| En pratique- L'enfant polit |
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Il était une fois le
Drac. Le Drac était fils du Diable. Il était aussi une fois
l'enfant-joli. Et l'enfant-joli s'était juché sur un pommier
de pommes rouges, tout au fond du jardin, le long du chemin. Un cavalier
vint à passer, sur un cheval noir « Enfant-joli, dit le cavalier, j'ai soif, je suis en selle depuis ce matin. Tu serais bien gentil si tu me lançais une pomme. » L'enfant joli choisit la plus
grosse, la plus fraîche des pommes. Pour la lancer il prit son élan.
Mais cet élan fit que la branche lui manqua. Prestement, le cavalier
ouvrit son sac Tagada, tagada, tagada Et la pierre s'ouvrit et le cheval noir la franchit. Derrière lui se referma la pierre. Tagada, tagada, tagada « Mon Drac chéri - De la chair fraîche - Eh bien, reprit la femme, il y a de la place dans la barrique du coin. » Le Drac descendit de
cheval, prit le sac, alla au cellier. Il défonça la barrique
du coin. Il desserra le noeud coulant. Il tira par les pieds l'enfant-joli,
le poussa dans la barrique et la referma prestement. Mais il laissa la
bonde ouverte. Trois fois par jour et chaque jour venait la femme du Drac « Mon tout petit, mon tout joli, fais la bouche ronde au trou de la bonde. » Mais l'enfant-joli ne
voulait pas ouvrir la bouche. La femme du Drac, pour l'amadouer reprenait « Fais la bouche ronde,
fiston L'enfant joli ne voulait rien
entendre. Alors la femme du Drac s'écriait « Si tu refuses d'ouvrir
la bouche, j'enfoncerai la bonde dans le trou et tu t'étoufferas,
tu t'étoufferas Que faire « Mon petit, mon joli, mets ton doigt par ici, ton doigt tout petit » L'enfant-joli tendait le doigt.
Le Drac le palpait « Ah L'enfant-joli eut vite compris.
Il comprit que quand il serait grassouillet, à la marmite il passerait,
et feu aux fesses Mais des souris venaient chaque nuit renifler au trou de la bonde. L'enfant-joli les attendit. La première qui se présenta, par la moustache il l'attrapa, dans la barrique il la tira, puis dans sa poche il la glissa, et sous le mouchoir la cacha. Le lendemain, avec de la mangeaille
arriva la femme du Drac. Et puis le Drac « Mon petit, mon joli, mets ton doigt ici, ton doigt tout petit. » L'enfant-joli souleva son mouchoir
et, par le trou de la bonde, donna la queue de la souris. Le Drac palpa
et repalpa et s'emporta « Femme, femme, notre
petit pensionnaire maigrit La femme du Drac porta la bouillie de maïs avec le grand plat. L'enfant-joli dut accepter d'être gavé, d'être gavé... tellement bien que les boutons de sa culotte en éclataient. Mais la queue de la souris ne s'engraissait pas, et quand le Drac venait la palper, au trou de la bonde, il se mettait en colère. Cela dura toute une semaine. Or un matin, comme le Drac
arrivait, l'enfant-joli chercha dans ses poches. Mais pendant la nuit,
pour se moucher, il avait sorti le mouchoir et la souris s'était
enfuie. Déjà le Drac s'approchait du trou et déjà
il criait « Mon petit, mon joli, mets ton doigt par ici, ton doigt tout petit. » Le pauvre enfant tendit le
doigt « A, a, a Le Drac défonça
la barrique. Il tira l'enfant-joli par les pieds et le porta dans la cuisine « Femme, dit le Drac,
je ne crois pas qu'il aille loin Et le Drac s'en alla. La femme du Drac monta sur le feu la grande marmite, et ensuite, devant la porte, à coups de hache, elle se mit à refendre du bois. Il s'approcha, l'enfant-joli,
et se mit à rire « Fiston - Femme, je ris de vous voir
travailler - Et tu te crois capable de
faire mieux, toi - Donnez-moi la hache, vous
allez voir La femme du Drac donna la hache.
L'enfant-joli empoigna le manche et pan Sur le feu, trottait l'eau
de la grande marmite. L'enfant-joli ramassa les morceaux sanglants de
la femme du Drac « Enfant-joli, dit la
jolie fille, viens que je t'embrasse L'enfant-joli se rapprocha.
Il embrassa la jolie fille. Elle dénoua le ruban de soie qui retenait
ses cheveux « Prince, attends-moi La jolie fille s'en alla. À l'aide du ruban de soie, la pierre verte elle lia, puis redescendit dans la maisonnette. C'est ainsi que l'enfant-joli devint le prince de la fille jolie, du pays de sous la terre, là-bas, dans les ravins du Pourcassés. |