[1] On remarquera à ce propos l’importance des dédicaces en début d’ouvrage. La majeure partie des romans comportent une dédicace à l’adresse d’un des enfants ou des petits enfants de la comtesse (qui étaient au nombre de… vingt et un !)
En 1852, l’éditeur Louis HACHETTE fait part de son intention de créer une nouvelle collection, la « Bibliothèque des chemins de fer ». Cette création est étroitement liée au développement du rail.
Commence alors l’achat, par l’éditeur, de concessions de kiosques implantés dans les gares, achat dont on sait qu’il ne s’est depuis, jamais démenti... Ainsi, selon Louis Hachette, les voyageurs pourront-ils désormais, pour une somme modique, accéder à la lecture durant leurs voyages ferroviaires :
« Ma double devise est de leur être utile et de les amuser honnêtement » écrit-il alors.
La collection comprend plusieurs séries identifiées par la couleur de leur couverture (le rouge pour les guides de voyages, le bleu pour les ouvrages ayant trait à l’agriculture ou à l’industrie, le jaune pour la littérature étrangère ...)
La couleur rose sera retenue pour désigner les livres illustrés dédiés aux enfants.
Vingt cinq titres vont être publiés entre 1853 et 1857 dans cette série.
Les ouvrages de format in-16 et donc, de ce fait, facilement préhensibles, sont alors soit brochés -couverture de simple papier couché rose-, soit reliés -couverture de percaline rouge gravée aux fers et tranche dorée à l’or fin-, soit reliés plus richement encore, avec une couverture de percaline mosaïquée noire et un dos orné, rehaussé de fers dorés.
Les prix sont compris entre deux et trois francs cinquante selon le modèle.
Parmi ces titres, deux immenses « classiques » de la littérature, l’Histoire de l’admirable Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes Saavedra et les Voyages de Gulliver de Jonathan SWIFT côtoient Les Contes de PERRAULT, les Fables de FENELON mais aussi de nombreux contes moraux dont ceux de Madame de GENLIS ou de Zulma CARRAUD...
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Sophie ROSTOPCHINE, née en 1799 à Saint Pétersbourg, fille du gouverneur de Moscou, est arrivée à Paris à l’âge de 16 ans. Son père la marie en 1819 au comte Eugène de Ségur, président de la Compagnie des chemins de fer de l’Est et lui achète le château des Nouettes, dans l’Orne.
Après que son mari ait rencontré Louis Hachette, d’origine ardennaise et qu’il ait pense-t-on négocié en son nom des contrats, la Comtesse commence à écrire sur commande et à publier chez Hachette.
Séparée de ses petits enfants (la comtesse a déjà 55 ans), c’est assez naturellement à eux qu’elle s’adresse en premier lieu . [1]
Le premier titre de la Comtesse de Ségur paraît en 1856. Ce sont les Nouveaux Contes de fées illustrés par Gustave DORE .
Entre 1857 et 1869, la Comtesse de Ségur va publier une vingtaine d’œuvres dédiées aux enfants.
Avec la publication de ces ouvrages, la comtesse offre à la France un genre littéraire particulier, celui du roman de mœurs enfantines.
Mais les ouvrages de la comtesse témoignent également de la vie sociale d’une époque, celle de la seconde moitié du XIXe siècle.
| Date | Titre | Illustrateur(s) |
| 1856 | Nouveaux Contes de fées | Gustave DORÉ/ Jules DIDIER (Bibliothèque des chemins de fer) |
| 1858 | Les Petites filles modèles | BERTALL (Bibliothèque des chemins de fer) |
| 1858 | Les Malheurs de Sophie | Horace CASTELLI (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1859 | Les Vacances | BERTALL (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1860 | Les Mémoires d’un âne | Horace CASTELLI (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1861 | La Sœur de Gribouille | Horace CASTELLI (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1862 | Pauvre Blaise ! | Horace CASTELLI (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1862 | Les Bons enfants | FEROGIO (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1863 | L’Auberge de l’Ange gardien | FOULQUIER (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1863 | Les deux nigauds | Horace CASTELLI (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1863 | Le général Dourakine | Emile BAYARD (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1864 | François le Bossu | Emile BAYARD (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1865 | Comédies et proverbes | Emile BAYARD (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1865 | Un bon petit diable | Horace CASTELLI (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1865 | Jean qui grogne, Jean qui rit | Horace CASTELLI (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1866 | Quel amour d’enfant ! | Emile BAYARD (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1866 | La Fortune de Gaspard | J. GERLIER (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1867 | Le Mauvais génie | Emile BAYARD (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1868 | Diloy le chemineau | Horace CASTELLI (Bibliothèque rose illustrée) |
| 1869 | Après la pluie, le beau temps | Emile BAYARD (Bibliothèque rose illustrée) |
À partir de cet instant, les ouvrages de la Comtesse de Ségur, illustrés par des dessinateurs et graveurs de renom, vont connaître un énorme succès qui va assurer le lancement d’une collection prolifique.
Pendant plus d’un siècle ce succès ne se démentira pas. Entre 1853 et 1959 ce sont plus de 450 titres qui seront édités dans cette collection.
Voir le catalogue de la Bibliothèque rose illustrée de 1883 contenu dans la 4e édition de Par dessus la haie de Mme de Stolz (pages 8 à 14)
À titre amusant, nous pouvons remarquer que l’éditeur, motivé sans nul doute par un souci d’une meilleure incitation à la lecture mais également animé par une préoccupation de rentabilité économique, incite parfois les jeunes lecteurs à participer à des concours : un questionnaire intégré en tête d’ ouvrage, avant même la page de titre, s’adresse aux jeunes, les conviant habilement à découvrir les ouvrages à venir.
Voir le questionnaire et le règlement du concours placé en tête de l’ouvrage de Mme du Genestoux, Toutou à Paris
Cette pratique, on le sait, est restée de mise aujourd’hui et a même fait quelques adeptes...
En dehors de tout aspect financier, cet exemple souligne l’importance prise par l’illustration dans les ouvrages dédiés à la jeunesse ; c’est par son intermédiaire que l’enfant est amené à identifier l’ouvrage dont elle est extraite ; la remise des prix, aboutissement logique du concours, est confiée par l’éditeur à l’un des illustrateurs de la collection.
[1] On remarquera à ce propos l’importance des dédicaces en début d’ouvrage. La majeure partie des romans comportent une dédicace à l’adresse d’un des enfants ou des petits enfants de la comtesse (qui étaient au nombre de… vingt et un !)
Source : Atelier Canopé du Gers
Thème : Lettres, littérature de jeunesse