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N°16 - Juin 2013

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Architecture : de la pierre au numérique

L’imagerie 3D envahit les médias, elle exerce sur nos élèves une attraction indéniable. Les restitutions virtuelles de monuments livrent parfois au public des images non contrôlées scientifiquement. Quelles reconstitutions privilégier en classe ? Comment les utiliser pour éviter de tomber dans l’écueil du cours-jeu vidéo ?

Par la reconstitution numérique 3D, un monument est rendu visible ou « visitable » numériquement. Il faut distinguer la restitution d’un monument intact, et celle d’un monument au moins partiellement disparu, qui réclament des traitements différents.
La simple visite virtuelle d’un monument intact (chapelle Sixtine, galerie des Glaces) repose sur la numérisation de l’existant et pose peu de problème épistémologique. Elle se substitue à une excursion sur le terrain, même si elle n’en a pas le charme, et suscite moins d’« excitation ». La reconstitution numérique d’un site au moins partiellement détruit appelle une critique externe approfondie. Ce type de document ne peut en effet être considéré comme une source, c’est un avatar des sources, qui exige de la part de ses concepteurs des efforts d’extrapolation, et qui rend compte d’un élément plausible – et non pas certain – du passé. Il ne s’agit pas pourtant de rejeter l’utilisation des reconstitutions numériques en classe, le travail de l’historien, en particulier des périodes reculées, est un travail sur le vide, l’absent. Cependant, une recherche préalable des auteurs d’une reconstitution et de leurs sources paraît incontournable pour définir son degré de fiabilité.

L’exemple de l’église de Cluny III

Pour restituer numériquement en 3D l’église de Cluny III, les seules sources archéologiques n’ont pas suffi aux ingénieurs de l’ENSAM. Ils ont en effet eu recours aux dessins 3D de l’archéologue américain Kenneth John Conant (début du xxe siècle) qui contribuent pour 92 % à la reconstitution, en particulier de la forme et de l’élévation du bâtiment, et ils ont dû rendre les parties disparues par extrapolation en se référant aux églises clunisiennes encore intactes (Paray-le-Monial, La-Charité-sur-Loire, Souvigny).

La visite virtuelle en 3D d’un monument, qui nous cantonne certes à un type d’utilisation simple du document (la visualisation), est loin d’être dénuée d’intérêt. Pour l’église de Cluny III, les films Mémoires de pierre et Maior Ecclesia (ENSAM de Cluny) offrent une vue sous différents angles favorisant la description architecturale concrète d’une église romane, la mise en évidence de l’articulation de ses espaces et de leur fonctionnalité, mais aussi la démonstration de l’élévation exceptionnelle de l’édifice, et même le trajet de la lumière du soleil dans la journée.

Pour éviter de tomber dans l’écueil de l’anachronisme – un monument reconstitué numériquement pouvant donner l’impression d’une réalisation contemporaine –, on peut recourir à des images en « réalité augmentée »*, qui facilitent l’appréhension de ses différentes temporalités (temps de sa construction, de son utilisation, de son apogée, de son extension, sa transformation, son détournement ou son abandon éventuels, de sa destruction). Pour l’église de Cluny III, on peut partir de l’image en réalité augmentée de l’emprise de l’église sur l’espace actuel pour souligner qu’il s’agissait de la plus grande église de la chrétienté avant la construction de Saint-Pierre de Rome et insister sur la place centrale de Cluny dans la chrétienté occidentale. Par son élévation, ses dimensions remarquables et la taille de ses ouvertures, son architecture permet d’appréhender l’apogée du roman et la transition vers le gothique.

L’une des limites de l’utilisation de la reconstitution de l’église de Cluny III reste la date tardive de certains éléments restitués dans la maquette (XVe siècle), alors que l’église était édifiée au XIIe siècle. Il est indispensable de la restituer dans ses temporalités.

Comme tous les outils TICE, les reconstitutions numériques peuvent donc être utilisées légitimement en classe, pour peu que l’on prenne la précaution de les présenter comme des hypothèses, que l’on se soit informé de leur fiabilité et qu’on les intègre dans une démarche pédagogique raisonnée.

Le professeur d’histoire doit se soucier de faire de l’histoire, et, dans le sillage de l’historien, avoir une ambition véritative ; cette exigence ne peut être sacrifiée à l’attractivité des TICE.

Sophie GAUDELETTE
professeure d’histoire, collège Marcel-Pagnol, Bonnières-sur-Seine (78)

Pour en savoir plus

Note

  • Ce terme désigne la superposition de l’image d’un monument en ruine avec celle de sa reconstitution (en jouant sur la transparence), ou la substitution de l’image reconstituée du monument à celle de ses ruines, dans son environnement actuel.

Légende photo : Borne de réalité augmentée ray-on dans le petit transept de la grande Eglise.
Crédits : Arts et Métiers ParisTech Centre de Cluny / on-situ