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L’album, l’espace documentaire, deux approches du réel

Les quelques albums évoqués montrent comment s’opère une double lecture , celle du texte et de l’image. L’iconographie, propre au livre documentaire témoigne de la nécessité de « donner à voir ». la rigueur dans les choix visuels se décale souvent eu égard au texte. L’humour, l’esthétique, le choix iconographique se conjuguent pour donner au texte un supplément d’intérêt. Mais le texte lui-même emprunte des formes qui peuvent décliner sérieux, humour, sensibilité ou fantaisie à travers un discours propre à impulser le désir de connaissance. Si la fiction documentaire peut se passer d’images, le documentaire jeunesse nécessite lui un appareil iconographique pour aider le jeune enfant à l’appropriation des connaissances. L’appareil iconographique allège le discours tout en complétant l’information. Le soin apporté au traitement de l’image est essentiel tant par la forme que par le contenu.

Dès 1931 Paul FAUCHER avait initié un mariage fécond entre le texte et l’image. La collaboration du célèbre éditeur avec le non moins célèbre ROJANKOVSKY a ouvert la voie au documentaire animalier pour les plus jeunes (1934).

La précision du dessin était servie par une mise en page et un canevas narratif qui transcendait le seul propos documentaire. Paul FAUCHER affirmait « Je n’ai pas voulu de livres entonnoirs, j’ai rêvé de livres étincelles »...

Contrairement à l’aspect diffus de la fiction documentaire qui a été précédemment évoquée et contrairement aux rencontres aléatoires du jeune lecteur avec le texte, la fonction du documentaire est de transmettre un savoir dans une démarche de rigueur et d’objectivité. Tout le travail rédactionnel, le travail de mise en page et les choix iconographiques sont centrés sur un sujet autour duquel on focalise un certain nombre de données qu’on souhaite voir acquérir par le lecteur.

Si tous les sujets qui se prêtent à l’investigation documentaire ne peuvent constituer le corps du champ romanesque, inversement, certains sujets y ont une place privilégiée voire unique. Aborder les délicats sujets de l’inceste, de la pédophilie, du sida, de la prostitution enfantine ou encore, dans un registre différent de l’holocauste, par exemple, montrent que le documentaire vient « en complément » de la fiction à mesure que le lectorat de l’enfance prend de l’âge.

Trop jeune, l’enfant n’a pas toutes les clés en main pour aborder certains sujets de façon suffisamment distanciée pour agir.

Peau d’âne, La Fille du canal de Thierry LENAIN, Tout contre Léo de Christophe HONORE, sont autant d’œuvres qui responsabilisent auteurs et enfants face à l’expression de la difficulté d’être. Il en va de même pour des thématiques comme celles du deuil et de l’absence. Dans ces œuvres là, l’effet identificatoire, la découverte d’un sujet « tabou » dont on pressent pourtant la réalité agissent comme autant d’informations sur les difficultés existentielles qui connaîtront plus tard un éclairage nouveau à travers la lecture de documentaires et d’essais qui nourriront la pensée en complémentarité avec ce qui avait été déjà perçu.

On est en droit de se demander si toute fiction est documentaire et répondre par l’affirmative d’une certaine façon, puisque le propre de la fiction est d’être un projet d’instruction déguisé qui ne saurait toutefois être réduit à une simple information.La fiction puise son originalité dans un message qui s’inscrit dans une dimension esthétique. Ainsi en est-il dans l’album réalisé par Béatrice PONCELET, T’aurais tombé.
L’utilisation du langage dans l’album joue à la fois sur la graphie, sur l’expression et sur l’éparpillement des lettres.

A partir de la lecture de Babar, l’exorcisme de la peur est fondé sur le souvenir d’une chute de bicyclette. La mise en page exprime l’éclatement de la conscience, la peur de la mutilation. La fragmentation de l’image, en particulier celle de la petite statuette, exprime la confusion mentale de l’enfant blessé lorsqu’il émerge du coma. La réunification finale de l’être conclut la quête d’identité de l’enfant. L’originalité de la mise en page et le texte qui l’accompagne introduisent l’enfant dans le milieu hospitalier, le monde des soins et de l’exploration du corps.

Mais, dans le même temps, le jeu graphique se double d’un jeu référentiel (Babar, image d’Epinal, Mickey, Sendak...). Il existe donc ici un décalage entre le réel et l’imaginaire pour mieux appréhender une certaine réalité, celle de la subjectivité.

Contenu du dossier

Source : Atelier Canopé du Gers

Thème : Lettres, littérature de jeunesse

La fiction documentaire

Atelier Canopé d’Auch

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