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Parcours d’albums pour enfants d’école maternelle (J. Broseta et M. Massas)

L’expérience d’une lecture littéraire

Ces ouvrages vont permettre aux jeunes lecteurs, lectrices (auditeurs, auditrices) de faire « l’expérience d’une véritable lecture littéraire » ; les enfants auront l’occasion d’appréhender « les conditions de la cohésion et de la cohérence d’une suite d’énoncés » (Dominique Maingueneau, Pragmatique pour le discours littéraire). L’illustration participe de cette cohésion et de cette cohérence.

Ces albums, qui peuvent faire l’objet d’un parcours de lecture, offrent des illustrations très différentes d’un ouvrage à l’autre

L’enfant va appréhender de ce fait plusieurs codes de l’image

L’enfant associe l’image et le texte dans la construction d’une histoire et apprend peu à peu à maîtriser l’organisation du schéma narratif

Dans La fille de l’arbre trois doubles pages pour amener le départ de Brindille :

Dans Vite, vite, chère Marie les images, parfois redondantes avec le texte, s’avèrent nécessaires car elles sont autant de documents sur les divers travaux qu’il faut accomplir dans un pays froid avant les rigueurs de l’hiver. Cependant le chignon de Marie qui s’écroule de page en page reste bien le symbole du temps qui passe et de la fatigue de Marie qui s’accumule. L’album a donc ses moyens propres d’expression ; il s’agit de la « connexion fondamentale et indissociable de l’image et du texte » (Jean Fabre).

Grâce à la complémentarité du texte et de l’image l’enfant va identifier les mots qui lui permettront de comprendre les liens entre les actions et la chronologie des événements

Les albums choisis racontent tous des histoires, même Zoé qui est un récit autobiographique.

Borka, par exemple, se déroule sur une année, d’un printemps au printemps suivant.
Les marqueurs temporels accompagnent la naissance puis la croissance des oies et les difficultés de la petite Borka qui ne peut suivre le rythme de vie de sa famille :
« Chaque matin les Plumpster.., Un beau matin de printemps..., C’est à cette période-là que les autres oies apprenaient à voler..., L’été touchait à sa fin et puis un jour il fit vraiment froid et humide... »
Remarquons aussi le temps des verbes : imparfait de l’indicatif («  il bruinait, le temps commençait à s’assombrir »), passé simple pour les moments décisifs (« au jour, il fit... »), futur dans le discours du capitaine (« une oie à bord, elle devra travailler pour se payer le voyage »), futur rassurant ; Borka a désormais un avenir et enfin un présent : « Borka vit toujours là-bas et elle est heureuse. » Sous-entendu elle a triomphé de son handicap et a trouvé sa place dans « la société ».

Ces récits sont, dirons-nous, classiques : un sujet à la recherche de l’assouvissement d’un désir, « des opposants qui contrarient la réalisation du projet » (Vincent Jouve), des héroïnes tirant de leur propre volonté la résolution de leurs difficultés.

Cependant loin d’être simpliste, l’écriture tient compte des compétences linguistiques des jeunes enfants :

« Effet miroir, effet fenêtre... »

Les auteurs tiennent compte de la compétence cognitive des petits.
Lire c’est comprendre et «  comprendre c’est rattacher des unités isolées à des schémas généraux et antérieurs à la lecture, ordonner, situer les unités reconnues à l ’intérieur des schémas » (Vincent Jouve). Ces scripts permettent au lecteur de comprendre une action isolée en l’intégrant à un ensemble cohérent.

Jean Fabre (École des Loisirs) expliquait qu’un album doit produire l’effet miroir (se retrouver, s’identifier) et l’effet fenêtre (conduire vers un ailleurs, vers un monde merveilleux, imaginaire).
Les albums que nous présentons réunissent, nous semble-t-il, ces qualités : les lecteurs s’identifieront volontiers aux héroïnes et vivront des aventures extraordinaires avec elles. L’intertextualité qui s’appuie non sur l’expérience vécue mais sur la connaissance des textes et des images complétera l’approche de cette série d’albums :

Enfin l’humour est présent dans ces albums

L’humour des illustrations (les orchestres de Sophie la musicienne), etcelui du texte :« Tu as bien dormi ? dit Brindille à son papa - comme une souche ! »
Ou encore : Irma et Nestor (se retrouvent) et « tombent dans les plumes l’un de l’autre ». « Ah, ah, rigolait l’ânesse, il nous fait tourner en bourrique ce mouflet ! ». « Vous venez pour la place ? Naavrée maa chèère, je crains que vous ne soyez pas assez chic pour nôtre ôrchestre. » «  Une girafe dans la neige me lance un long regard de miel » (Zoé), ou encore : « Je mange des pommes et des macdos, mais j’ai des rêves de noix de coco ».

Richesse, en conclusion...

Richesse, en conclusion, de ces albums par le thème - valorisation des héroïnes - , les illustrations variées, originales et parfois somptueuses ; qualité des histoires d’où toute mièvrerie est exclue et qui proposent des textes accessibles, remarquables de simplicité et très forts dans les effets produits.

Les albums pour jeunes enfants ? Du grand art.

Contenu du dossier

Source : Canopé académie de Toulouse

Littérature de jeunesse : pour une égalité filles/garçons

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