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[1BUISSON Ferdinand, Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, tomes 1 et 2, Hachette & Cie, Paris, 1882 : les articles « Discipline scolaire » (p. 716-721) mais aussi l’article « fouet, férule » (p. 1041-1042) dont on retiendra la définition « Le fouet était une corde de cuir ou de chanvre fixée au bout d’un manche. Il y avait parfois plusieurs cordes, et pour que le coup fut plus sensible, on y faisait des nœuds. Les verges, qui dans l’usage se confondaient avec le fouet, en différaient pourtant un peu : c’étaient des baguettes de bouleau, d’osier , de genêt, etc…, avec lesquelles on fouettait » et Ferdinand Buisson de spécifier « La question du fouet n’a plus, aujourd’hui, qu’un intérêt historique, puisque depuis longtemps l’emploi de cet instrument de punition est sévèrement condamné par la majorité des pédagogues »

Propos sur la punition et images du châtiment corporel

Dans l’œuvre de Madame de Ségur, la violence est omniprésente sous différentes formes.

 

Violence de l’image

 


Les premières éditions de la Bibliothèque rose offrent une riche iconographie :

Le dossier illustrations sur la violence dans la Bibliothèque rose en donne quelques exemples. Ouvrir le dossier

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Violence du texte

 
On peut tenter d’en répertorier les différentes formes selon une certaine gradation :

Crudité des propos

Certaines descriptions font montre d’une « crudité » relativement contemporaine, par exemple cette relation d’un accident au tout début des Petites filles modèles :

« … Enfin, elle se hasarda à s’approcher de la voiture culbutée dans le fossé, Camille et Madeleine la suivirent en tremblant.
Un des chevaux avait été tué ; un autre avait la cuisse cassée et faisait des efforts impuissants pour se relever ; le troisième, étourdi et effrayé de sa chute était haletant et ne bougeait pas.
« Je vais essayer d’ouvrir la portière, dit la bonne, mais n’approchez pas mes petites : si les chevaux se relevaient, ils pourraient vous tuer. »
Elle ouvre et voit la dame et l’enfant sans mouvement et couvertes de sang…
 » (Les Petites filles modèles, ch. 1)

Insultes et coups de pieds

Les jurons, les insultes, les coups de pied, les soufflets fusent et sont distribués sans réserve aux enfants ou aux domestiques.
Cet extrait, où il est question de l’attitude de la nièce du général Dourakine, Madame Papofski, vis à vis de ses domestiques en témoigne :

« On ne lui avait pas interdit de faire enrager ses femmes de chambre : les deux qui étaient présentes ne reçurent que sottises et menaces en récompense de leurs efforts pour bien faire ; mais, à leur grande surprise et satisfaction, elles ne reçurent ni soufflets ni égratignures » (Le Général Dourakine, Bibliothèque rose illustrée, Hachette & Cie, Paris, 26e éd., 1921, p. 57)

« Allez-dire qu'on donne cent coups de bâton à ce coquin ». « Allez-dire qu’on donne cent coups de bâton à ce coquin ».

Illustration légendée de Bayard dans Le Général Dourakine, 1864, p. 35

Impossible d’oublier, à cet égard, pour qui a lu les Malheurs de Sophie, les scènes de torture que Sophie inflige à sa propre poupée !

Cruauté envers les animaux

Cruauté des enfants ou des adultes envers les animaux, témoin, cet extrait des Petites filles modèles où le garde Nicaise s’en prend aux hérissons découverts par les petites filles :

« Et le garde courut après les hérissons, qui allaient presque aussi vite que lui…La mère pressait et poussait ses petits… Le garde était encore à sept ou huit pas en arrière, ils avaient le temps de se soustraire au danger qui les menaçait lorsqu’une détonation se fit entendre. La mère roula morte à l’entrée du chêne creux…
Le garde qui avait tiré son coup de fusil sur la mère, se précipita sur les petits et les jeta dans son carnier.
Camille, Madeleine et Marguerite accoururent.
- Pourquoi avez-vous tué cette pauvre bête, méchant Nicaise ? dit Camille avec indignation. Les pauvres petits vont mourir de faim.
- Pour cela non, mademoiselle ; ce n’est pas de faim qu’ils vont mourir : je vais les tuer. »

Marguerite raconte alors à Sophie ce qui s’est passé, Sophie interroge Marguerite. Voici un extrait du dialogue qui s’en suit :

« Et où les a-t-on jetés, ces hérissons ?
- Dans la mare du potager
- Allons les voir, ce sera très amusant
- Mais il ne faut pas trop approcher de l’eau, maman l’a défendu
- Non, non ; nous regarderons de loin
Elles coururent vers la mare, et, comme elles ne voyaient rien, elles approchèrent un peu.
- En voilà un, en voilà un ! je le vois ! Il n’est pas mort, il se débat. Approche, approche, vois-tu ?
- Oui, je le vois ! Pauvre petit, comme il se débat ! Les autres sont morts
- Si nous l’enfoncions dans l’eau avec un bâton pour qu’il meure plus vite ? Il souffre ce pauvre malheureux
- Tu as raison. Pauvre bête ! Le voici tout près de nous.
- Voilà un grand bâton : donne-lui un coup sur la tête, il enfoncera… »
(Les Petites filles modèles, ch.VIII)

On se souviendra également de Mme Bonbeck, séparant chien et chat :


Elle distribua des avertissements si frappants...
« Et, saisissant un fouet, elle distribua des avertissements si frappants, que chien et chat se séparèrent et se réfugièrent dans leurs coins, hurlant et miaulant.
Mme Bonbeck remit son fouet en place, s’approcha en riant des enfants consternés, de Prudence pétrifiée, des polonais ébahis : voilà ma manière, dit-elle. Je fais tout rondement… »
(Les Deux nigauds, ch. V, p. 65)

ou encore de la bande d’enfants cherchant non sans délectation, dans les Mémoires d’un âne, à noyer le chien Médor :

« Et voilà Médor poursuivi par ces méchants vauriens, eux et lui courant à toutes jambes ; ils étaient malheureusement une douzaine (…)
Il était bien jeune alors, il n’avait que quatre mois ; il ne pouvait courir ni vite, ni longtemps ; il finit donc par être pris. L’un le saisit par la queue, l’autre par la patte, d’autres par le cou, les oreilles, le dos, le ventre ; ils le tiraient chacun de leur côté, et s’amusaient de ses cris. Enfin ils lui attachèrent au cou une ficelle qui le serrait à l’étrangler, le tirèrent après eux, et le firent avancer avec force coups de pied ; ils arrivèrent ainsi jusqu’à la rivière ; l’un d’eux aller l’y jeter après avoir défait la ficelle ; mais le plus grand s’écria :
- Attends, donne-moi la ficelle, attachons-lui deux vessies au cou pour le faire nager, nous le pousserons jusqu’à l’usine, et nous le ferons passer sous la roue… »
(Mémoires d’un âne, ch XVII, p. 154)

Nous nous souviendrons également des poissons rouges de Sophie, qu’elle découpe vivants…

Méchanceté des enfants entre eux

Méchanceté des enfants entre eux, injustice et réplique des adultes

« Et, comme Marguerite cherchait à préserver les fraises en tenant la jambe de Sophie, celle-ci la poussa avec tant de colère et si rudement que la pauvre Marguerite alla rouler à trois pas de là. Aussitôt que Camille vit Marguerite par terre, elle s’élança sur Sophie et lui appliqua un vigoureux soufflet. Sophie se mit à crier, Marguerite pleurait, Madeleine cherchait à les apaiser. Camille était toute rouge et toute honteuse. Au même instant, parurent Mme de Fleurville, Mme de Rosbourg et Mme Fichini.
Mme Fichini commença par donner un bon soufflet à Sophie, qui criait
- « Cela m’en fait deux, cela m’en fait deux !
- Deux quoi, petite sotte ?
- Deux soufflets qu’on m’a donnés
- Tiens, voilà le second pour ne pas te faire mentir ! »…
(Les Petites filles modèles, ch. VII)

Cruauté envers les enfants

Cruauté des adultes vis à vis des enfants -nombreuses scènes de fessées, « raclées » mémorables, multiples séances de martinet…- (Les petites filles modèles, 1858)

Ainsi Mme Bonbeck corrigeant Supplicie :

« Ah ! Sapristi ! Tu résistes, mauvais cœur ! sans cœur ! A genoux, alors, à genoux !… »
Simplicie n’obéissait pas ; son orgueil se révoltait à la pensée de s’humilier devant une pauvre et humble servante. Mme Bonbeck que la colère secouait de plus en plus, lui secoua les épaules, la fit pirouetter, lui donna un coup de genou dans les reins et lui cria de rentrer dans sa chambre… »
(Les Deux nigauds, ch. IX, p.127)

Ou encore, la même Mme Bonbeck corrigeant cette fois Innocent (dont on admirera l’ironie du prénom) :

« À peine eut-elle tiré quelques sons du violon qu’une nouvelle interruption vint l’irriter contre Innocent. En se retirant, il marcha sans le voir sur la queue du chat, à demi couché sur le ventre du chien. La douleur fit faire au chat un bond prodigieux ; en retombant, les griffes de ses quatre pattes s’enfoncèrent dans la peau du chien, qui, bondissant à son tour, s’élança sur le chat, puis sur Innocent : le chat le reçut à coups de griffes, Innocent à coups de pied. La tante s’élança sur Innocent et lui cassa son archet sur le dos… » (Les Deux nigauds, ch XIII, p. 184)

Pensons enfin à cette scène inoubliable, extraite des Petites filles modèles, dans laquelle la marâtre, Mme Fichini, corrige la désobéissante Sophie :


La scène de fouet extraite des Petites filles modèles
« Qu’est-ce que j’apprends, mademoiselle ? Vous avez sali, perdu votre jolie robe en vous laissant sottement tomber dans la mare ! Attendez, j’apporte de quoi vous rendre plus soigneuse à l’avenir. »
Et, avant que personne eût le temps de s’y opposer, elle tira de dessous son châle une forte verge, s’élança sur Sophie et la fouetta à coups redoublés, malgré les cris de la pauvre petite, les pleurs et les supplications de Camille et de Madeleine…
Elle ne cessa de frapper que lorsque la verge se brisa entre ses mains… »
(Les Petites filles modèles, ch. VIII)

On admirera ici la concision de la description et, de ce fait, sa brutalité.

À ce propos, il nous semble intéressant de mettre en regard les textes précédemment cités, les illustrations qui en sont faites mais aussi les articles concernant le châtiment corporel tel que le définit dans son Dictionnaire de pédagogie datant de 1882, Ferdinand BUISSON [1] afin de mieux mesurer peut-être le conservatisme de Mme de Ségur en matière d’éducation.

Notes

[1BUISSON Ferdinand, Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, tomes 1 et 2, Hachette & Cie, Paris, 1882 : les articles « Discipline scolaire » (p. 716-721) mais aussi l’article « fouet, férule » (p. 1041-1042) dont on retiendra la définition « Le fouet était une corde de cuir ou de chanvre fixée au bout d’un manche. Il y avait parfois plusieurs cordes, et pour que le coup fut plus sensible, on y faisait des nœuds. Les verges, qui dans l’usage se confondaient avec le fouet, en différaient pourtant un peu : c’étaient des baguettes de bouleau, d’osier , de genêt, etc…, avec lesquelles on fouettait » et Ferdinand Buisson de spécifier « La question du fouet n’a plus, aujourd’hui, qu’un intérêt historique, puisque depuis longtemps l’emploi de cet instrument de punition est sévèrement condamné par la majorité des pédagogues »

Contenu du dossier

Source : Atelier Canopé du Gers

Thème : Lettres, littérature de jeunesse

La Bibliothèque rose illustrée et la Comtesse de Ségur

Atelier Canopé d’Auch

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