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[1LHEUREUX J., La Poupée d’Yvonne, vignette gravée sur bois , EDYCK ill., ch.I, p.5

[2LHEUREUX J., La Poupée d’Yvonne, illustrations de Edyck, Emile Gaillard, Paris, sd., p. 5-6

[3cf GIRARDIN Jules, « La poupée de Za » in Bonnes bêtes et Bonnes gens, Hachette et Cie, cité dans LACLEF et BERGERON, La lecture au Cours élémentaire, lecture 40 , Delalain Frères, Paris, 1910

[4COMTESSE DE SEGUR LANNES Thérèse adapt., LE GUEN Pierre ill., Les Malheurs de Sophie, GP éditions, Presses de la Cité, Paris, 1961, ch.I, pp.9-21

[5Op.cit., dos de couverture

[6COMTESSE DE SEGUR, Op.cit., ChII, p. 19

[7cf NIERES Isabelle « Pour en finir avec les Malheurs de Sophie » in La revue des livres pour enfants , 131-132, pp. 62-73, sept. 1990

[8HUGO Victor, Les Misérables, 2ème partie, livre III, ch.8

[9MIRONNEAU A., Directeur de l’Ecole Normale de Lyon, Choix de lectures, Cours moyen, Librairie Armand Colin, Paris, 1908

[10MIRONNEAU A., Directeur de l’Ecole Normale de Lyon, Choix de lectures, Cours moyen, Librairie Armand Colin, Paris, 1908

[11Cf émission de M6, « Culture pub » 2004 consacré au business du célibat avec un reportage consacré à la poupée Barbie.

[12Voir à ce propos l’exposition consacrée à Barbie au Musée de la poupée à Paris sous le titre « Barbie raconte 5000 ans d’histoire du costume », 27 mars-26 septembre 2004

[13Photographie, coll. privée

[14Nous n’en voulons pour preuve que les écrits de la psychanalyste Françoise Dolto se rapportant à l’utilisation de la poupée fleur dans la thérapie de Bernadette

[15Ainsi lave-t-on la poupée, l’habille-t-on comme le fontles petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. Souvenons-nous de l’inventaire impressionnant de la poupée de Camille ! dans Les Petites filles modèles, ch X, « La poupée mouillée »

[16L’exposition consacrée à la poupée au laboratoire d’ethnologie du Musée de l’homme en 1983 avait pour titre « Poupée-jouet, poupée-reflet »

[17SEGUIN K., RAFFIN F. ill., Line et Pierrot, Premier livre de lecture courante, Hachette, 3e éd., Paris, 1926, leçon 14, pp.37-40.

[18Photographie, coll. privée

Mères et filles

La poupée d’Yvonne


Yvonne_R
 [1])

Les romans édifiants destinés à la jeunesse et écrits dans la première moitié du XIXe siècle regorgent de récits illustrant la relation mère-fille par le biais de poupées ou d’histoires de poupées.

A titre d’exemple, voici un extrait de l’un de ces récits intitulé La poupée d’Yvonne [2]dont le premier chapitre débute ainsi :

« Yvonne a un grand chagrin. Il est arrivé un accident épouvantable à sa poupée favorite, sa fille, Suzanne. La malheureuse a la tête cassée. Yvonne aime Suzanne comme la maman d’Yvonne aime Yvonne. Elle l’a dit bien des fois. Aussi, elle pleure, son petit mouchoir est tout trempé ; ses beaux yeux tout rouges. Pauvre Suzanne, dont la tête est par terre, en mille morceaux ! Pauvre petite maman Yvonne en larmes !... On rappelle à Yvonne qu’elle possède d’autres enfants ; on court dans un magasin, chercher des poupées nouvelles, mais Yvonne ne les regarde pas ; tout cela ce n’est pas la Suzanne bien aimée. Et Yvonne pleure toujours. Elle est inconsolable, la pauvre petite mère qui a perdu sa fille... »

On notera la relation initiale d’équivalence et de symétrie, fortement marquée dans le corps du texte, par cette comparaison : poupée = fille d’Yvonne, Yvonne = fille de sa maman et, d’emblée, une mise en condition du jeune lecteur qui entre de plain pied dans l’histoire sur un plan affectif (emploi du verbe « aimer »). S’en suit un récit on ne peut plus moralisateur : la mère d’Yvonne se transforme en médecin mais, en changeant la tête de la poupée, elle se voit contrainte de changer la couleur de sa chevelure ; de brune, la poupée devient blonde, d’où un regain de tristesse et un redoublement de larmesde la part d’Yvonne... Il s’agit donc pour la mère de convaincre sa fille que ce changement d’apparence ne doit pas la faire moins « aimer » sa poupée Suzanne, la morale de l’histoire consistant à dire qu’un changement d’apparence ne saurait engendrer un désamour de la part de qui aime « vraiment » pour preuve cette question posée dans le livre par le changement d’apparence : « Est ce une raison pour moins aimer les malades ? » question qui ne fait sens que parce qu’ initialement fondée sur la relation d’équivalence d’amour maternel et sur le lien unique qui unit une mère à sa fille. Le premier miroir que renvoie la poupée est donc le visage de la mère.

Cependant, si la poupée peut-être mise au service de la morale dans des livres de lecture courante utilisés à l’école [3], elle peut aussi, sensiblement à la même époque, être mise au service de l’amoralité la plus totale dans des livres destinés eux aussi à la jeunesse ....et ce...pour le plus grand plaisir des enfants ! C’est le cas nous semble-t-il dans le très célèbre premier chapitre des Malheurs de Sophie [4]

La poupée de Sophie


Sophie-1_R
Le traitement de la relation mère-fille par le biais de la poupée est également présent, mais dans un tout autre style, chez la Comtesse de Ségur. Le premier chapitre des Malheurs de Sophie intitulé « La poupée de cire » met en scène Sophie et la poupée que lui a envoyé son père : « ...une caisse de bois blanc était posée sur la chaise ; la bonne l’ouvrit. Sophie aperçut la tête blonde et frisée d’une jolie poupée de cire ; elle poussa un cri de joie et voulut saisir la poupée, qui était encore couverte d’un papier d’emballage...Les joues étaient roses avec de petites fossettes ; les yeux bleus et brillants ; le cou, la poitrine, les bras en cire, charmants et potelés. La toilette était très simple : une robe de percale festonnée, une ceinture bleue, des bas de coton et des brodequins noirs en peau vernie... » Sophie très excitée, malgré les conseils de son cousin Paul, invite Camille et Madeleine pour qu’elles puissent à leur tour admirer cette poupée ; s’en suit une catastrophe contée avec un humour dévastateur par la Comtesse de Ségur Sophie, jouant à la maman, considère sa poupée comme un être vivant ; après avoir voulu lui réchauffer les pieds et l’avoir donc exposée en plein soleil, la poupée perd ses yeux et devient aveugle. Là encore la mère se transforme en chirurgien : « ...Madame de Réan prit la poupée en souriant et la secoua un peu ; on entendit comme quelque chose qui roulait dans la tête.
- Ce sont les yeux qui font le bruit que tu entends ; la cire a fondu autour des yeux, et ils sont tombés. Mais je tâcherai de les ravoir. Déshabillez la poupée, mes enfants, pendant que je préparerai mes instruments »... Avec les enfants, nous assistons à l’opération de la poupée. Grâce à Madame de Réan, chirurgien émérite, la poupée retrouve ses yeux , alors, en une phrase unique et lapidaire le jeune lecteur apprend que : ...« la poupée vécut très longtemps, bien soignée, bien aimée ; mais petit à petit elle perdit ses charmes... ».

Dès lors, sous couvert d’éducation, le lecteur est convié à assister aux diverses mutilations de la poupée. Le parallélisme des paragraphes, la concision extrême du style, le choix successif et progressif des actes de Sophie qui viennent rythmer le texte sont autant d’éléments qui font que le jeune lecteur a le sentiment d’assister en direct et crescendo à chacune des mutilations subies par la poupée-enfant : ...« Un jour Sophie pensa qu’il était bon de laver les poupées, puisqu’on lavait les enfants ; elle prit de l’eau, une éponge, du savon, et se mit à débarbouiller sa poupée ; elle la débarbouilla si bien, qu’elle lui enleva toutes ses couleurs ; les joues et les lèvres devinrent pâles comme si elle était malade, et restèrent toujours sans couleur. Sophie pleura mais la poupée resta pâle.

Un autre jour, Sophie pensa qu’il fallait lui friser les cheveux ; elle lui mit donc des papillotes : elle les passa au fer chaud, pour que les cheveux fussent mieux frisés. Quand elle lui ôta ses papillotes, les cheveux restèrent dedans : le fer était trop chaud, Sophie avait brûlé les cheveux de sa poupée, qui était chauve. Sophie pleura, mais la poupée resta chauve.

Un autre jour encore, Sophie, qui s’occupait beaucoup de l’éducation de sa poupée, voulut lui apprendre à faire des tours de force. Elle la suspendit par les bras à une ficelle ; la poupée, qui ne tenait pas bien, tomba et se cassa un bras. La maman essaya de la raccommoder ; mais, comme il manquait des morceaux, il fallut chauffer beaucoup la cire, et le bras resta plus court que l’autre. Sophie pleura, mais le bras resta plus court.

Une autre fois Sophie songea qu’un bain de pieds serait très utile à sa poupée, puisque les grandes personnes en prenaient. Elle versa de l’eau bouillante dans un petit seau, y plongea les pieds de la poupée et, quand elle la retira, les pieds avaient fondu, et étaient dans le seau. Sophie pleura, mais la poupée resta sans jambes. (inclusion de l’illustration du dos de l’ouvrage Les Malheurs de Sophie COMTESSE DE SEGUR, [5])

Pour le plaisir des jeunes lecteurs, on scandera cette véritable litanie et ces versets consacrés aux malheurs de la poupée. Et c’est un peu comme si aux malheurs de la poupée répondaient en écho les Malheurs de Sophie, titre et sujet même de l’ouvrage. *

La cruauté de la narratrice se fait un peu plus jour encore puisqu’à la perte de la beauté, correspond bientôt la perte de l’amour :

« ...Depuis tous ces malheurs Sophie n’aimait plus sa poupée, qui était devenue affreuse, et dont ses amis se moquaient ; enfin, un dernier jour, Sophie voulut lui apprendre à grimper aux arbres ; elle la fit monter sur une branche, la fit asseoir ; mais la poupée qui ne tenait pas bien tomba : sa tête frappa contre les pierres et se cassa en cent morceaux. Sophie ne pleura pas, mais elle invita ses amies à venir enterrer sa poupée. »

L’enterrement final sera l’enterrement de ce qui n’est plus, au bout du compte, qu’une poupée-tronc décervelée par Sophie, sa pseudo maman.

Avec l’art de l’enchaînement qui la caractérise, La Comtesse de SEGUR entame ainsi le chapitre deux des Malheurs de Sophie : « Camille et Madeleine arrivèrent un matin pour l’enterrement de la poupée : elles étaient enchantées ; Sophie et Paul n’étaient pas moins heureux d’assister à cet événement »...

Le contraste entre une joie manifeste et manifestée lors d’une cérémonie mortuaire où, en principe chacun se fige dans la tristesse, peut être là encore source de réflexion. La Comtesse de Ségur montre l’enfant dans toute sa brutalité, l’enfant « pulsionnel » comme se plaisent à le nommer les psychiatres, l’enfant dans toute sa sauvagerie. Nous sommes loin, très loin de la tonalité du premier récit cité, loin de ce point de vue d’éducation moralisatrice fondé sur le parallélisme d’une relation aimante entre la mère et la fille par le biais d’une poupée... Ici, la cérémonie mortuaire, dont le rituel est parfaitement orchestré, peut surprendre les parents du jeune lecteur par son amoralité avouée mais surprend-il réellement l’enfant lecteur ?, on est en droit de se le demander et de le lui demander :

Cependant, même si la cruauté de l’enfant ne fait ici aucun doute, - la nature domine la culture-, une autre interprétation est possible : l’enterrement est en effet contenu dans les prémisses du récit : la défiguration progressive de la poupée la rend de plus en plus étrangère, et son lien avec la fillette devient de plus en plus artificiel. La poupée « fixe » de moins en moins les sentiments parce qu’elle ne correspond plus à l’image originelle de l’enfant . Les destructions successives sont peut-être de moins en moins involontaires pour en finir, pour aboutir à la « mort » d’un objet devenu étranger dont Sophie cherche à se débarrasser. L’enterrement n’est alors qu ’une catharsis.

Ce récit semble extrêmement réaliste, nombreux sont les enfants qui doivent s’y retrouver . Si la poupée s’était simplement usée « naturellement », le sentiment serait tout autre ; ici, il y a une suite d’accidents. Nous pouvons à ce propos nous souvenir de l’histoire de cet enfant tellement attaché à sa peluche, qu’il la traînait partout. Tant et si bien que le jouet n’était plus qu’une loque crasseuse... Sa mère, croyant lui faire plaisir, jeta un jour le jouet et acheta le même tout beau et tout neuf. L’enfant, interloqué, fit alors une crise de larmes et rejeta absolument sa peluche neuve, réclamant à cor et à cri l’ancienne... La moralité (ou l’amoralité) c’est que les enfants sont souvent conservateurs et n’aiment pas le changement brutal...

« Pour terminer la fête, ils (les enfants) coururent au bassin du potager et y remplirent leurs petits arrosoirs...ce fut l’occasion de nouveaux jeux et de nouveaux rires...On n’avait jamais vu un enterrement plus gai. Il est vrai que la morte était une vieille poupée, sans couleur, sans cheveux, sans jambes et sans tête, et que personne ne l’aimait ni ne la regrettait. Camille et Madeleine, en s’en allant, demandèrent à Paul et à Sophie de casser une autre poupée pour pouvoir recommencer un enterrement aussi amusant. »

(inclusion de la vignette de l’enterrement [6],chII, p. 19)

La relation entre la poupée et la petite fille, la relation entre la fille et la mère est sans doute plus complexe qu’il n’y paraît. Sophie est orpheline [7]. Ceci expliquerait-t-il cela ? Seule une fine analyse du texte pourrait permettre un début de réponse... Isabelle NIERES s’y est essayée et voici ce qu’elle nous fait remarquer : ... « Je commence par quelques points qui m’ont frappée à la relecture des Petites filles modèles. La Comtesse de Ségur introduit le personnage de Sophie au début du chapitre 7. Que nous en dit-elle ? Essentiellement qu’elle est orpheline. Sa mère est morte dans un naufrage, son père s’est remarié et il a pris le nom de Fichini... »... On apprend que Sophie a assisté à la mort de sa mère dans le naufrage et « au chapitre 19, la Comtesse annonce le mariage de Mme Fichini avec le comte Blagowski, dont une des conséquences est l’abandon définitif de Sophie ». Isabelle NIERES suggère que l’on mette ces éléments en relation avec, un peu plus loin dans le roman , l’oubli puis l’abandon de la poupée Marguerite. Les enfants, constatant la disparition, partent en quête de la poupée ; ils vont se perdre dans la forêt et, comme le souligne I. NIERES, c’est grâce à un homme, le boucher Hurel, (figure de l’ogre ?) que les enfants perdus seront sauvés ...

Impossible dès lors de ne pas penser à cette autre orpheline de la littérature française qui doit son salut à un homme bien mystérieux. Comment en effet ne pas penser à Cosette, orpheline elle aussi et qui sera sauvée de l’enfer des Thénardier par Jean Valjean ? Toute aussi célèbre que Sophie, Cosette joue elle aussi à la poupée ; mais elle le fait bien sûr d’une toute autre manière et dans un autre registre... A travers ce jeu affleure toute la complexité d’une relation mère-fille inexistante parce que liée à la perte de la mère, à travers ce jeu affleure toute la cruauté de l’absence. Le texte des Misérables [8] nous parle de cette relation là, chacun d’entre nous peut encore s’en souvenir tant il est emblématique de l’intégralité de l’œuvre hugolienne.

La poupée de Cosette

Dans un livre de lecture courante publié en 1908 [9] , cet extrait du roman de Victor HUGO est proposé au Cours moyen sous le titre « Lecture du samedi » ; soulignons le fait qu’il porte entre parenthèses le sous titre suivant : « Misère des enfants qui n’ont plus de parents »
Cosette2_R
 [10])

Dans la seconde partie des Misérables, Cosette, réfugiée sous la table, se montre totalement fascinée par la poupée des petites Thénardier ... ...« Tout à coup, Cosette s’interrompit. Elle venait de se retourner et d’apercevoir la poupée des petites Thénardier qu’elles avaient quittée pour le chat et laissée à terre, à quelques pas de la table de la cuisine. Elle sortit de dessous la table en rampant sur les genoux et sur les mains, s’assura encore une fois qu’on ne la guettait pas, puis se glissa vivement jusqu’à la poupée et la saisit. Un instant après, elle était à sa place, assise, immobile, tournée seulement de manière à faire de l’ombre sur la poupée qu’elle tenait dans ses bras. Ce bonheur de jouer avec une poupée était tellement rare pour elle ! : Personne ne l’avait vue, excepté le voyageur qui mangeait lentement son maigre souper. Cette joie ne dura qu’un quart d’heure. Mais quelque précaution que prit Cosette, elle ne s’apercevait pas qu’un des pieds de la poupée passait et que le feu de la cheminée l’éclairait très vivement. Ce pied rose et lumineux frappa subitement le regard d’Azelma qui dit à Eponine : « Tiens ! ma sœur ! » Les deux petites filles s’arrêtèrent stupéfaites. Cosette avait osé prendre la poupée ! Eponine se leva sans lâcher le chat, alla vers sa mère et se mit à la tirer par sa jupe... « Mère, dit l’enfant, regarde donc ! » Et elle désignait Cosette. Cosette, toute entière aux extases de la possession ne voyait et n’entendait plus rien. La Thénardier cria d’une voix que l’indignation enrouait : « Cosette ! » Cosette tressaillit comme si la terre eut tremblé sous elle. Elle se retourna, et posa doucement la poupée à terre avec une sorte de vénération mêlée de désespoir. »...

On se souvient alors comment Jean Valjean, qui a assisté à la scène de violence qui s’en suit, ira acheter une poupée neuve à Cosette et comment il emmènera la fillette l’aidant en cela à franchir le seuil des Thénardier , la faisant ainsi passer symboliquement du statut d’enfance à celui d’une jeune fille bientôt femme puisque mère désormais...Avec ce texte de Victor HUGO, la littérature nous offre une illustration saisissante de ce que peut symboliser une poupée.

La poupée Barbie

Les poupées avec lesquelles jouaient l’enfant sage des livres de lectures édifiantes ou l’enfant, plus dévergondé, des romans de la Comtesse, cèdent brutalement(leur place aux poupées façon Lolitas , adolescentes « sexy » transformées parfois en femmes glamour ou plus voluptueuses dont Marylin pourrait être le modèle. Le jouet va changer lui aussi : à la poupée-enfant qui avait pour modèle la mère ou plutôt « la maman », se substitue la poupée-femme qui vient remodeler, par le biais du jeu, le processus d’identification des petites filles.

La poupée Barbie en est un bon exemple. Née en 1959 à New-York, elle prend, dès le début de sa fabrication, bon nombre de « modèles » dans le monde des stars [11] jusqu’à devenir un véritable phénomène de société [12]. Il se vend en effet, à l’heure actuelle, trois poupées Barbie par seconde chaque jour dans le monde et cette poupée ,-débarrassée de son « fiancé » Ken depuis l’an dernier-, et donc, de ce fait, revenue au célibat c’est à dire à une forme d’indépendance, cette poupée Barbie de 140g de plastique pèse aujourd’hui plus d’ un milliard et demi de dollars de rente...

C’est sûrement que Barbie, dès le départ, rompt avec le modèle de la maman. Barbie est jeune, sexy, indépendante, - ou tout au moins affiche-t-elle cette volonté, car force est de reconnaître qu’ elle ne s’inscrit guère dans le monde du travail !- Les petites filles s’identifient donc autrement à ce « top model » en réduction, éminemment réducteur. Comme le rappelait le reportage de M6 en 2004, à la Barbie en robe du soir succède une Barbie en bikini mais aussi, en 1968 , Janis Joplin oblige, une Barbie en pantalon « patte d’ éléphant » ; en 1990, Barbie prend des cours de fitness... son apparence continue d’évoluer au fil du temps. Les fillettes ont désormais le sentiment d’être leur propre héroïne, l’apparence prend le dessus...On n’habille plus la poupée, on ne la coiffe plus comme si c’était soi : le mouvement est inversé : on se coiffe, on s’habille comme la poupée et pour mieux lui ressembler...

On pourrait rattacher ce virage dans l’image de la poupée à l’urbanisation de la société, et y voir une conséquence du star-system institué par le cinéma dès les années 1920, mais vraiment généralisé par la télévision aux Etats-Unis au début des années 1950..

Notes

[1LHEUREUX J., La Poupée d’Yvonne, vignette gravée sur bois , EDYCK ill., ch.I, p.5

[2LHEUREUX J., La Poupée d’Yvonne, illustrations de Edyck, Emile Gaillard, Paris, sd., p. 5-6

[3cf GIRARDIN Jules, « La poupée de Za » in Bonnes bêtes et Bonnes gens, Hachette et Cie, cité dans LACLEF et BERGERON, La lecture au Cours élémentaire, lecture 40 , Delalain Frères, Paris, 1910

[4COMTESSE DE SEGUR LANNES Thérèse adapt., LE GUEN Pierre ill., Les Malheurs de Sophie, GP éditions, Presses de la Cité, Paris, 1961, ch.I, pp.9-21

[5Op.cit., dos de couverture

[6COMTESSE DE SEGUR, Op.cit., ChII, p. 19

[7cf NIERES Isabelle « Pour en finir avec les Malheurs de Sophie » in La revue des livres pour enfants , 131-132, pp. 62-73, sept. 1990

[8HUGO Victor, Les Misérables, 2ème partie, livre III, ch.8

[9MIRONNEAU A., Directeur de l’Ecole Normale de Lyon, Choix de lectures, Cours moyen, Librairie Armand Colin, Paris, 1908

[10MIRONNEAU A., Directeur de l’Ecole Normale de Lyon, Choix de lectures, Cours moyen, Librairie Armand Colin, Paris, 1908

[11Cf émission de M6, « Culture pub » 2004 consacré au business du célibat avec un reportage consacré à la poupée Barbie.

[12Voir à ce propos l’exposition consacrée à Barbie au Musée de la poupée à Paris sous le titre « Barbie raconte 5000 ans d’histoire du costume », 27 mars-26 septembre 2004

Contenu du dossier

Source : Atelier Canopé du Gers

Drôles de poupées !

Quelle(s) représentation(s) féminine(s) à travers la poupée ?

Atelier Canopé d’Auch

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