Rapport de Monsieur Bernard Poignant - Maire de Quimper
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Ce rapport dresse un état des
lieux des langues régionales en France. Au sommaire :
Inventaire
des langues régionales.
L'État-Nation
et sa diversité linguistique et culturelle.
La
situation actuelle dans l'enseignement, culture et médias.
Propositions dans le cadre institutionnel, dans l'enseignement public et l'enseignement associatif, dans la culture et les médias, à propos de la Charte européenne. On peut lire le rapport dans son intégralité
sur le site de la
Documentation Française
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| (1) extrait de l'inventaire des langues régionales
L'occitan. Cette appellation a été retenue dans la nomenclature établie par la loi Deixonne. Les académies concernées par l'enseignement de l'occitan sont les suivantes : Nice, Grenoble, Aix-Marseille, Clermont-Ferrand, Montpellier, Toulouse, Limoges, Bordeaux et, pour une faible partie, Poitiers. Cette langue est également parlée et enseignée en Espagne (au Val d'Aran où elle bénéficie d'un statut officiel) et dans un certain nombre de vallées italiennes des Alpes. Parmi les langues régionales, l'occitan se caractérise par son extension géographique, de loin la plus importante ramenée au territoire français, et par une production culturelle - en particulier littéraire - au prestige certain, à la fois très ancienne et vivace. |
| (2) extrait sur
l'État-Nation et les langues régionales
...C'est une histoire sensible, chargée de passions, de tensions et même de violences. La France est un État-Nation dont la naissance puise ses racines dans la monarchie, l'empire avant que ne s'installe la République une et indivisible. Son territoire métropolitain est
fait de conquêtes, d'annexions, de guerres, de révolutions,
de territoires perdus et reconquis, de mariages monarchiques etc.
Il se prolonge outre-mer par les territoires
issus de la période coloniale et demeurés dans la République.
Dans chaque région concernée,
il subsiste des blessures, même si très rares sont les Français
qui remettent en cause le principe de l'unité nationale. C'est
notre réalité, notre passé [...] Évidemment,
l'extension et l'obligation de la langue française ont été
au coeur de la construction de notre pays. Le français a été
souvent la langue du combat républicain, de la devise nationale
comme celle de la promotion sociale et de l'égalité des
chances. Il a été la langue de la liberté.
Il est vrai que ce développement
du français s'est fait au détriment d'autres langues. Il
est vrai que l'État a appliqué des méthodes qui ont
été à l'encontre des réalités linguistiques
des populations, de leurs traditions et de leurs cultures aussi.
Encore
faut-il regarder sans anachronisme cette période de naissance de
l'école républicaine. Le livre de Jean-François Chanet,
L'École républicaine et les petites patries préfacé
par Mona Ozouf, démontre que le premier objectif n'était
pas de faire disparaître les langues régionales. Il était
de faire apprendre la langue française à tous. Il était
de faire de chaque Français un républicain, un enfant de
1789. Des forces se sont opposées à cet objectif, notamment
dans l'église. La langue parlée par le peuple s'est trouvée
au centre de ce combat. Prise en otage, victime de cette bataille essentielle,
elle en a fait les frais dans certaines régions. Mais on ne trouve
aucune trace de volonté d'anéantir les langues régionales
dans les discours de Jules Ferry à la Chambre des Députés.
De la même façon, le dictionnaire de l'enseignement primaire
de Ferdinand Buisson ne prône pas une telle disparition. Écrivant
cela, il ne s'agit pas de passer sous silence les méthodes d'interdit
brutal de pratique de la langue régionale ou certaines déclarations
ministérielles de l'époque faites à l'emporte-pièce.
Il reste une mémoire de cette période et de ces pratiques
dans le conscient ou l'inconscient collectif des populations. Être
puni pour parler sa langue ne peut pas être soutenu. [...]
[...]
Nos langues et cultures régionales sont aussi notre patrimoine
commun, une partie du patrimoine de l'humanité. Aujourd'hui, la
République ne respecterait pas ses propres principes si elle n'était
pas attentive aux demandes, aux attentes, à la vie de ces langues
et cultures qui existent sur son territoire, en métropole comme
outre-mer. Notre pays aime protéger ses monuments et ses oeuvres
artistiques. Il a mis en place des structures administratives, formé
et recruté des fonctionnaires pour cela. Il doit porter la même
attention à son patrimoine linguistique et à sa diversité
culturelle. Cela relève de son devoir. Il est comptable de la vie
de ces langues sur son territoire. Pourtant, la France a pris beaucoup
de retard. Il a la responsabilité de les sauvegarder, de les transmettre,
de les développer. Ne rien faire serait choisir leur disparition,
au moins leur effacement. Cette disposition serait contraire à
de nombreux textes internationaux.
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(3) extrait sur la situation actuelle dans l'enseignement L'enseignement des langues (ou dans ces langues) et cultures régionales est diffusé dans trois réseaux scolaires : *
le réseau public (écoles, collèges, lycées
et universités)
*
le réseau des établissements d'enseignement privé
sous contrat d'association
*
le réseau des écoles, collèges et lycées
privés organisés sous forme d'associations culturelles.
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L'enseignement dans le réseau public ou dans le réseau
des établissements sous contrat :.
Chaque
niveau d'enseignement est concerné.
L'école
primaire regroupe les écoles maternelles et élémentaires.
Dans la continuité des textes précédents, la circulaire
de 1995 rappelle que peuvent être mises en oeuvre deux formes
d'enseignement : une initiation aux langues et cultures régionales
et un apprentissage fondé sur le bilinguisme [...]
*
À l'école maternelle : l'initiation a lieu à
raison de 1 à 3 heure(s) par semaine au cours d'activités
d'apprentissage de la vie sociale, d'éveil artistique, d'éducation
physique [...] L'enseignement bilingue peut être organisé
lorsque la demande des parents aura été reconnue et quand
existent des maîtres volontaires et formés pour l'assurer.
*
À l'école élémentaire, l'horaire de
français est intégralement maintenu et la langue régionale
est la langue d'enseignement dans tout ou partie des autres disciplines
[...]
*
Au collège, plusieurs possibilités d'apprentissage
sont ouvertes aux élèves volontaires :
-
une sensibilisation d'une heure hebdomadaire (facultative) de la 6e
à la 3e
-
une option langue et culture régionale (obligatoire ou facultative)
de 3 heures hebdomadaires
-
l'enseignement bi-langues (plutôt que bilingue), avec pour les
élèves de ces sections la possibilité de composer
en langue régionale aux épreuves d'histoire-géographie
du brevet.
*
Au lycée les langues régionales peuvent être
choisies en option (facultative ou obligatoire), les élèves
de 1re et terminales générales peuvent choisir
la langue régionale ou langue vivante 2 ou 3, ceux des sections
technologiques peuvent la choisir en L.V.2, et enfin, ceux des baccalauréats
professionnels ou de certains CAP ou BEP peuvent choisir de passer des
épreuves facultatives de langue régionale [...]
Tous
niveaux d'enseignement réunis, le total des élèves
concernés pour l'année 1996-1997 s'élève
à 335 000. Le total des élèves scolarisés
cette année-là était de 12 millions.
-
L'enseignement dans les écoles associatives
L'enseignement
assuré par les écoles associatives est original car fondé
sur des méthodes dites "d'immersion totale " dans la langue régionale
: les élèves, dès les classes maternelles, pratiquent
uniquement la langue régionale, puis progressivement utilisent
le français comme langue d'enseignement à côté
de celle-ci et, dans certaines écoles (Diwan, Calandretas), donnent
une formation en anglais. Les élèves sont donc non seulement
bilingues mais parfois trilingues à l'issue de leurs études
élémentaires [...]
Ces
associations ont des points communs : leur statut, leur pédagogie
de l'immersion, leurs rapports avec l'État consignés dans
des protocoles, leur formation des maîtres. Elles scolarisent
aujourd'hui 5 000 élèves.
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(4)
extrait sur les principes qui guident les propositions
Principe n° 1 : Les droits de l'enfant
et de l'élève sont la priorité [...]
Principe n° 2 : La langue française
est la langue officielle [...]
Principe n° 3 : La République
française reconnaît les langues et cultures régionales
sur son territoire [...]
Principe n° 4 : La politique en matière
de langues et cultures régionales doit s'inscrire davantage dans
le cadre de la décentralisation [...]
Principe n° 5 : L'école républicaine
est une école d'intégration [...]
Principe n° 6 : Apprendre une langue
régionale est un acte volontaire. Cette faculté doit être
ouverte à tous [...]
Principe n° 7 : Apprendre plusieurs
langues est une richesse [...]
Principe n° 8 : Le même niveau
de langue française doit être atteint par tous les élèves
[....]
Principe n° 9 : L'État s'engage
à assurer la continuité d'apprentissage d'une langue régionale
[...]
Principe n° 10 : L'État reconnaît
le pluralisme des méthodes pédagogiques [...]
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(5) Conclusion Plus la planète sera un village, plus l’information du monde arrivera chez soi, plus la circulation des images se démultipliera, plus chacun d’entre nous aura besoin de repères proches. Ceux-ci resteront nationaux. Ils seront aussi locaux et régionaux. Nous appartiendrons à toutes les strates de notre vie : local, national, européen, mondial. Il vaut mieux maîtriser cette évolution que de la subir. Il vaut mieux anticiper de façon positive que suivre à reculons. Il y va de la prise en compte de l’attente de nos concitoyens comme du rayonnement de la France à l’étranger. La place faite aux langues et cultures régionales doit illustrer, accompagner et soutenir les grands choix vers lesquels le pays s’est engagé ou a commencé à le faire : · Le choix européen : Notre exception culturelle en Europe ne doit pas signifier l’exclusion de notre diversité linguistique et culturelle en France. C’est pour cela que la position à l’égard de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires est importante. C’est pour cela que le gouvernement doit faire le choix de sa signature et prendre le chemin de sa ratification. · Le choix girondin : La reconnaissance des langues et cultures régionales est en quelque sorte un prolongement logique de la décentralisation. Celle-ci n’est pas un mouvement terminé. Ce choix n’est pas contradictoire avec l’affirmation de l’importance de l’État. Le besoin d’État est essentiel mais sa forme concentrée est paralysante. La République est notre forme de vie en commun mais sa forme jacobine a épuisé ses effets. La France est notre nation et sa capitale n’est pas toute sa réalité. · Le choix de la francophonie : la langue française a besoin d’être défendue et développée à l’étranger. Elle est notre langue commune. Son rayonnement à l’extérieur comme langue étrangère, sa défense comme langue minoritaire seront d’autant plus convaincants que la place des langues de France sera affirmée. Nous sommes un pays qui connaît une grande diversité de langues parlées, qu’elles soient historiques ou issues de mouvements migratoires. C’est pour cela que la langue française est primordiale, c’est pour cela qu’il faut avoir une politique suivie et cohérente pour les autres. · Le choix du multilinguisme : connaître ou apprendre deux, trois, quatre langues est sans doute l’horizon de la jeunesse pour le XXIe siècle. C’est une bonne chose pour l’échange entre les hommes, pour la vie professionnelle ou simplement touristique, pour la compréhension entre les peuples et leur respect réciproque. La langue française, la langue régionale, dès le plus jeune âge, ne sont pas des handicaps pour apprendre une langue étrangère. Certains disent que la troisième langue est toujours plus facile à aborder. Un tel choix constitue un enrichissement pour le pays tout entier et un épanouissement pour tous ceux qui s’y engagent. Après l’analyse, l’état des lieux, les propositions, ce sont les dernières raisons qui plaident en faveur d’une politique positive pour les langues et cultures régionales. |