille ou du pays originel
Dans les diverses adaptations le déroulement de « l’histoire » est transparent, le caractère « réaliste » permanent. Le respect de ce schéma est quasi constant aussi est-ce plutôt dans les « écarts », dans les modifications du cadre spatio-temporel, dans les changements ou dans l’évolution des personnages par exemple que l’on pourra chercher l’intérêt de certaines robinsonnades issues du roman originel.
La situation initiale est le plus souvent évoquée rapidement.
C’est le cas pour le Robinson suisse de J. D. WYSS :
« Wyss a cru devoir se dispenser d’entrer dans des détails d’avant-scène ; l’action commence au moment même du naufrage, et , semblable à un auteur dramatique, il ne nous fait connaître les acteurs que par leur langage et leurs actions » (Citation de MULLER Frédéric, traducteur, à propos du Robinson suisse de WYSS J. D., 1882)
C’est encore le cas chez Michel Tournier dans Vendredi ou la vie sauvage.
Chez DEFOE, en revanche, Robinson quitte sa famille « sans demander la bénédiction de Dieu ou (de) son père » ... « préoccupé du désir irrésistible de courir le monde ». Il y a là assimilation au péché originel...L’idée du péché originel est présente dans de nombreuses robinsonnades (Le Robinson suisse, Les Naufragés au Spitzberg par exemple). La lecture psychanalytique que fait Marthe ROBERT de Robinson, apparentant ce dernier, -en opposition à Don Quichotte-, au prototype du Bâtard, apporte un éclairage intéressant sur l’analyse qui peut être élaborée à partir du Robinson des demoiselles ou, plus proche de nous, à partir des deux ouvrages de Michel TOURNIER (pensons à la défloration de l’île de Speranza, aux souvenirs de la mère, à l’évocation du sentiment d’inceste avec l’île-mère avant que Robinson ne devienne adulte..).
Mais, malgré la parution d’une Vie sexuelle de Robinson Crusoé en trois tomes (M. Gall, 1985), on ne s’étonnera pas du fait que, dans la quasi totalité des adaptations pour enfants, la sexualité de Robinson soit gommée pour renvoyer l’image d’un héros idéal et vertueux.
Le naufrage
« La tempête durait depuis six mortels jours, et, le septième, sa violence, au lieu de diminuer, semblait s’augmenter encore. Elle nous avait jetés vers le S.-O, si loin de notre route, que personne ne savait où nous nous trouvions. Les passagers, les matelots, les officiers étaient sans courage et sans force ; les mâts étaient tombés par-dessus le bord ; le vaisseau désemparé ne manœuvrait plus et les vagues irritées le poussaient çà et là. Les matelots se répandaient en longues prières et offraient au Ciel des vœux ardents ; tout le monde était dans la consternation, et ne s’occupait que des moyens de sauver ses jours.
“Enfants, dis-je à mes quatre fils effrayés et en pleurs, Dieu peut nous empêcher de périr s’il le veut ; autrement, soumettons-nous à sa volonté, car nous nous reverrons dans le ciel, où nous ne serons plus jamais séparés...” » (Wyss, Le Robinson suisse, Mame & Cie, Bibliothèque de la jeunesse chrétienne, Tours, 1854)
Bon nombre d’illustrateurs se sont emparés de ce temps fort qui marque le récit de manière métaphorique en ce qu’il signifie la fin d’un monde et l’avènement d’une autre vie.
Une analyse comparative du rapport texte-image pourra donc être ici étudiée avec profit.
Source : Atelier Canopé du Gers