[1] CHATEAUBRIAND, Les Mémoires d’Outre Tombe, Livre XXXIII, ch. 3
[2] )DUMAS Alexandre, 1863
[3] ZOLA Emile, Germinal
[4] La Fayette Madame de, La Princesse de Clèves
[5] Lanson Gustave, Histoire de la littérature française, Hachette & Cie, 1896
[6] Histoire de la littérature française, Pierre BRUNEL dir., Bordas, 1972
[7] Tadié Jean-Yves, Introduction à la vie littéraire au XIX siècle, Bordas , 1984
Sur la journée du 27 juillet 1830, un témoignage, celui de CHATEAUBRIAND :
« Une barricade s’élevait à l’entrée de la rue Mouton ; une brigade de Suisses emporta cette barricade ; le peuple se ruant dans les rues adjacentes, reprit son retranchement avec de grands cris, la barricade resta finalement à la Garde. Dans tous ces quartiers pauvres et populaires on combattit instantanément, sans arrière-pensée : l’étourderie française, moqueuse, insouciante, intrépide, était montée au cerveau de tous ; (...) Les femmes aux croisées, encourageaient les hommes dans la rue ; des billets promettaient le bâton du maréchal au premier colonel qui passerait au peuple ; des groupes marchaient au son d’un violon. C’étaient des scènes tragiques et bouffonnes, des spectacles de tréteaux et de triomphe : on entendait des éclats de rire et des jurements au milieu des coups de fusil, du sourd mugissement de la foule, à travers des masses de fumée. Pieds nus, bonnet de police en tête, des charretiers improvisés conduisaient avec un laisser passer de chefs inconnus des convois de blessés parmi les combattants qui se séparaient. » [1]
Cette description a valeur informative, documentaire. Elle a la valeur d’un simple témoignage.
Autre témoignage, bien différent, celui d’Alexandre DUMAS père :
« Lorsque le 27 juillet, je rencontrai Delacroix du côté du pont d’Arcole, il me montra quelques uns de ces hommes qu’on ne voit que les jours de révolution, et qui aiguisaient sur le pavé, l’un un sabre, l’autre un fleuret. Delacroix, je vous en réponds avait grand peur et me témoigna sa peur de la façon la plus énergique. Mais quand Delacroix eut vu flotter sur Notre Dame le drapeau aux trois couleurs, quand il reconnut, lui, le fanatique de l’Empire...l’étendard de l’Empire, il n’y tint plus : l’enthousiasme prit la place de la peur, et il glorifia ce peuple qui, d’abord, l’avait effrayé. » [2]
On analysera avec d’autant plus d’intérêt le tableau de DELACROIX, La Liberté guidant le peuple où une femme debout, torse nu, seins noircis par la poudre, tient un fusil et un drapeau. Elle est coiffée d’un bonnet phrygien, attribut de la Liberté. Cinq personnages forment comme un condensé allégorique de l’insurrection populaire : l’homme au sabre (monarchiste libéral), l’homme au chapeau (futur radical de 48), l’homme blessé (un paysan devenu ouvrier), en retrait, un polytechnicien (bourgeois), et l’enfant sur sa gauche porte le béret de velours noir des étudiants du Quartier Latin (dont on dit qu’il inspira à Hugo son Gavroche) ; à l’arrière plan, Notre Dame sur laquelle flotte un drapeau tricolore ; trois cadavres au premier plan, le monde des morts fait barricade, formant une frontière entre les vivants et les morts. Les contrastes sont violents (lignes/couleurs). Tout est signe dans ce tableau. Partant d’un sujet moderne, Delacroix invente une allégorie, celle de la Liberté, avec un jeu d’oppositions multiples qui renforcent une opposition fondamentale : celle de la vie vs la mort.

On peut se souvenir à ce propos de ZOLA dans Germinal et de sa vision de la révolution en marche.
« C’était la vision rouge de la révolution qui les emporterait tous, fatalement, par une soirée sanglante de cette fin de siècle... » [3]
Source : Atelier Canopé du Gers