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N°13 - Octobre 2012

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Le numérique au service des langues régionales : l’expérience du CRDP de l’académie de Strasbourg

Quand le numérique offre une tribune aux langues régionales et permet à leur enseignement de prendre un nouvel élan, le CRDP de Strasbourg témoigne.

Si le numérique bouscule les usages de lecture, d’écriture, de production et de transmission du savoir, il constitue aujourd’hui « un atout de taille pour notre modèle éducatif[1] » en raison des usages renouvelés qu’il permet et des méthodologies qu’il fait naître. Dans ce contexte, l’étude des langues régionales[2] (LR) est particulièrement intéressante à conduire. Moribondes pour beaucoup, une prise de conscience a néanmoins permis, ces dernières années, de mesurer la richesse et l’intérêt liés à leur survie, tant au niveau national qu’européen.

L’expérience du Centre régional de documentation pédagogique (CRDP) de l’académie de Strasbourg est révélatrice de ces évolutions. Éditeur, producteur et diffuseur de ressources pour les publics scolaires, il est à la charnière des métiers d’édition et des problématiques posées au niveau éducatif par le numérique. Sa base du patrimoine d’Alsace[3], regroupant des ressources documentaires régionales en une présentation critique, est le témoin de ce virage inévitable vers les nouvelles technologies et amène à évaluer l’intérêt des outils numériques dans l’enseignement des LR.

Les langues régionales d’Alsace

Tentative de définition

Du fait de l’histoire particulière de la région, les LR prennent, en Alsace, une dimension particulière. Elles recouvrent deux réalités distinctes : d’une part, un allemand dialectal qui « n’est pas une langue unifiée ou codifiée, [...] [est] essentiellement parlé [et] possède néanmoins une littérature » (Elsasserditsch) ; d’autre part, « l’allemand littéraire et standard[4] ». Mais la situation n’est pas si simple, car il existe plusieurs aires linguistiques, témoins de différentes variantes du parler dialectal, qui s’interpénètrent et restent difficiles à identifier comme telles.

Si les LR d’Alsace restent la deuxième langue régionale de France[5], elles sont en perte de vitesse depuis plusieurs décennies. La situation aujourd’hui marginale des LR dans l’enseignement s’explique par une conjugaison de facteurs.

Carte  « Aires linguistiques en Alsace »

Carte Stéphane Hibou, CRDP d’Alsace, 2010

D’ap. Raymond Matzen.

Spécificités des langues régionales d’Alsace

L’Alsace est une région dont l’histoire mouvementée impacte directement le statut des LR. Marie-Noëlle Denis rappelle ainsi que « [le] dialecte alsacien est une langue germanique […] [et que] les changements d’appartenance nationale et, en conséquence, de langue officielle, ont entraîné des modifications de statut pour le dialecte ». Après le second conflit mondial, « le dialecte fut frappé d’indignité nationale »[6]. Ainsi, nombreux furent ceux qui l’oublièrent, car trop proche de la langue de l’occupant nazi. Cette évolution rejoint celle qui, depuis le XVIIe siècle[7], est parvenue à faire du français la seule langue officielle de l’État. Pour Bernard Cerquiglini, la France défend encore un monolinguisme dont les racines remontent au XIXe siècle[8], faisant des dialectes une menace pour l’unité du pays.

Si ces facteurs font baisser l’audience des LR dans la société et l’enseignement, on assiste depuis plusieurs années à une prise de conscience plus fine de leurs enjeux. Dans pareil contexte, le numérique peut être un moyen de valoriser les LR.

Le numérique dans l’enseignement des langues régionales

Le patrimoine local à l’honneur

« L’Éducation nationale se doit de […] veiller au développement des LR et de contribuer à leur transmission. […] L'enseignement des LCR favorise la continuité entre l'environnement familial et social et le système éducatif[9] » et a pour finalité la « préservation et [la] transmission d’un élément de la richesse du patrimoine national, [la] contribution à la reconnaissance de la diversité culturelle au sein de la communauté nationale, [et l’]ouverture aux communautés linguistiques proches ». L’approche pédagogique par le patrimoine régional permet à l’élève de lier le savoir à son ancrage de proximité, de se donner des points de repères familiers. De plus, l’intérêt de l’étude d’une langue (régionale ou étrangère), en plus de permettre la communication, est la connaissance d’une culture nouvelle et enrichissante.

Si l’environnement immédiat est privilégié, il n’empêche pas l’inscription du territoire dans un contexte global. L’Alsace, région frontalière à l’histoire bigarrée, s’est résolument tournée vers l’Europe. Les textes insistent d’ailleurs bien sur les avantages que constitue l’apprentissage des langues dans le monde d’aujourd’hui, où les frontières tendent à s’estomper et où la mobilité devient un nouvel art de vivre.

Un accompagnement renouvelé des pratiques

A minima, le numérique permet de rééditer et de diffuser des ressources jusque-là imprimées. Le CRDP s’est ainsi lancé dans la réédition numérique de ses cahiers LCR, qui peuvent être librement consultés, téléchargés ou imprimés à la demande[10]. Bien plus qu’une pâle copie de l’original, ces ouvrages sont mis à jour et font la transition entre les usages liés au papier et ceux, plus récents, liés au numérique.

Mais celui-ci permet également l’agrégation de ressources multiples, à l’image de la BNPA qui diffuse des images fixes et animées, des cartes dynamiques, des frises chronologiques interactives, des lexiques illustrés ou des albums d’images interactives, donnant à voir un degré de détail admirable[11]. Ce site diffuse des ressources inédites, peu ou pas connues, issues de grandes institutions culturelles. Internet met bien de la proximité dans la distance, en ce sens que des contraintes traditionnelles comme le temps, l’espace et la médiation du papier s’estompent : le patrimoine est à portée de clic, disponible immédiatement, n’importe où et n’importe quand.

De plus – est-il utile de le préciser ? – le support numérique rend possible la mise à jour et l’enrichissement continu du contenu, qui n’est pas figé, se renouvelle sans cesse, mais interroge également un savoir qui perd son caractère véridictoire traditionnel.

Ce qui sous-tend,  la réflexion aujourd’hui, est le faire autrement par le numérique, qui donne du sens et ouvre un potentiel pédagogique nouveau. Le numérique tient une place majeure dans le domaine de la différenciation pédagogique. L’enseignant, apprenti sorcier, a désormais la possibilité de s’adapter à son public de manière plus fine et pourra, demain, se voir créer des outils sur mesure, des structures comme le CRDP pouvant penser leurs ressources en conséquence. C’est l’enjeu même des manuels dématérialisés, l’un de nos futurs proches.

L’outil numérique renouvelle ainsi l’enseignement et l’apprentissage des LR en proposant des applications innovantes et en faisant le pont entre des pratiques pédagogiques anciennes et les réalités d’apprentissage actuelles. L’activité éditoriale du CRDP est faite de tâtonnements mais use des potentialités de ces nouvelles technologies pour accompagner des usages en devenir. En se positionnant sur ce créneau éditorial, il met en exergue un enjeu de poids, qui pose la question de l’entrée de son public dans cette culture numérique, aujourd’hui inévitable.

Léa ACKERMANN
Responsable des éditions numériques
CRDP académie de Strasbourg

Pour en savoir plus

Site général du CRDP de l’académie de Strasbourg :  www.crdp-strasbourg.fr       

Base numérique du patrimoine d’Alsace : www.bnpa.fr

 

Ouvrir et/ou télécharger la version PDF

 

Repères bibliographiques

1)     Les langues régionales : généralités

Marie-Noële Denis, « Le dialecte alsacien : état des lieux », Ethnologie française 3/2003 (vol. 33), p. 363-371. Disponible sur : www.cairn.info

Michel Duée, « L’alsacien, deuxième langue régionale de France », Insee, Chiffres pour l’Alsace, n° 12, décembre 2002, p. 3-6. Disponible sur : www.insee.fr/fr/insee_regions/alsace/themes/cpar12_1.pdf

Jean-Marie Gautherot, Daniel Morgen et Yves Rudio, « L’enseignement bilingue en Alsace et en Moselle », Les Langues modernes, n° 4, 2010. Disponible sur : www.aplv-languesmodernes.org (Rubriques « Articles », « Les dossiers »)

Pierre Klein, « L’Alsace, entre trois langues et deux cultures », Diasporiques, n° 8, nouvelle série, décembre 2009, p. 46-52. Disponible sur : www.diasporiques.org/Diaspo8_alsace.pdf

Daniel Morgen et Armand Zimmer, « L’enseignement de la langue régionale en Alsace et en Moselle », Tréma, n° 31, 2009. Disponible sur : http://trema.revues.org/981

Jean-Claude Rodriguez, « Le bilinguisme en Alsace », Animation & Éducation, n° 171, novembre-décembre 2002, p. 36-37. (Liens consultés le 26 juillet 2012.)


[1] Jean-Jacques Boisseau. « 3 questions à… Jean-Michel Fourgous ». In L’École numérique. La revue du numérique pour l’éducation, n° 1, octobre 2009, p. 6.

[2] La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires a défini celles-ci comme « les langues pratiquées traditionnellement sur un territoire d’un État par des ressortissants de cet État qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population de l’État et [celles] différentes de la (des) langue(s) officielle(s) de cet État ». Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, Série des traités européens, n° 148, 5 novembre 1992, article 1a. Disponible sur le site du Conseil de l’Europe : http://conventions.coe.int/treaty/fr/Treaties/Html/148.htm.

[3] CRDP d’Alsace. Base numérique en ligne (BNPA). 2010. Disponible sur : www.bnpa.fr.

[4] Pierre Klein. « L’Alsace, entre trois langues et deux cultures », in Diasporiques  , n° 8, décembre 2009, p. 46. Disponible sur : www.diasporiques.org/Diaspo8_alsace.pdf

[5] Voir notamment François Clanché. « Langues régionales, langues étrangères : de l’héritage à la pratique », Insee Première, n° 820, février 2002, 4 p. Disponible sur :

www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ip830.pdf ; Marie-Noëlle Denis. « Le dialecte alsacien : état des lieux », Ethnologie française 3/2003 (vol. 33), p. 363-371. Disponible sur :

www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2003-3-page-363.htm ; Michel Duée. « L’alsacien, deuxième langue régionale de France », INSEE : Chiffres pour l’Alsace, n° 12, décembre 2002, p. 3-6. Disponible sur : www.insee.fr/fr/insee_regions/alsace/themes/cpar12_1.pdf et Jean-Claude Rodriguez. « Le bilinguisme en Alsace ». In Animation & Éducation, n°171, novembre-décembre 2002, p. 36-37.

[6] Denis. Op. cit., p. 363.

[7] En 1539, l’ordonnance de Villers-Cotterêts de François Ier fait du français la seule langue officielle du royaume de France. Langue du roi, le français gagne alors peu à peu toutes les sphères de la société.

[8] Bernard Cerquiglini fait remonter cette origine à la Terreur, où « [les] LR sont alors perçues comme des langues antirépublicaines » et à la guerre de 1870 suite à laquelle « on se recentre […] sur les savoirs car il faut combattre l’instituteur prussien : […] il s’agit de reconstruire l’École sur la langue, et donc de diffuser massivement la langue de la République aux dépends des autres langues ». Voir Bernard Cerquiglini. « Bon français et mauvaises parlures ». In Les Cahiers pédagogiques, 58e année, n° 423, avril 2008, p. 16-17.

[9] France. Ministère de l’Éducation nationale et ministère de la Recherche. Circulaire n° 2001-166 du 5 septembre 2001 relative au développement de l’enseignement des langues et cultures régionales à l’école, au collège et au lycée, Bulletin officiel du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de la Recherche, n° 33, 13 septembre 2001. Disponible sur : www.education.gouv.fr/bo/2001/33/encartc.htm.

[10] Action proposée en lien avec la Maeri (Mission académique à l’enseignement régional et international). Ces ouvrages sont disponibles à l’adresse suivante : www.crdp-strasbourg.fr/3863-cahiers-lcr-numeriques.

[11] Voir par exemple le portail central de la cathédrale de Strasbourg, un chef d’œuvre de l’art gothique, peu visible depuis le parvis de l’édifice et qui est sublimé grâce à cette technique des images haute définition. L’image interactive est visible à l’adresse suivante :

www.crdp-strasbourg.fr/data/albums/facade_occ/index.php?img=11&parent=20.


 [lp1]Insérer carte.