[1] Hugo Victor, op. cit
[2] ECO Umberto, Le Nom de la rose
[3] La Fayette Madame de, La Princesse de Clèves
[4] Lanson Gustave, Histoire de la littérature française, Hachette & Cie, 1896
[5] Histoire de la littérature française, Pierre BRUNEL dir., Bordas, 1972
[6] Tadié Jean-Yves, Introduction à la vie littéraire au XIX siècle, Bordas , 1984
Rappel du sujet : Wilfred d’Ivanhoé, fils du noble saxon Cédric, est épris de la pupille de son père Lady Rowena mais Cédric, ferme partisan du retour sur le trône d’Angleterre de la race saxonne pense marier Rowena à Atelsthane, chevalier saxon de sang royal ; il exile son fils Ivanhoé qui part pour la Croisade avec Richard Cœur de Lion dont il gagne la confiance, l’estime et l’affection. En l’absence de son frère, le Prince Jean veut s’emparer du trône...
L’histoire devient le moteur de l’action et le prétexte à de brillants épisodes dont les plus célèbres sont la scène du tournoi21 où Ivanhoé écrase tous les chevaliers du Prince Jean, le deuxième morceau de bravoure étant l’assaut du château de Torquilstone (où Ivanhoé est blessé) et où Cedric, Rowena, Athelstone et Rebecca sont emprisonnés et seront délivrés par une bande de brigands et de saxons commandés par Robin Hood de Lockley et le Roi Richard (revenu en grand secret)
Quelques jugements de contemporains
Sur le plaisir du texte
William BYRON :
« Scott est certainement l’écrivain le plus étonnant d’aujourd’hui...Je ne connais pas de lecture où je me plonge avec autant de plaisir »
Sur « l’effet de réel »
Alexandre Serguéievitch POUCHKINE :
« Le vrai délice des romans de Walter Scott vient de ce que nous y prenons connaissance du temps passé, non à travers le style ampoulé des tragédies françaises... mais comme s’il s’agissait de la vie quotidienne ».
Il est intéressant de noter, toujours à propos de l’« effet de réel » que certains personnages sont donnés comme réels, ont une identité précisée et évoluent dans un milieu social caractérisé. Il s’agit, selon l’expression balzacienne « de faire concurrence à l’état-civil » . Le détail de la fabrication du papier dans les romans de BALZAC, les descriptions du travail dans la mine chez ZOLA (véritables cours techniques) contribuent bien sûr à renforcer « l’effet de réel »
Sur le rythme et l’art du récit
- HOFFMANN :
« Quel est donc le prestige employé par Sir Walter Scott pour nous tenir attachés à la lecture de ses romans comme l’avare couve des yeux un trésor qu’il craint de voir diminuer ? Ce prestige, ce talent, consiste dans l’art d’exciter la curiosité(...)de soutenir l’attention par des incidents inattendus, d’alimenter l’intérêt par des situations qui aggravent sans cesse l’embarras des personnages... »
Lecteur admiratif de Walter Scott, DELACROIX a éxécuté de nombreuses toiles inspirées par la lecture de ses œuvres dont, à propos d’Ivanhoé en 1846, L’Enlèvement de Rebecca (Metropolitan Museum of New York) ; en 1858, Rebecca enlevée par les templiers (Le Louvre) et, en rapport avec Quentin Durward, en 1829, L’Assassinat de l’évêque de Liège (Le Louvre)
Un jugement négatif cependant, celui de CHATEAUBRIAND :
« L’illustre peintre de l’Ecosse me semble avoir créé un genre faux ; il a selon moi perverti le roman et l’histoire : le romancier s’est mis à faire des romans historiques, et l’historien des histoires romanesques ».
Avec ce jugement, il y a retour à l’ambiguïté initiale mais on peut penser qu’il s’agit là d’un faux procès puisque dans la Dédicace d’Ivanhoé, Walter SCOTT se proposait de ne rien introduire dans le roman qui put s’opposer à la vraisemblance historique, se réservant une certaine liberté dans le choix des détails.
Et c’est bien ce que feront les romanciers du XIXe siècle en se servant de l’histoire comme moteur de l’action, comme ressort de l’intérêt dramatique, accélèrant le rythme du récit et travaillant l’art du dialogue et celui du portrait en choisissant des personnages types et emblématiques. Rien ne nous interdit à cet égard de rapprocher le Quasimodo de Notre Dame de Paris [1] du Salvatore du Nom de la Rose [2]. Il y a là un phénomène d’intertextualité. Cela compte bien plus désormais que la psychologie ou les intrigues sentimentales qui sont reléguées au second plan.
Source : Atelier Canopé du Gers