Vous êtes ici : Accueil > Tous les numéros > Numéro 8 - Juin 2011 > Focus : Enseigner avec les réseaux sociaux > Twitter, un réseau social aux problématiques littéraires ?
N°8 - Juin 2011

Actualites

Du mercredi 20 au vendredi 22 novembre 2013

Educatec-Educatice : salon professionnel de l'éducation

Mercredi 11 et jeudi 12 décembre 2013

Les boussoles du numérique

Recherche

Recherchez sur le site

Newsletter

S'inscrire à la lettre d'information L'École numérique

La librairie en ligne de l'éducation
Agence nationale des usages TICE

Twitter, un réseau social aux problématiques littéraires ?

Avec Twitter, l’élève produit un écrit synthétique tout en réfléchissant aux enjeux de la communication et de la publication en ligne. Un professeur de lettres témoigne des atouts mais aussi des limites de ce réseau social.

Pourquoi utiliser un réseau social tel que Twitter en cours de lettres ? Tout d’abord, c’est la contrainte de 140 caractères par tweet qu’impose ce réseau qui a semblé très intéressante pour réfléchir à des problématiques littéraires autant que sociales.

En terminale littéraire

En effet, le premier compte fut créé avec une classe de terminale littéraire (@littlyc) et s’est assigné plusieurs objectifs pédagogiques :

  • créer une émulation et une motivation dans la classe par l’utilisation de ce réseau pour profiter de sa dimension sociale ;
  • faire produire chez tous les élèves un écrit, aussi minimaliste soit-il ;
  • faire réfléchir à la communication induite par ce réseau.

Le compte, public, a permis dans un premier temps aux élèves d’entrer en contact avec le professeur d’une autre classe de Lons-le-Saulnier. Toutes deux collaborent à un site participatif qui doit fournir des ressources pour le travail de l’année en littérature. Le compte fonctionne ainsi comme un relais. Il était donc en premier lieu question de motiver la classe destinataire des tweets de façon à créer un dialogue autour des œuvres.

Dans un deuxième temps, les élèves du compte @littlyc ont posté différents tweets : des tweets de communication, mais aussi des tweets qui profitaient de la contrainte de l’écriture pour produire, par exemple, des haïkus qui rendent compte de leur interprétation de la pièce de Beckett au programme. On a ainsi pu leur proposer de chercher des citations et de les commenter ou de poster des tweets rendant compte de leur réflexion sur les œuvres (comme des exemples de questions possibles le jour de l’épreuve, questions qui rendent compte de leur compréhension des enjeux du texte). L’intérêt de la contrainte à la production d’un écrit de quelques mots réside dans la réflexion sur le vocabulaire ainsi induite, puisque chaque mot devait être le plus précis et exact possible, dans la mesure où le tweet ainsi constitué devait rendre compte d’une pensée plus globale. Ce travail est très fructueux car l’épreuve que les élèves doivent passer se fait en un temps très court et nécessite des qualités de synthèse que l’outil a permis de travailler.

Enfin, l’intérêt de ce réseau est bien sûr d’entrer en contact avec le monde entier et, d’abord, avec d’autres professeurs et d’autres institutions tels que le compte @web2Gaulle, avec qui la classe a commencé à partager.

En BTS comptabilité-gestion

La motivation chez les élèves qu’a suscitée l’utilisation du réseau social a conduit le professeur à créer un deuxième compte (@BTSGeneration) avec une classe d’étudiants en BTS de comptabilité-gestion de deuxième année, dans le cadre du cours de culture générale et en lien avec les deux thèmes de l’année : « Génération » et « Rire pour quoi faire ? » L’objectif affiché et donné aux étudiants était de créer un dialogue au sein de la classe pour permettre à tous et non à quelques-uns seulement de s’exprimer. Ce compte est lui aussi un compte de classe et doit servir d’outil de collaboration entre les étudiants afin qu’ils construisent des ressources et échangent avec des abonnés au compte, des professeurs surtout.

Cependant, on a pu constater immédiatement des limites à l’utilisation de ce réseau, limites relevant de la situation d’énonciation : créé en milieu d’année, et donc trop tard, ce compte n’a pas semblé très utile à tous les élèves : alors qu’on cherchait à les rendre acteurs de leur savoir (on les incitait à développer des compétences pour chercher, trier, comprendre), on a pu remarquer que certains ont refusé la dimension pédagogique de l’outil.

En seconde

À la lumière de ces limites constatées, et surtout à la demande des élèves de la classe de 2de, un troisième compte classe (@jevousecris) a été créé dans l’optique de pratiquer des ateliers d’écriture et de favoriser les échanges. Cette fois-ci, on a expressément demandé, lors de la signature de la charte qui le stipulait, de créer un compte personnel mais à usage scolaire afin de permettre la communication entre les élèves, qui s’en sont tout de suite emparés. On a ainsi pu voir de jeunes lycéens, jusque-là assez peu motivés, se remobiliser et être même moteurs et les premiers écrivains. On se destine donc à découvrir la littérature et ses contraintes (du respect de l’orthographe jusqu’aux contraintes ludiques de l’Oulipo). On cherche aussi à développer un engagement des élèves dans leurs lectures afin qu’ils puissent assumer un discours, justifier leurs choix, leurs enthousiasmes et leurs aversions.

Ainsi, le réseau social Twitter permet de faire écrire les élèves dans un cadre de communication réelle et en temps réel, afin de faire comprendre les enjeux de la publication en ligne, c’est-à-dire les enjeux de toute publication. Dès lors, d’« écrivants », ils sont appelés à devenir auteurs.

Delphine REGNARD,
professeure de lettres classiques, académie de Versailles