[1] DEMOUGIN Jacques, Dictionnaire historique, thématique et technique des littératures, t.2, Larousse, Paris, 1989, p.1496
[2] Monsieur Féréor, comme le souligne F. CARADEC, « son nom est déjà tout un programme : FER et OR » in Histoire de la littérature enfantine, p.148 …
Une véritable typologie sociale
« Les romans de la comtesse sont des romans de la vie quotidienne, vie de hobereaux ou de bourgeois campagnards, décrite avec une telle abondance de détails qu’ils sont un document sur la vie française et sur l’histoire des mentalités au XIXe siècle » [1]
Nous ajouterons que bon nombre des ouvrages de la Comtesse sont destinés à être lus mais aussi à être joués : ils utilisent donc les procédés du théâtre : scènes d’exposition, dialogues, monologues et, bien sûr, mise en scène de personnages « types ».
Les livres de la Comtesse regorgent de descriptions précises.
Ainsi, la lecture du chapitre intitulé « Le chemin de fer » extrait des Deux Nigauds, nous permet-elle, au travers d’un dialogue animé qui se déroule à l’intérieur d’un compartiment de troisième classe, de mieux mesurer la confrontation entre les « blouses et bonnets ronds » et les « crinolines ».
Ces scènes sont reprises par les divers illustrateurs ; elles nous donnent à voir et à imaginer mieux encore ce qu’était la vie à cette époque et nous pouvons dresser une typologie des personnages au travers des descriptions et des illustrations.
Cliquer sur les mots suivants :
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| Une épicerie | Une salle de classe |
| Une cuisine | Une « piscine » |
| Une buanderie | Une chambre |
| Un bureau bourgeois | Un salon |
De nombreuses descriptions d’ameublement peuvent être mises en rapport avec ces illustrations, notamment dans Jean qui grogne et Jean qui rit (chapitre XXI) mais aussi dans Les petites filles modèles (chapitre XXI, XXIII et XIV)
La description des scènes d’extérieur n’est pas exempte, parfois, d’un certain académisme
| Le jardin | Une partie de pêche au bord de l’étang |
Mme de Rosbourg :
« Maintenant, tâchons de tout oublier et de finir gaiement la journée.
Je vous ai ménagé une surprise : on va tirer une loterie ; il y a des lots pour chacun de vous...
Sophie gagna un joli ménage et une papeterie ; Camille un joli bureau avec une boîte de couleurs, cent gravures à enluminer, et tout ce qui est nécessaire pour dessiner, peindre et écrire ; Madeleine quarante volumes de charmantes histoires et une jolie boîte à ouvrage avec tout ce qu’il fallait pour travailler ; Marguerite une charmante poupée en cire et un trousseau complet dans une jolie commode… ».
| La poupée | Le cerf-volant |
| Le pantin et cheval à roulettes | Le tambour |
| l’Arlequin |
Il arrive que les gravures des illustrateurs puissent, non plus seulement servir le texte mais le dépasser, donnant ainsi à pressentir une vision d’avenir.
Tel est le cas dans la Fortune de Gaspard où Gerlier donne à voir sur une seule et même gravure une vision prémonitoire : à gauche l’ambitieux Gaspard, penché sur son bureau, étudie avec acharnement et concentration, dans une pièce austère. Par la fenêtre de ce bureau on peut apercevoir les cheminées fumantes de l’usine du riche Féréor [2]

Sur la partie droite de la même gravure, le frère de Gaspard, décidé lui à rester paysan (ces sabots en témoignent), danse avec insouciance dans les prés… À l’arrière-plan, un moulin à vent.
La force de l’évocation et le parallélisme des deux « tableaux » fait que nous ne sommes guère éloignés de Balzac et de sa Comédie humaine.
La réflexion de F. CARADEC prend ici tout son sens :
« il semble bien que pour la comtesse de Ségur les classes sociales inférieures ne puissent sortir de leur condition que par le cynisme et l’arrivisme ; elle est incapable d’imaginer une évolution de la société. Et les « avantages de l’instruction » permettront seulement à Gaspard d’accéder à une bourgeoisie qu’elle méprise, où deux industriels se traitent mutuellement de « chuif » et d’ « arabe »… »
Source : Atelier Canopé du Gers
Thème : Lettres, littérature de jeunesse