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L’identification au héros

En 1868,Alphonse DAUDET dans Le petit chose écrit :
…« Seulement, je vais vous dire : Rouget, pour moi, n’était pas Rouget. Il était tour à tour mon fidèle Vendredi, une tribu de sauvages, un équipage révolté, tout ce qu’on voulait. Moi-même, en ce temps là, je ne m’appelais pas Daniel Eyssette : j’étais cet homme singulier, vêtu de peaux de bêtes dont on venait de me donner les aventures, Master Crusoé lui-même. Douce folie ! Le soir, après souper, je relisais mon Robinson, je l’apprenais par cœur ; le jour, je le jouais, je le jouais avec rage, et tout ce qui m’entourait je l’enrôlais dans ma comédie. La fabrique n’était plus la fabrique ; c’était mon île déserte (oh ! bien déserte !) Les bassins jouaient le rôle d’Océan. Le jardin faisait une forêt vierge. Il y avait dans les platanes un tas de cigales qui étaient de la pièce et qui ne le savaient pas… »

La narration autodiégétique, l’emploi du « Je » donne valeur de témoignage au récit et suffit à l’authentifier aux yeux du jeune lecteur.

Robinson Crusoé, comme le souligne Michel de CERTEAU dans l’Invention du quotidien (1980), est le grand roman de l’écriture : Robinson commence par écrire son « livre de raison » et par tenir son journal.

Paul HAZARD, dans l’ouvrage cité précédemment à propos du Robinson de Defoe, insiste quant à lui sur ce que l’on ne nomme pas encore à l’époque « l’effet de réel » mais le caractère « réaliste » du récit :

« Ce qui reste, c’est d’abord cette crédibilité que De Foe a pris tant de peine à établir. Tout ce que dit Robinson a l’air parfaitement vrai, on ne saurait douter de la parole d’un homme si minutieux, si précis. Il rapporte si bien les circonstances, multiplie si abondamment les détails qu’il prête à son histoire imaginaire le bénéfice du réel. Ce n’est pas un héros de roman puisqu’il a le mal de mer, puisqu’il boit, qu’il mange, qu’il dort, qu’il est malade comme nous pouvons l’être, vous et moi…C’est un homme qui sait faire les additions, même dans les circonstances les plus tragiques. Robinson a vu toute une bande de sauvages, de cannibales, débarquer dans son île et s’apprêter à dévorer un prisonnier qu’ils amènent avec eux…

…Cet accent de naïveté scrupuleuse séduit les jeunes lecteurs et leur donne une impression de sécurité. Ils sont hors de doute, ils n’ont plus qu’à se laisser aller à leur plaisir…ils le croient sur parole. A peine distinguent-ils l’auteur du livre lui-même : celui qui a écrit les aventures de Robinson, c’est Robinson… »

Contenu du dossier

Source : Atelier Canopé du Gers

Les « Robinsonnades », un genre littéraire particulier

Atelier Canopé d’Auch

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