En pratique- Lo serpent
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Le serpent



Il y avait une fois un homme qui avait trois filles, l'une belle comme la lune, l'autre comme le soleil, et l'autre souillon. Le père partit un jour à une grande foire avec le cheval, si bien que l'une dit :
« Papa, à moi tu me porteras une robe qui brille comme la lune.  »
L'autre : « et à moi une autre qui brille comme le soleil.
- Et toi, tu ne veux rien, dit-il à la souillon.
- Oh moi, je ne veux rien, non, je suis laide. Quand même, tu me porteras au moins une rose.
- Oh, mon Dieu, oui, je te la porterai, ça n'est pas trop cher. »

Mais le soir, quand il s'en revint du marché, il pleuvait et grésillait, il tonnait, il faisait de tout. Il vit un grand château et y entra. Et voilà qu'il y avait tout ce qu'il voulait, du foin pour le cheval à l'écurie, pour lui du fricot à volonté, et il ne voyait jamais personne. Il appelait toujours, et toujours on lui portait ce qu'il voulait, et puis quand il eut vidé tous les plats, ils disparurent de devant lui, sans qu'il ait vu personne.

Le lendemain matin, il faisait un jour de chaleur terrible. Il alla au jardin : il y avait de beaux parterres de roses : « Té, se dit-il, je vais aller me cueillir une rose pour ma fille ». Mais il trouve un serpent qui lui saute à la gorge, et le serpent lui dit : « Je ne vous ai pas assez bien reçu cette nuit, pour que vous veniez me voler mes roses ?- Oh, non, ce n'est pas pour moi, que non. Je veux les payer. - Oh, je n'ai pas besoin d'argent, j'en ai assez. Pour qui voulez-vous cette rose ? - Pour ma fille, la souillon. - Eh bien que demain matin votre fille arrive ici, autrement vous êtes mort ».

Il alla donc mener sa fille dans ce château. Au bout de deux ou trois mois, le serpent à qui elle plaisait bien, dit à la fille : «  Vous travaillez ? - Oui.- Eh bien, je veux que vous soyez rentière. »
Et le serpent alla trouver sa mère dans le trou où elle était sous le pied de roses :« Maman, lui dit-il, je veux me marier. Prépare tout ce qu'il faut ».
Elle le prépara.

Alors le serpent partit pour acheter une paire de pendants et une bague et aussitôt arrivé, dit à la fille :
« Veux-tu venir avec moi à l'église ?  Eh bien ».
Ils arrivèrent à l'église. Monsieur le curé se préparait à dire la messe; mais quand il vit arriver cette bête, la peur le prend, il se met à crier et retourne à la sacristie :« N'ayez pas peur, non disait le serpent, je ne veux rien vous faire ».
Et ils étaient là assis sur le banc. Ils voulurent se rapprocher, mais Monsieur le curé cria à nouveau. Et le serpent de dire encore : « Oh, n'ayez pas peur, non ; je ne veux rien vous faire, je veux juste me marier ».

Et de fait il ne lui fit rien,  il se maria et le serpent mit les pendants aux oreilles de sa fiancée, et la bague à son doigt, et laissant là dans l'église tout son habit de serpent, il devint avec sa femme le plus beau monsieur et la plus belle dame de toute la France.


Vincent FOIX
Traduction Guy Latry
Contes de gascogne. L'imaginaire gascon,  Reclams, Pau 1995

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