HISTOIRE DE LA LANGUE OCCITANE
Du XIe siècle à la fin du XIIIe siècle,
l'occitan, langue de civilisation européenne
- Dès le Xe siècle la langue d'oc apparaît
dans certaines chartes latines et au XIe siècle
paraissent les premiers textes littéraires. L'occitan va
s'affirmer et devient une langue de culture européenne,
avec le mouvement littéraire et philosophique des Troubadours.
Leur influence est déterminante sur toute la littérature
européenne mais aussi sur notre civilisation occidentale.
- Des cours étrangères l'utilisent comme langue
de culture (Piémont, Aragon, Galice), des princes écrivent
des poèmes en occitan (Richard Coeur de Lion, le roi d'Aragon...).
De grands esprits de l'époque la connaissent et l'emploient
aussi bien que le latin (Dante...). C'est la Langue des Pays
d'Oc (les textes juridiques et de chancellerie l'utilisent
concurremment avec le latin).
- La croisade contre les Albigeois, au début du XIIIe
siècle, permet aux Français d'entrer sur les terres
du comté de Toulouse. L'activité littéraire
des Troubadours est brimée. L'annexion à la couronne
de France ne comporte pas la suppression de l'occitan mais une
diglossie sournoise s'installe peu à peu dans le pays.
Du XIVe siècle
à la révolution française : l'occitan reste
malgré tout langue de communication majoritaire
Durant cette période, la quasi totalité de la
population vivant dans le sud parle occitan, malgré une
avancée de la langue française.
- Après la conquête française l'Église
continue de prêcher en occitan dans le seul but de propager
la religion catholique.
- En 1539 François Ier, par l'édit
de VILLERS-COTTERÊTS (1539) assure la suprématie
de la langue française sur le latin et, de fait, sur
les autres langues, décrétant que l'on ne devait
employer dans le royaume de France "nul autre langage que le vulgaire
françois".
- Dès 1543, avec la création d'une imprimerie royale,
les écrits en français se multiplient.
- Le "Consistori del Gai Saber" (Consistoire du Gai Savoir)
fondé en 1323 s'était fixé pour but de mettre
en avant les anciennes valeurs de la langue d'oc au concours des
"Jeux Floraux". En 1513, il se transforme en Collège de
Rhétorique et n'admet plus que la seule langue d'oïl.
Il faut attendre le XIXe siècle pour que l'occitan
soit à nouveau admis à ses concours aussi bien que
le français.
- Au XVIIIe siècle, on commence à
ressentir comme une faiblesse les tournures et expressions occitanes.
Des dictionnaires paraissent comme preuve de cette volonté
de parler le meilleur français possible (Languedocien-Français
de l'abbé Sauvage, Les gasconismes corrigés
de Desgrouais).
- Des résistances existent :
- Des Occitans élaborent leurs oeuvres en contrepoint
du centralisme culturel français, comme le gascon Pey
de Garros au XVIe siècle, le toulousain
GOUDOULI au XVIIe ou l'abbé FABRE
au XVIIIe siècle.
- Les gens du Midi continuent à parler Occitan. Même
les élites bilingues le pratiquent entre elles.
La
Révolution, la chasse aux "Patois"
- Au début, sous la Constituante, l'occitan demeure
la langue de la démocratie directe. Les cahiers de
doléances sont parfois rédigés en occitan,
comme un grand nombre de communications. C'est une nécessité
pour expliquer aux citoyens le sens des lois nouvelles. Dans les
communes rurales, la Déclaration des Droits de l'Homme
et du Citoyen est présentée en occitan.
- La Convention met fin à cette politique. Désormais
la diversité des langues apparaît comme un obstacle
à la propagande révolutionnaire. Le français
est conçu comme un moyen d'unification, avec
un objectif politique pour lequel il y a une langue-étalon
de même qu'il y a un mètre-étalon. Alors s'ouvre
la chasse au "patois".
Le XIXe siècle,
progrès du français, mais renaissance littéraire
occitane
- Dès 1802 la pratique du "patois" est interdite à
l'école. À partir de 1850 de nombreux textes
montrent la volonté de "normalisation" et d'élimination
des langues régionales. Les lois de Jules Ferry (1881-1884)
sur l'enseignement vont accentuer ces phénomènes.
- En contrepartie le Félibrige, fondé en
1854 autour de Frédéric Mistral, accroît et
organise le renouveau littéraire qui se manifeste depuis
le début du siècle. Ce mouvement entend redonner
un lustre à la culture d'oc méprisée.
- À la fin du XIXe siècle, de nombreux
ouvrages traitent de la langue d'oc (nous retiendrons surtout
le Trésor du Félibrige de Mistral). Mais
il n'est guère question de l'enseigner. On se limite à
proposer de le prendre en compte pour un meilleur apprentissage
du français.
Le XXe siècle,
accélération du déclin et mouvements de défense
Alors qu'à la fin du XIXe siècle l'occitan
constitue la langue véhiculaire majoritaire du Sud de la
France, il n'est plus parlé quotidiennement aujourd'hui que
par une population limitée : une part de la classe
paysanne, des lettrés et des occitanistes qui l'utilisent
de manière volontariste. Il continue cependant à être
présent dans le français du midi, à travers
l'accent, la syntaxe, mais aussi certaines expressions.
- Les mouvements de promotion de la langue occitane :
- Le Félibrige né au XIXe siècle
continue son activité littéraire.
- A la Libération, en 1945, est fondé l'Institut
d'Études Occitanes et ses objectifs sont la défense
et la promotion de la langue et de la culture occitanes.
- C'est paradoxalement au moment où le déclin
s'accélère, qu'une prise de conscience se fait dans
les années 60. L'occitan est parfois la langue de la
contestation : Decazeville, les viticulteurs, le Larzac, les "exilés"
de l'intérieur... La création littéraire
et théâtrale fait preuve d'un dynamisme remarquable
et les chanteurs occitans obtiennent un réel succès
avec leurs chansons militantes.
- Ces mouvements de l'après-68 sont autant de phénomènes
liés à l'envie, parfois naïve, de changer la
vie, d'ériger un monde meilleur en retrouvant une authenticité
dans la langue et la culture du pays.
- La construction européenne, qui change la perception
de l'idée de nation, favorise les échanges et donne
une importance croissante au plurilinguisme.
- À l'heure actuelle, l'occitan est davantage reconnu
dans sa dignité de langue, mais il n'a qu'une place réduite
dans les médias et dans l'enseignement. C'est la situation
de diglossie.
Dans une Europe des régions, l'identité occitane
ne peut être que renforcée.
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