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Une biographie de Nicole Vedrès

L'éducation au cinéma pour les élèves, la constitution d’une culture cinématographique pour les enseignants sont deux enjeux plébiscités dans les nouveaux programmes. L’article publié dans l’École numérique 12 et s’intitulant « Paris 1900, un film au croisement des arts » propose une analyse narrative et formelle du film de Nicole Vedrès. Nous vous proposons, en complément, une biographie de la réalisatrice.


© collection privée

Fille de Jules Rais, bibliothécaire de la Chambre des députés, et d’une mère russe, Ludmila Savitsky, traductrice de James Joyce, Nicole Vedrès (1911-1965) fut une personnalité importante du monde littéraire français de l’après-guerre aujourd’hui complètement oubliée. Après avoir obtenu une licence en droit et en lettres, elle débuta comme journaliste dans des hebdomadaires artistiques, des magazines féminins et au Mercure de France. Puis elle se lança avec succès dans une riche carrière d’écrivaine publiant à tour de rôle, entre 1946 et 1965, des romans, des essais, des chroniques et une pièce de théâtre. Elle participa également à plusieurs émissions culturelles à la télévision et, à partir de 1957, anima l’émission « Lectures pour tous » avec Pierre Desgraupes et Pierre Dumayet. Les enregistrements de certaines de ces émissions sont visibles sur le site de l’INA : on y découvre, en les visionnant, une femme élégante, à l’élocution douce et précise, au regard pétillant d’intelligence. Attirée par le cinéma, elle réalisa deux longs métrages (Paris 1900 et La vie commence demain) et deux courts métrages (Amazone et Aux frontières de l’homme, tous deux coréalisés avec le biologiste Jean Rostand).

Nicole Vedrès dira que son goût pour les traces du passé se manifesta, de retour en France, après avoir terminé ses études en Allemagne aux universités de Heidelberg et de Kiel, lorsqu’elle fut chargée de dépouiller les archives personnelles de Jules Ferry. Son premier travail de « montage » d’images et de mots, à proprement parler, date de 1943. C’est un ouvrage intitulé Un siècle d’élégance française, un beau livre publié aux éditions du Chêne, conçu comme un collage de documents et de textes écrits par elle. Dans l’avant-propos, elle exprime déjà l’idée qui sera au cœur de Paris 1900 : « Nous avons réuni les témoignages d’un siècle qui fut celui de l’élégance, celui du roman, celui de la peinture, qui fut contradictoirement aussi celui de l’industrie, des catalogues, des meetings et de la photographie. Pour tirer d’un temps si mêlé la quintessence, le sublime parfois adhérant au personnage, les visages étaient importants, comme le vêtement, comme les moindres accessoires ; les scènes de la vie publique ne l’étaient pas moins (nous avons conduit cette promenade centenaire jusqu’à la naissance de notre siècle, jusqu’à l’extrême pointe, où trop proche de nous, l’élégance soudain perd pour un temps sa valeur et son nom, se trouble de souvenirs, d’humour et n’est plus que la mode). » La mise en page des gravures, des reproductions de tableaux et des photographies est très originale, dynamique, jouant avec les différents formats des documents et l’alternance des couleurs et du noir et blanc.

Deux ans plus tard, Vedrès publie chez le même éditeur un autre livre, Images du cinéma français1, qui reprend le principe du précédent avec la même exaltation esthétique. La plupart des 250 photographies de films regroupées par entrées thématiques (burlesques et comiques ; la terreur ; l’aventure ; la condition humaine ; hommes et femmes ; l’atmosphère ; influences ; l’histoire ; en quête de formes) proviennent des collections de la Cinémathèque française qui ont été mises à sa disposition par son ami Henri Langlois.
En tout cas, c’est à la suite de ces deux publications faites sur la base d’un important travail documentaire que Nicole Vedrès fut approchée par Pierre Braunberger, le futur producteur de la Nouvelle Vague, qui la chargea, en 1946, de réaliser un film d’archives dans l’esprit des March of Time américains d’avant-guerre. « J’ignorais tout de la technique du montage. C’est tout simple, me dirent des amis que j’avais dans le cinéma, on coupe et on colle. Cette réponse m’encouragea. C’est comme ça que le cinéma est devenu mon métier », avoue-t-elle dans une interview, le 30 avril 1953, des Nouvelles littéraires. Vedrès ajoute : « À mes yeux, l’histoire est un domaine qu’on ne peut saisir que par l’imagination ». De fait, Paris 1900 va lui offrir la possibilité d’appréhender le passé en explorant d’autres chemins, en allant plus loin que dans un livre. C’est-à-dire en ayant recours à des images animées à la fois comme point d’appui historique et source d’inspiration, faisant surgir par la même occasion les grandes figures de l’art immortalisées par le cinématographe.

Laurent VÉRAY

professeur au département cinéma et audiovisuel, université Sorbonne nouvelle-Paris 3 (75)

[1] Images du cinéma français, Paris, Les éditions du Chêne, 1945, p. 34.