L’accessibilité pédagogique

Qu’est-ce que l’accessibilité pédagogique ? Quels en sont les enjeux et les priorités en primaire ? Quels outils facilitant l’apprentissage des élèves en situation de handicap sont disponibles pour les enseignants ?

Un enjeu de culture professionnelle enseignante

Qu’est-ce que l’accessibilité pédagogique ? Hervé Benoît et Jack Sagot, universitaires, chercheurs et formateurs à l’Institut national de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA), en donnent une définition claire[1] : « L’accessibilité pédagogique correspond aux pratiques et aux savoir-faire professionnels que développent les enseignants, avec le support d’aides techniques spécifiques ou généralistes, pour promouvoir des réponses pédagogiques adaptatives, susceptibles de réduire la situation de handicap au sein même de la classe. »

Ils ajoutent qu’« il s’agit d’un véritable enjeu de culture professionnelle enseignante qui comporte une autre implication importante : le dépassement de la notion d’hétérogénéité des élèves – lieu commun de la pédagogie depuis plus de vingt-cinq ans – par celle de l’hétérogénéité des compétences de chaque élève, et que c’est à cette hétérogénéité-là qu’il convient d’apporter des réponses adaptatives, qui pourront prendre la forme d’aides techniques ou humaines, dans un cadre général d’accessibilité pédagogique. »

Le numérique et l’accessibilité pédagogique

Pour la facilitation des apprentissages des élèves en situation de handicap, on ne peut réduire les aides techniques à la seule fonction de compensation d’un empêchement physiologique. Elles permettent aussi, via le développement d’applications appropriées, d’agir dans le champ des processus cognitifs, des stratégies à mettre en œuvre pour l’accomplissement des tâches scolaires et l’acquisition de connaissances. C’est cette dimension que la direction générale de l’enseignement scolaire et son bureau des ressources pédagogiques ont, dès 2007, entrepris d’explorer en instituant un dispositif spécifique de soutien à la production et à la diffusion de ressources numériques adaptées, en lien étroit avec l’inspection générale et l’INSHEA. À ce jour, près d’une vingtaine de projets ont été subventionnés. Un accent particulier a été mis sur ceux destinés aux élèves sourds et malentendants, en cohérence avec la mise en place progressive dans les académies des Pôles pour l’accompagnement à la scolarisation des jeunes sourds (PASS). Concernant l’enseignement primaire, on peut citer :

D’ores et déjà disponibles

  • Par France 5 et le Scérén-Cndp, « lesite.tv pour tous », version accessible du site de vidéos éducatives à la demande « lesite.tv ». Pour les élèves sourds ou malentendants, un player innovant permet la lecture simultanée de deux flux vidéo : la vidéo ordinaire et l’interprétation en langue des signes française (LSF) ou le codage en langage parlé complété (LPC) du sous-titrage télétexte incrusté sous cette vidéo.
  • Par l’INS-HEA, « J'apprends à lire avec la LSF », un DVD-Rom destiné à accompagner de jeunes enfants sourds ou malentendants (grande section maternelle à CE1) dans leur apprentissage de la lecture. S’appuyant sur un texte de la littérature de jeunesse (Les Peurs de Petit-Jean, éd. Bayard-Poche), l’approche retenue prend en compte la dimension graphophonologique. L'élève découvre le fonctionnement de la langue et le passage à l'écriture à travers des activités où explications et consignes sont en LSF, toutes doublées en voix off pour permettre à tous les élèves d’utiliser la ressource. « Le Ballon perché », un deuxième titre du même éditeur, est en cours de développement.
  • Par l’Association pour le développement d’aides technologiques aux personnes handicapées (DATHA) et le Scérén-CNDP, « La Vache et le chevalier », un livre numérique (un DVD vidéo + un DVD-Rom) autour d’une histoire originale, sur le thème de l’entraide. Conçu spécifiquement pour soutenir et motiver les jeunes enfants sourds ou malentendants dans leur acquisition de la langue française orale et écrite, cet outil multimédia, entièrement sous-titré, peut être montré à toute la classe. L’histoire est déclinée en trois niveaux de difficulté croissants. Elle est proposée en LPC et en français oral dans son intégralité, ainsi qu’en LSF pour le premier niveau de difficulté.
  • Par le Laboratoire d'informatique en image et systèmes d'information (LIRIS-CNRS/université de Lyon) et l’INS HEA, « NAT », un logiciel libre qui permet la transcription automatique de textes et d'énoncés mathématiques en braille intégral ou abrégé, sous forme imprimée ou électronique, pour des usagers aveugles ou malvoyants. L'opération inverse, détranscription du braille vers le noir, est également disponible.

En cours de réalisation

  • Par l’association Deux langues pour une éducation et l’université de Poitiers, « ToBi », une bibliothèque numérique en ligne pour une pédagogie bilingue français/LSF, au cycle II.
  • Par l’association Les Montagnes du silence, de Bourg-Saint-Maurice, et l’École Centrale de Lyon, « Une trace pour s’entendre », un site pour les enfants de 8 à 12 ans conçu autour des traces d’une expédition polaire menée par des sourds et des entendants au Svalbard, en 2010.
  • Par l’association FotoFilmEcrit Persiste et Signe et l’Agence O, « La Mécanique du silence », un DVD pédagogique interactif pour initier à la LSF les élèves sourds ou entendants (premier degré et collège) et les sensibiliser à la culture des sourds. Les activités s’appuient sur un court-métrage tourné en Bourgogne, à La Fabuloserie, création authentique d’un artiste sourd reconnu, Pierre Avezard.
  • Par l’Association française pour la lecture, « Vidéographix », un service en ligne intégrant la LSF dans les démarches d’apprentissage et de perfectionnement de la langue française écrite. Il s’agit de renforcer l’autonomie des enfants sourds dans leurs apprentissages et de permettre aux entendants d’entrer en communication avec leurs camarades sourds à partir de textes partagés.
  • Par le Centre national d’enseignement à distance (CNED), un cours interactif en ligne d’initiation à la LSF, pour le cycle III.
  • Par l’INSHEA et le CRDP de Lille, « Les troubles spécifiques du langage oral et écrit », un DVD d’information destiné aux enfants et adolescents porteurs d'un trouble spécifique du langage oral (TSLO ou dysphasie) ou d'un trouble spécifique de langage écrit (TSLE ou dyslexie), à leurs parents et aux personnels de l'Éducation nationale qui les encadrent. C’est une version actualisée et enrichie d’un produit qui avait déjà donné lieu à une première publication en 2005.
  • Par l'association Fédération Autisme Vie Entière, d’Aix-en-Provence et l'INRIA de Bordeaux, des outils d'assistance pour l'inclusion des élèves autistes, permettant d'organiser et de soutenir les activités pédagogiques et sociales de ces élèves en milieu scolaire ordinaire. Cette assistance s'articule autour d'une tablette numérique et propose un catalogue ouvert d'applications, téléchargeables gratuitement. L'application phare, intitulée « Le ralenti pour aider les enfants autistes », vise à capturer et présenter les évènements environnementaux au ralenti. Tous types d'enseignement, niveau école et collège.

Communication

Pour faire connaitre et stimuler les usages de ces ressources numériques adaptées, le ministère a également mis en place :

  • un Observatoire national des ressources numériques adaptées, piloté par l’INSHEA et chargé notamment de recenser, décrire, évaluer l'existant et d’assurer la veille sur la production et la recherche.
  • un portail national d’information, « L’école pour tous », opéré par le Scérén-CNDP, à destination des personnels enseignants, d’inspection, d’encadrement et d’orientation de l’Éducation nationale, des parents et des responsables des collectivités territoriales. Les travaux de l’Observatoire précité y sont publiés.

Une grande transversalité

Pour conclure, redonnons la parole à Hervé Benoît et Jack Sagot : « Fondamentalement, il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises aides techniques matérielles ou logicielles. Tout est affaire d’adéquation entre un besoin éducatif et un outil mis à disposition. Il existe une grande transversalité des aides techniques pour répondre à la diversité des besoins des élèves en situation de handicap. »

On peut même élargir la cible à l’ensemble des élèves, puisque les pédagogues sont unanimes : les ressources pédagogiques adaptées se révèlent à l’usage pertinentes pour tous les élèves, ce qui conforte a posteriori les orientations de la loi du 11 février 2005 instaurant un modèle d’école inclusive.

Thierry Bertrand
Ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative
Direction générale de l'enseignement scolaire
Sous-direction des programmes d'enseignement, de la formation des enseignants et du développement numérique
Bureau des ressources pédagogiques

Pour en savoir plus :

 

[1] cf. Nouvelle revue de l’adaptation et de la scolarisation, no 43, octobre 2008 (www.inshea.fr)