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Des contes à comparer (Claire Breton et Séverine Helleringer - Association Yennenga)

La jeune fille avisée

La plupart des contes de Grimm présentent une image négative de la femme. S’il est vrai que la majorité des contes s’accorde pour présenter la femme comme une créature jolie et passive, d’autres plus rares soulignent ses qualités intellectuelles.

Nous avons sélectionné quatre versions d’un même conte - dont l’un de Grimm - dans lequel la femme montre son intelligence et égale - ou surpasse peut-être - son mari en sagesse.

Les contes :

L’intelligente fille du paysan. In Contes II. Grimm Jacob et Wilhelm. Flammarion, 1997.

La paysanne qui épousa le Sultan. In Contes juifs tunisiens : les blanchisseuses et le prophète Elie. Koskas Sonia. Syros jeunesse, 1997.

L’Fahma. In Contes berbères : la tourterelle de Youssef. Hay Nathalie, Dumas Philippe ill. École des loisirs, 2001. Neuf.

La jeune fille plus avisée que le tsar. In 365 contes pour tous les âges. Bloch Muriel, Vautier Mireille ill. Gallimard-jeunesse, 1995.

Trame générale des quatre contes :

Une jeune fille sauve son père d’un conflit avec le souverain grâce à son intelligence. Le souverain la défie par une série d’énigmes et/ou d’épreuves qu’elle réussit, puis l’épouse. La jeune souveraine « se mêle des affaires de son mari » par souci de justice, ses actes déplaisent, elle est chassée du palais. Une ruse lui permet de retrouver sa place auprès de son époux.

Des constantes...

- Les titres : le titre des contes permet d’identifier la femme comme le personnage central de l’histoire.

- L’espace du conte :
Le père et la fille sont d’origine modeste. Le souverain en revanche vit dans l’opulence. Seule, la jeune fille va d’un milieu à l’autre.

- Les personnages :

- Le déroulement du récit :

...mais aussi des différences :

- Les énigmes  :

- Le contexte culturel :

- Le merveilleux :

Un jeu de dépendances dans les relations entre les personnages :

Un tableau recense les différentes relations duelles dans les quatre contes. On constate en effet que :
- dans le couple père-fille la jeune fille domine nettement : lorsque le père prend des initiatives, elles sont malheureuses. Aussi il obéit à sa fille qui prend le rôle protecteur de la famille ;
- dans le couple père-souverain c’est bien évidemment le souverain qui domine dès qu’il est reconnu comme tel ;
- la relation dans le couple fille-souverain varie selon les versions :

Le dénouement du conte suggère-t-il une égalité acquise entre le mari et la femme ?

- Quelles que soient les différences, l’esprit des quatre contes est le même : la jeune femme essaie de faire admettre à son mari son égalité de jugement mais le mari se révolte contre l’ingérence de celle-ci dans ses affaires.
- Malgré ses qualités de cœur et d’esprit l’héroïne est obligée, pour garder sa place, d’user de subterfuges mettant son époux en position d’infériorité : le tsar, le sultan se retrouvent enfermés dans un coffre, puis couchés dans une misérable maison de paysan.
- Est-ce l’amour, le respect pour sa femme ou l’impuissance devant une situation pitoyable qui fait fléchir le souverain ? Les époux se livrent à une lutte. Le mari est vaincu par l’intelligence de sa femme, mais quel avenir lui réserve-t-il ? Il est difficile de voir une égalité future entre les époux.
- La fin du conte juif tunisien est plus ouverte et laisse à penser que la femme, étant allée jusqu’au bout de ses actes, maintiendra son rôle de conseillère auprès de son mari.

Autres versions du même corpus

Manka-la-très-sage : histoire tchécoslovaque. In Contes en f. Tanaka Béatrice. Éditions Messidor-La farandole, 1985.
Ce livre, dont l’édition est hélas épuisée, présente un couple où, à la fin de l’histoire, le mari accepte, sans conditions, les jugements avisés de sa femme.
Satana renvoyée chez ses parents. In L’Arbre à soleils : légendes du monde entier. Gougaud Henri. Seuil, 1979.
Ce conte de deux pages, intégré à une légende du Caucase, possède la même trame mais sans les énigmes. L’homme répudie la femme parce qu’il a peur de ses pouvoirs de sorcière. Mais elle sait comment récupérer son mari...
La chose qu’elle aimait le plus au monde. In 365 contes pour tous les âges. Bloch Muriel. Gallimard Jeunesse, 1986.
Un conte corse où la jeune femme a bien peur de son coléreux de mari...
Histoire du coffre. In Le grain magique : contes, poèmes, proverbes berbères de Kabylie. Amrouche Taos. La Découverte, 1966.
Un beau conte restitué par Taos Amrouche. La difficulté des énigmes fait du texte une lecture plutôt destinée à de grands enfants et à des adultes.

Remarque

Il pourrait être intéressant d’effectuer en classe un travail sur ce corpus et ses différentes versions. Pour cela nous vous conseillons l’ouvrage Contes et diversité des cultures co-écrit par Nadine Decourt et Michelle Raynaud et édité par le CRDP de Lyon. Il témoigne de travaux réalisés avec des élèves de primaire autour de différents corpus.

Contenu du dossier

Source : Canopé académie de Toulouse

Littérature de jeunesse : pour une égalité filles/garçons

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