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[1Biert est un petit village de montagne situé dans la vallée de Massat, en Ariège

Ma profession

Pour répondre à votre demande concernant le Certificat d’études, je reviens à l’année 1947 et à ma nomination comme instituteur au poste de Biert-Lardecal.

On appelait ces écoles de village haut perchés et isolés des postes « deshérités ». On y nommait les normaliens sortants et les intérimaires qui ne pouvaient prétendre à des postes meilleurs, faute d’une ancienneté suffisante.

L’école de LARDECAL était une des plus anciennes de la commune. Elle avait été construite à la fin du siècle dernier en application des lois instaurant l’enseignement laïque obligatoire. Afin qu’elle desservît tous les villages situés de part et d’autre de la vallée, on l’avait bâtie dans le bas fond, sur la pente surplombant le ruisseau, isolée dans une bande de broussaille et de bois. C’était une bâtisse délabrée qui comportait un étage où personne ne se risquait jamais ; la salle de classe occupait tout le rez-de-chaussée, une pièce d’une vingtaine de mètres carrés, aux murs blanchis à la chaux, mal éclairée par une unique fenêtre à petits carreaux. Les lames du plancher étaient disjointes et absentes par endroits, notamment au niveau du seuil, si bien que les enfants avaient pris l’habitude de le franchir en sautant.

Le mobilier était constitué de quatre rangées de longues tables branlantes où pouvaient prendre place cinq ou six élèves, et d’un bureau juché sur une estrade. Un vieux poêle de fonte était censé réchauffer la pièce en hiver. Devant l’école, un terre plein herbeux tenait lieu de cour de récréation.

Le logement de l’instituteur était situé six ou sept cent mètres plus haut, dans une maison du village de JAQUES auquel on accédait par un sentier abrupt. Si, en bas on n’avait aucun horizon, là haut la vue était splendide car elle donnait sur la haute chaîne des Pyrénées.

L’exode rural, commencé dans les années 30 avait appauvri considérablement les effectifs de toutes ces écoles de montagne. Elles avaient retrouvé une activité presque normale pendant la guerre avec le retour au pays de nombreuses familles mais, à la libération, ces dernières reprirent le chemin de la ville, et les effectifs retombèrent, définitivement cette fois.

L’école de LARDECAL avait compté jusqu’à trente ou trente cinq élèves, elle en comptait cinq à mon arrivée et deux à mon départ, deux ans plus tard. Cela explique sans doute la raison pour laquelle la municipalité avait toujours hésité à engager des frais pour restaurer une école si mal située et qui, de toute évidence, était appelée à fermer dans un avenir proche.

La conduite de ces classes uniques comportant souvent tous les cours, de la section enfantine à celle de fin d’études, exigeait une grande expérience des méthodes d’enseignement. L’élaboration de l’emploi du temps était déjà d’une grande difficulté. Le temps y était découpé par tranches de dix, quinze, vingt et trente minutes afin que fussent respectés les programmes de chaque section ; sa mise en pratique relevait, pour les débutants de la mission impossible. Il m’est arrivé, bien des années après mon passage à LARDECAL, d’avoir des cauchemars nocturnes et de me réveiller, l’angoisse au cœur, pour avoir oublié de faire lire les petits. Car l’un des pièges était celui-là : s’attarder auprès des grands et négliger les petits.

Parce qu’il n’était pas possible, en cours de journée, de consacrer aux candidats au Certificat d’études plus de temps que n’en prévoyait la répartition journalière, la plupart des maîtres de ces classes uniques gardaient le soir après cinq heures les candidats pour les entraîner à l’examen. Certains, dès le mois de mai, poursuivaient cet entraînement le jeudi matin.

C’est ce que je fis pour être sûr du succès de mon élève qui d’ailleurs obtenait d’assez bons résultats. Je ne pouvais démériter aux yeux des parents ni à ceux de mes collègues aînés. Après tout, j’étais un « jeune » et peut-on faire confiance à un « jeune » ? Sur ce point, vu la sévérité dont je faisais preuve et le nombre raisonnable de punitions que je donnais sous forme de devoirs supplémentaires, les parents ne me semblaient pas particulièrement inquiets. Même, à la façon dont j’étais régulièrement invité aux veillées, les soirs d’hiver, et aussi au « repas du cochon » -c’est ainsi que l’on désignait le repas qui réunissait, le jour où l’on tuait le cochon, tous ceux, voisins, parents et amis, qui avaient plus ou moins participé au sacrifice-, je sentais qu’ils m’accordaient une certaine confiance.

Contenu du dossier

Source : Atelier Canopé du Gers

Thème : Histoire

Jeux et jouets d'autrefois - Témoignage d'Albert Teychenné, enseignant ariégeois

Atelier Canopé d’Auch

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