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[1Biert est un petit village de montagne situé dans la vallée de Massat, en Ariège

Le jour du certificat

Fin juin 48, le jour fatidique arriva.

Le père de mon candidat tint à nous accompagner à MASSAT, chef-lieu de canton où se déroulaient traditionnellement les épreuves du certificat d’études. Il avait revêtu le costume des grands jours et portait allègrement, bien posé sur sa tête, le béret neuf, sans doute acheté pour l’occasion.

Nous nous quittâmes à l’appel des candidats et durant toute la matinée je restais aux ordres de Monsieur l’Inspecteur primaire pour effectuer les tâches ingrates et fastidieuses qui n’auraient su convenir à un collègue plus ancien dans le métier.

A 13 heures nous nous retrouvâmes au meilleur restaurant de la ville.

— « Vous êtes mon invité ! » avait déclaré le papa, ce qui signifiait que je n’avais pas à participer au choix du menu... « D’ailleurs, tout est commandé ! »

Je n’ai jamais été un gros mangeur et je rencontrai là ma première grosse difficulté de la journée.

Restaient les épreuves orales. Je n’avais d’inquiétude que pour le chant. Mon candidat allait sur ses quinze ans et sa voix, devenue capricieuse, avait pris des intonations graves ponctuées par des retours incontrôlés de sa voix enfantine.

Cela donnait à La Marseillaise, toujours imposée, une tonalité pour le moins originale. De plus, il interprétait les cinq chants exigés à peu prés... sur le même air. Seules changeaient les paroles.

— « On t’a fait chanter ? », lui demandai-je à la sortie

— « Oui », me dit-il « La Marseillaise » !

— « Toute entière ? »

— « Non, le monsieur m’a arrêté à « la Patrie » ; il m’a dit que c’était bien mais qu’il ne fallait pas mettre la Patrie en danger »...

Vers les cinq heures, tout était terminé. Monsieur l’Inspecteur donna le nom des élèves reçus. Mon candidat figurait sur la liste. Alors commença ma seconde épreuve de la journée.

MASSAT comptait encore six cafés-restaurants. Nous en visitâmes quatre.

— « Le fiston est reçu ! » déclarait à voix de plus en plus forte le papa, chaque fois qu’il poussait la porte d’un bistrot. « On va arroser ça ! »

Nous arrosâmes jusqu’à la tombée du soir. Heureusement, en juin, les journées sont longues. Sur le chemin du retour nous nous séparâmes à BIERT. Comme je prenais la direction de mon village, quelqu’un demanda :

— « Alors ? ça s’est bien passé ? »

Et le papa répondit, oubliant peut-être que je comprenais le patois :

— « Ne m’en parle pas ! Je n’ai jamais été aussi mal accompagné ! »

Mon prestige en avait pris un coup. Cependant, lors de mon retour à l’école, la maman m’apporta un poulet bien vivant que je logeai provisoirement dans un grand carton recouvert d’un grillage. A trois heures du matin, je fus tiré de mon sommeil par un puissant cocorico qui ébranla toute la pièce et je dus, pour faire taire l’animal, jeter mon édredon sur cette cage improvisée.

Le lendemain, ne pouvant le garder ni le consommer, je portai l’encombrant volatile chez mes parents. Il fit la joie de ma mère qui le trouva magnifique et décida de le confier aux poules de la ferme.

Contenu du dossier

Source : Atelier Canopé du Gers

Thème : Histoire

Jeux et jouets d'autrefois - Témoignage d'Albert Teychenné, enseignant ariégeois

Atelier Canopé d’Auch

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