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[1LEROUX Gaston, La poupée sanglante, Livre de poche, 1ère partie, Paris, 1976, p. 10

[2LEROUX Gaston, op. cit., p.10

[3LEROUX Gaston, op. cit., 90-91

[4FERRIER Geneviève, Une si jolie poupée, Gallimard jeunesse, Paris, 2001

[5La Dépêche de Toulouse, 06/10/2004

[6Photographie, coll. privée

[7Nous n’en voulons pour preuve que les écrits de la psychanalyste Françoise Dolto se rapportant à l’utilisation de la poupée fleur dans la thérapie de Bernadette

[8Ainsi lave-t-on la poupée, l’habille-t-on comme le fontles petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. Souvenons-nous de l’inventaire impressionnant de la poupée de Camille ! dans Les Petites filles modèles, ch X, « La poupée mouillée »

[9L’exposition consacrée à la poupée au laboratoire d’ethnologie du Musée de l’homme en 1983 avait pour titre « Poupée-jouet, poupée-reflet »

[10SEGUIN K., RAFFIN F. ill., Line et Pierrot, Premier livre de lecture courante, Hachette, 3e éd., Paris, 1926, leçon 14, pp.37-40.

[11Photographie, coll. privée

Les poupées de la peur

Les poupées automates

Nées de la mécanique qui préside à la fabrication des automates dont la marche exécutée avec raideur et dont l’étrange fixité du regard ne laissent d’inquiéter, les poupées automates, à l’image des monstres comme la créature de Frankenstein ou le Golem sont le plus souvent le fruit d’un hybride, une certaine conjonction de la technique et de l’humain ; ces jouets là existent et ces poupées fascinent, inquiètent, provoquant le plus souvent un sentiment de malaise.

Un autre exemple est la Maria de Metropolis de Fritz Lang, seule femme dans un monde (?) d’hommes qui apparaît dans sa version humaine (angélique) et son double, le robot , diabolique création du savant fou Rotwang pour conduire les ouvriers révoltés à leur perte.

Les poupées de l’horreur sont à rechercher du côté du fantastique ou de la science fiction.
- La poupée sanglante de Gaston Leroux en est un exemple parmi d’autres. Liant le fantastique à l’intrigue policière Gaston LEROUX nous fait pénétrer un univers étrange : dans l’île Saint-Louis, un homme très laid mais fort érudit Bénédict Masson, poète et relieur d’art tient boutique face à celle du vieux Norbert, horloger de métier, qui vit en reclus avec sa fille, la belle Christine. L’ambiance hitchkockienne (on pense en particulier au film Fenêtre sur cour !) du roman va s’accentuant au fil de la lecture, le vieux Norbert « faisant figure de personnage un peu diabolique » [1] et Christine comme il se doit étant ainsi décrite :

« Non, non en vérité, il n’y a rien de plus beau au monde ni de plus mystérieux que cette Christine. Rien de plus calme au monde...les flots en furie m’intéressent, mais une mer calme m’épouvante. Les yeux calmes de cette Christine m’effraient et m’attirent. On peut se perdre dans des yeux pareils, c’est l’abîme... » [2] et, un peu plus loin, ... « Ce qu’on ne voit pas, c’est qu’il y a au fond de son calme et fatal regard, au fond de ces yeux là, il y a -je vais vous le dire - l’étonnement immense, prodigieux et qui ne cessera jamais : de vivre...magnifique comme une statue païenne, sage comme une image de missel... »

L’atmosphère fantasmagorique dont est imprégné ce récit est proche de celle d’un film comme Nosferatu : tombeaux ouverts, bibliothèques, portraits au mur... quant aux ruelles sombres et étroites où se noue le drame, elles pourraient tout aussi bien être celles du Londres que fréquentaient Dorian Gray ou encore Jack l’éventreur mais, cette atmosphère est avant tout celle des expérimentations scientifiques qui président à de diaboliques transformations comme dans Frankenstein. Qu’on en juge plutôt :

...« Tout à coup les persiennes s’ouvrirent au rez de chaussée du pavillon. Et, dans une lueur de sang creusée d’ombres, comme une gravure de Goya, surgit devant moi un spectacle que je n’oublierai jamais.
Le grand fourneau aux expériences, sur la droite, semblait brûler un feu d’enfer ; à côté de là, près d’une table où, sur une nappe blanche s’étalaient des débris d’humanité, l’homme trapu se tenait, un tablier aux reins, la poitrine quasi nue, les bras retroussés jusqu’aux coudes, des bras rouges comme s’ils avaient plongé dans les entrailles sanglantes.
Le prosecteur était penché sur le fourneau, faisant rougir des tenailles dont il examinait, de temps en temps, les pinces incandescentes » [3]...

- Histoires de poupées-vampires, histoires fantastiques puisant leurs racines dans la fabrication même de poupées automates, histoires d’épouvante dont les poupées gore, utilisées dans bon nombre de jeux video d’aujourd’hui, nous semblent être les héritières directes et les nouvelles héroïnes ...Reste à savoir si les fillettes d’aujourd’hui peuvent se projeter dans ces poupées là !

Différentes mais tout aussi actuelles, pouvant elles aussi engendrer la terreur pour des raisons strictement inverses aux poupées précédemment citées nées de l’imaginaire de leurs auteurs, est cette catégorie de poupées que nous avons nommé « les poupées du terrorisme » : ancrées dans la réalité du moment, elles peuvent aujourd’hui faire partie du quotidien de l’enfant

Les poupées du terrorisme

C’est un retour vers l’enfance que nous opérons avec ces poupées là. Nous n’en prendrons qu’un exemple.
Dans l’un de ses albums PEF, [4], l’auteur-illustrateur PEF met en scène, de manière saisissante et terrifiante à la fois, l’utilisation qui est faite d’une poupée pendant la guerre sur le thème des mines anti personnel.
Il s’agit là d’un ouvrage émouvant et terrible à la fois car PEF réussit dans cet ouvrage un tour de force : dire l’indicible.
Dans ce livre, dont la concision est, soulignons-le, extrême, l’ auteur et l’illustrateur réussissent à nous faire éclater au visage la violence d’une guerre qui rend aveugle et sourd, d’une guerre qui se moque bien de la crédulité, de la naïveté des enfants et qui en joue.

Ce livre terrible dérange. Il mérite pourtant de figurer dans toutes les BCD de nos écoles la relation texte-image lié à la thématique de la poupée nous semble avoir de force et de sens.

Nous rappellerons à cet égard un fait divers signalé récemment par le quotidien La Dépêche [5], qui relatait la fabrication et la mise en vente dans des boutiques de marchands pakistanais de Paris de « poupées kamikazes » représentant un enfant habillé d’une ceinture d’explosifs... Voici un extrait de cet article daté d’octobre 2004 :

« Le constructeur n’a pas lésiné pour rendre ces poupées attrayantes : elles peuvent danser et chanter sur un socle lumineux. La poupée se déhanche sur une musique moderne en balançant grenades et revolvers...ironie de l’histoire : ce n’est pas cette danse macabre qui est à l’origine de l’interdiction de cette collection de poupées de guerre aux moins de trois ans, mais des considérations de sécurité : le constructeur craint que les trop jeunes enfants s’étouffent en avalant des grenades ou des roquettes miniatures »

Le lecteur appréciera... et nous le laisserons conclure.

Notes

[1LEROUX Gaston, La poupée sanglante, Livre de poche, 1ère partie, Paris, 1976, p. 10

[2LEROUX Gaston, op. cit., p.10

[3LEROUX Gaston, op. cit., 90-91

[4FERRIER Geneviève, Une si jolie poupée, Gallimard jeunesse, Paris, 2001

[5La Dépêche de Toulouse, 06/10/2004

Contenu du dossier

Source : Atelier Canopé du Gers

Drôles de poupées !

Quelle(s) représentation(s) féminine(s) à travers la poupée ?

Atelier Canopé d’Auch

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