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N°13 - Octobre 2012

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25 ans après Statis : quoi de neuf dans nos TD ?

Les sciences économiques et sociales entretiennent de longue date un rapport étroit avec le numérique - ne serait-ce qu'en raison de la place qu'y occupe la manipulation des statistiques. À cela, rien d'étonnant : le dictionnaire de l'Académie française ne définit-il pas l'informatique, au milieu des années 1960, comme la « science du traitement rationnel, notamment par machines automatiques, de l'information considérée comme le support des connaissances humaines et des communications dans les domaines techniques, économiques et sociaux » ?

Il y a 25 ans déjà...

De ce fait, une partie des professeurs de SES n'ont donc pas attendu le « boom » de l'informatique grand public pour commencer à mettre en œuvre des outils numériques dans leur classe. Simulateurs, bases de données, tableurs et grapheurs font leur entrée dès les années 1980 sur de vénérables ordinateurs « compatibles IBM-PC ».
Le tableur se prêtait particulièrement bien à une exploitation en SES : n'avait-il pas justement été inventé en 1978 par un étudiant en économie afin de venir à bout plus promptement de ses exercices ? Bricklin, étudiant à Harvard, en a l'idée en utilisant une calculette Texas Instruments. Il imagine comment un système permettant la visualisation dite « tête haute » d'une feuille de calcul, piloté par une souris, lui faciliterait la résolution de ses exercices d'économie en lui permettant de tester rapidement plusieurs hypothèses1.
Dès les années 1980, moins de dix ans après l'invention du tableur outre-Atlantique, quelques professeurs de SES audacieux font traiter des données par leurs élèves et générer des représentations graphiques2. Traiter, mais aussi produire des données : il existe déjà un outillage d'applications suffisant pour réaliser une enquête statistique3.
Ces professeurs n'ont pas tardé à saisir qu'en mettant l'élève en position de manipuler les données par des moyens numériques, on augmente son « engagement cognitif » et on favorise l'assimilation des savoirs et  des savoir-faire. Le fait de construire le document à partir de données qu'il aura cherchées, sélectionnées, retraitées, place l'élève dans une posture d'activité et permet d'obtenir une implication plus forte. Construire un graphe oblige à configurer de nombreux paramètres – choix du type de représentation, des séries, des étiquettes, des unités, légendes, minima et maxima des axes, titre... – ce qui aide à prendre conscience de l'importance des détails et des choix qui sous-tendent toute représentation de données.

Last but not least, la finition graphique confère à cette activité une vertu de valorisation, un peu dans l'esprit de l'imprimerie de Freinet.
Dans les années 1990, l'usage du logiciel Statis, un tableur simplifié à vocation pédagogique vendu avec des bases de données sur disquette, tend à se banaliser dans l'enseignement des SES.

Et aujourd’hui ?

Ces expérimentations numériques des années 1980-1990 semblent appartenir à un passé reculé. L'informatique est sortie des grandes institutions publiques et privées pour envahir les domiciles des particuliers, et jusqu’aux poches de nos élèves dont le moindre des ordiphones surclasse en performances les PC d'il y a 25 ans. Un vaste mouvement d'acculturation numérique a traversé la société et l'accès à Internet s'est démocratisé au point que Bruno Devauchelle n'hésite pas à écrire que les élèves privés d'accès à Internet ne représentent plus que « quelques rares unités d'enfants ayant des contextes de vie spécifiques, opposition culturelle, extrême marginalité sociale et linguistique »4. Au lycée, les TICE s'échappent des salles multimédia où on les avait confinées, et se répandent dans les classes grâce aux vidéoprojecteurs, aux tableaux numériques interactifs et de moins en moins rarement, aux tablettes tactiles. Avec les ENT, les usages pédagogiques s'appuient sur des systèmes d'information inspirés de ceux de l'entreprise.
Quelles sont les répercussions de ces mutations sur cette « figure imposée » des sciences économiques et sociales qu'est la séance de travaux dirigés à base de statistiques ?

Le renouveau du TD statistique

Si le cœur de cette activité n'a pas changé, elle est aujourd'hui susceptible de s'inscrire dans des scénarios pédagogiques plus riches, qui vont permettre de valoriser l'activité de l'élève et de l'amener à une prise croissante d'autonomie.
Les bases de données en ligne sont une source de prédilection pour ces travaux dirigés. On citera notamment celles d'Eurostat5 et de l'OCDE6, où des applications web très évoluées permettent de créer et de paramétrer finement ses extractions, soit pour les rapatrier sur le poste utilisateur, soit pour générer des représentations graphiques en ligne. L'étape de recherche des données, de mise en œuvre des batteries de critères proposés par les sites, n'est pas la moins intéressante. Elle peut s'inscrire dans une démarche de type « résolution de problèmes » à la manière de celle qui existe dans l'enseignement des sciences : à une question donnée, c'est aux élèves de répondre par des hypothèses qu'ils devront confirmer ou infirmer à l'aide de données empiriques.
Le traitement des séries peut se faire aussi bien sur le site d'où elles ont été extraites que dans un logiciel « lourd » tel qu'Open Office Calc ou Microsoft Excel. Alternative intéressante, l'usage des tableurs en ligne proposés dans la suite bureautique Google Docs par exemple, existe aussi sous forme d'application web indépendante7.
Le tableau numérique interactif permettra aussi de mutualiser le travail des élèves qu'on aura collecté, par exemple, via le réseau local. Une fois affichée aux yeux de tous, une représentation graphique pourra être commentée, annotée, corrigée, soit par son auteur, soit par le professeur.
Le prolongement naturel de cette activité est la production d'un document numérique composite (texte, données, représentations graphiques), soit avec un outil bureautique (traitement de texte, logiciel de présentation), soit dans un outil en ligne tel qu'un CMS (Content Management System : Spip, Joomla...), un blog, ou en utilisant les fonctionnalités proposées par les ENT.
Pour initier les élèves aux interfaces de ces différents outils, le professeur dispose d'une palette de médias élargie : au-delà du traditionnel tutoriel, souvent accessible en ligne, on peut proposer aux élèves des enregistrements d'écran (screencasts) interactifs, pourvus de légendes8. De façon alternative ou complémentaire, la démonstration in vivo de l'usage d'une application au vidéoprojecteur ou au tableau numérique interactif est une technique efficace, surtout si les élèves se succèdent aux commandes. On pourra alterner les épisodes de prise en main collective et individuelle sur poste ou sur tablette.

Vers la pédagogie de projet

D'un seul type d'usage proposé par les logiciels de type Statis, on est passé à une gamme d'activité aux modalités variables : travail individuel ou en petit groupe sur poste ; travail collectif sur tableau numérique ou sur tablette ; travail en ligne ou hors ligne ; travail sur le temps de classe ou hors du temps de classe ; recherche de données, paramétrage des séries, extraction, exploitation ; traitement des valeurs à l'aide de formules, export de représentations graphiques ; impression papier, production de documents numériques, publication sur le Web.
Le professeur est donc en position de jongler avec toutes ces modalités pour imaginer des enchaînements pédagogiques selon le niveau de classe et le degré de familiarité des élèves avec les outils. Lors des premiers pas des élèves, ce sont surtout les technologies d'assistance, de scaffolding9, qui seront utiles : initiation collective sur TNI, tutoriels interactifs, essais en classe sur tablette. Mais à mesure que les élèves gagnent en autonomie, on pourra s'engager dans des scénarios plus ambitieux : individuellement ou en groupe, les élèves peuvent traiter d'une question en cherchant les données adéquates et en les retraitant, afin d'illustrer leur propos. Au passage, on pourra mobiliser tout l'outillage collaboratif en ligne, qui comprend aujourd'hui bloc-notes, cartes heuristiques et outils bureautiques. Le résultat de ce travail peut donner lieu à republication sur Internet. On réalisera ainsi une boucle « du Web au Web », une information issue de la Toile étant remise sur le Net après une phase de traitement créatif et de production écrite – phase qui, dans l'idéal, se déroule elle aussi en ligne. Plus riche encore, la boucle « du terrain au Web » : une activité de recherche donne lieu à une enquête statistique, et les données ainsi créées font l'objet d'un travail de publication.
En faisant appel aux multiples possibilités du numérique d'aujourd'hui, le professeur de SES peut donc renouveler le genre « TD statistique » pour en faire le cœur d'une véritable « pédagogie de projet » en sciences économiques et sociales.

Joachim DORNBUSCH
professeur agrégé de sciences économiques et sociales (Versailles)

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1     Bruno Devauchelle, Comment le numérique transforme les lieux de savoirs : Le numérique au service du bien commun et de l'accès au savoir pour tous, FYP éditions, 2012, p. 147
2     Michel Beaudouin-Lafon (2007). 40 ans d'interaction homme-machine : points de repère et perspectives, Interstices, in Éric Bruillard, François-Marie Blondel, Histoire de la construction de l’objet tableur, document de pré-publication, version 1 du 22 octobre 2007.
http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/18/09/12/PDF/histoire_construction_objet_tableur_v1.pdf
3     On trouve encore en ligne un article de Michel Voisin, l'usage de la micro-informatique en SES, Bulletin de l'EPI, n° 56 de décembre 1989 : http://edutice.archives-ouvertes.fr/docs/00/03/07/51/PDF/b56p149.pdf
4     cf. Cette expérience pionnière de Catherine Duvernet : http://edutice.archives-ouvertes.fr/docs/00/03/07/47/PDF/b52p095.pdf
5     Voir http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/statistics/themes (disponible en français).
6     Voir http://stats.oecd.org (disponible en français).
7     Applications libres telles que ZK Spreadsheet (http://zssdemo.zkoss.org/zssdemo/index.zul) pouvant être proposées par les services informatiques d'un établissement ou d'une académie.
8     Quelques screencasts sur le site SES de l'académie de Versailles : www.ses.ac-versailles.fr/spip.php?article36
9     Dans la littérature anglo-saxonne des sciences de l'éducation, le scaffolding désigne le fait d'apporter aux élèves une assistance juste suffisante pour leur permettre de réaliser une tâche complexe, pour retirer ensuite graduellement cette assistance.