Évelyne Coutas
Site de l'artiste : www.evelynecoutas.net
Biographie de l'artiste
Lieu de résidence : Bièvres
Structure culturelle : Le musée de la photographie de Bièvres
TRAVERSES
Regards sur le territoire essonnien
par Évelyne Coutas
Projet pédagogique
Projet artistique
Photographies
Projet pédagogique
C’est un moment important : le point où je bifurque, où je ne suis plus la voie tracée, le moment à partir duquel je ne suis plus prise dans le flux. Évelyne Coutas
Depuis novembre 2008, les élèves des collèges Ferdinand Buisson (Juvisy-sur-Orge) et Roland Garros (Saint-Germain-lès-Arpajon) accompagnent la plasticienne Évelyne Coutassur le projet photographique dans lequel elle est engagée, en partenariat avec le musée français de la Photographie de Bièvres et la Maison de Banlieue et d’Architecture d’Athis-Mons.
En croisant l’usage de techniques photographiques éloignées de par leur appartenance historique – le photogramme, le sténopé et l’image numérique –, Évelyne Coutas se propose de reconsidérer l’impact de la mobilité sur le regard en explorant la zone intermédiaire située entre les trois villes, selon deux points de vue : les grands axes de déplacement qui structurent le territoire et les « chemins de traverse ». Munie d’outils élémentaires, feuilles de papier sensible, boîte en carton, téléphone mobile, compact numérique, elle tente de rendre compte de la nature constructive du regard et d’appréhender non pas les apparents contrastes des lieux, mais le déplacement des frontières entre différents espaces, entre plusieurs degrés de visibilité.
Les collégiens sont invités à investir les mêmes outils, à poser un questionnement similaire, à échanger avec l’artiste et proposer un regard personnel, documentaire ou poétique, sur leur environnement à travers une pratique personnelle de la photographie.
Pascal Cochard, professeur d’enseignement artistique au collège Ferdinand Buisson et Évelyne Breuiller, professeur de technologie au collège Roland Garros, accompagnent le projet « Écritures de lumière ».

Projet artistique
Pascal Cochard : Évelyne Coutas, pouvez-vous, en tant qu’artiste photographe, expliquer la place particulière qu’occupe le territoire dans votre travail, le regard que vous portez sur ces espaces que vous traversez ?
Évelyne Coutas : J’ai travaillé en Essonne pendant de nombreuses années, sur des sites en apparence très contrastés : Juvisy et Bièvres, Grigny et Boigneville, Évry et Champcueil.
La perception que j’ai eue de ces lieux m’a amenée progressivement à tenter d’analyser ce qui faisait que, visuellement, j’avais du mal à trouver mes repères. Je me suis dit que cet inconfort n’était pas dû à l’infrastructure du territoire, mais au fait qu’il m’était difficile d’y trouver la place de mon regard.
Le statut du regard dans les processus de représentation m’intéresse tout particulièrement. Une représentation n’est pas seulement la conversion plastique de mon regard porté sur le monde selon un certain point de vue ; elle est elle-même miroir de ce que l’environnement perçu me renvoie.
Je ne me pose pas en ethnologue, mais bien en photographe attentif à des espaces d’échelles différentes, aménagés par l’homme, donc déjà des formes de représentation. `
P.C. : Comment définiriez-vous les évolutions, les transformations subies par ces territoires ?
E.C. : J’ai évoqué l’idée d’un contraste apparent entre différents sites : réalités géographiques, perceptives, résonance culturelle, appropriation symbolique. Plus encore aujourd’hui, la traditionnelle opposition nature/bâti, urbain/rural se révèle très réductrice.
Le concept de « paysage » – et l’on s’en rend bien compte au cours d’un déplacement – a laissé place à une notion tenant compte d’une nouvelle échelle et d’une mixité des espaces : celle de « territoire ».
Si l’on entend par « territoire » les formes d’ensemble, les formes individuelles, et la façon dont elles sont reliées par l’homme, on peut supposer que les contrastes, les hybridités qui se dessinent dans ces paysages sont liés à la nature de ces liens plus qu’à une opposition simpliste entre deux pôles extrêmes.
On peut considérer que la nature, par exemple, n’existe que dans le rapport que nous entretenons au réel ; l’évolution d’un territoire (donc dans notre exemple, de sa part de « nature ») signifie simplement que le rapport de l’homme à son environnement, ainsi que la manière dont il se le représente, ont changé. Dans cette optique, la première évidence est qu’il n’existe plus, dans nos territoires d’Île-de-France, aucun territoire vierge, aucune nature « naturelle ».
J’ai réfléchi à redéfinir la qualité des liens qui construisent le territoire.
Parmi eux, l’ensemble des grands axes de déplacement m’a semblé le plus significatif.
P.C. : En quoi les axes de déplacement revêtent-ils, pour vous, l’importance particulière que vous leur assignez ?
E.C. : D’une part, ils organisent le territoire et en sont des éléments structurants forts ; d’autre part, la notion de « parcours », à dimension humaine ou non, fait partie intégrante de la quête photographique, du cheminement humaniste au road movie contemporain ; enfin, ils font clairement émerger la nature constructive du regard.
J’interroge l’action du déplacement sur la pertinence du regard. Si les voies de circulation ont en partie modelé le territoire, elles induisent un certain type de comportement visuel.
En réintroduisant la notion de « point de vue », j’interroge également la place de l’homme au sein du territoire observé.
P.C. : Mais à côté de ces grands axes, n’y a-t-il pas d’autres voies, d’autres parcours à explorer, d’autres champs offerts à nos regards ?
E.C. : C’est justement le propos de ce travail.
L’Essonne est l’un des deux départements les plus vastes d’Île-de-France. Autoroutes, nationales, voies ferrées et fluviales en sont des constantes organisationnelles.
Si l’on s’en tient à ces axes, on s’aperçoit rapidement que le regard est paradoxalement borné. Je ne perçois que ce qui m’est imposé par le tracé, la vitesse de déplacement, la durée du cheminement. Les voies de communication sont à la fois une dynamique structurante de l’espace et une limite perceptive.
Sortir du chemin ouvre des horizons visuels plus vastes.
Des formes de poésies existent au-delà de ce que le réseau impose au regard, elles reformulent la question de la morphologie des lieux : le déplacement du regard répond à un déplacement (une bifurcation) dans le cheminement, à un moment donné.
C’est un moment important : le point où je bifurque, où je ne suis plus la voie tracée, le moment à partir duquel je ne suis plus prise dans le flux.
L’errance redevient possible. Les espaces sensibles, a priori invisibles, qui produisent une charge poétique, qui construisent un milieu, se révèlent et avec eux, la façon dont les acteurs du territoire se sont engagés pour l’appréhender ou le transformer. On passe du global à la pertinence du détail, du donné à voir au hors-champ. On travaille sur les seuils de visibilité, les limites, les zones intermédiaires, on met en évidence les formes de permanence plus que de disparité.
Ce n’est pas le paysage qui a changé, mais les frontières entre différents espaces, entre plusieurs degrés de visibilité (donc de réalité) qui se sont déplacées.
P.C. : Pensez-vous qu’on ne retrouve ces frontières, cette mouvance, que dans le maillage des déplacements ?
E.C. : Non, ceci est vrai pour tous les composants du territoire : il existe des zones de contacts, des sortes d’interfaces poreuses qui manifestent la façon dont l’homme se représente sa réalité : ce sont les subtiles frontières privé/public, nature/bâti, détail/global, environnement habitable/environnement circulable, forme fonctionnelle/forme symbolique, beau naturel/beau provoqué.
Ces interfaces subissent, en fonction des époques, des cultures, des situations géographiques, économiques, des déplacements sensibles à l’intérieur de systèmes bipolaires stables, à tort interprétés en termes de rupture.
Pour répondre à ce principe, j’ai choisi d’aborder mon expérience des lieux à l’aide de dispositifs photographiques eux aussi en apparence opposés en raison de leur technique et de leur appartenance historique : le sténopé, le photogramme, l’image numérique.
Mes outils ont en commun d’être assez rudimentaires : papier photographique argentique, boîte en carton, téléphone portable.
P.C. : Pouvez-vous expliciter le lien unissant ces différents outils et la représentation de l’espace qu’ils en font ?
E.C. : Ici aussi se jouent des déplacements, dans la technique et l’usage et de l’image.
Le photogramme, le sténopé, sont les formes les plus primitives de l’image automatique, ontologiquement les plus « photographiques ».
L’objet en contact sur le support sensible est une trace directe, la valeur de contenance de l’image en est renforcée.
Le sténopé, dispositif sans lentille, nous ramène à notre propre dispositif optique.
Les images obtenues par l’un et l’autre de ces dispositifs nécessitent du temps, une maîtrise de la lumière, et posent un problème de multiple : si le photogramme reste unique, le négatif papier produit par le sténopé est reproductible par contact.
La photographie numérique, au-delà de ses différences techniques, présente une double spécificité : la répétitivité de la prise de vue favorisée par la volatilité de l’image, et l’instantanéité du partage rendu possible par la mise en ligne, le MMS et l’e-mail.
Une fois encore, il ne s’agit pas d’une opposition, mais d’une variation de l’interface entre le médium photographique et le comportement du photographe : c’est au cœur du dispositif production/échange que s’est opéré le déplacement.
Aujourd’hui, le photographe ne représente plus le monde de la même façon, peut-être parce qu’il ne se représente plus le monde de la même façon. Pourtant, il y a permanence du regard, permanence de l’image, qu’elle soit sur support papier ou sur l’écran du portable.
Ce sont les constantes du système.
Juvisy, février 2009.
Entretien avec Évelyne Coutas, plasticienne
par Pascal Cochard, professeur d’enseignement artistique, collège F. Buisson, Juvisy-sur-Orge.

Photographies
Les travaux réalisés par Évelyne Coutas, dans le cadre de cette résidence, seront publiés prochainement.
Production des élèves
Série De la lune au vivant par Loulwa Ramadan
L’idée est venue en regardant par la fenêtre de ma chambre.
J’ai fait deux séries numériques qui se répondent : celle de la journée (les bambous), celle de la nuit (la lune).
J’ai aussi fait des photos de mon animal familier, mon cochon d’Inde. Je l’ai pris de très près car j’aime les gros plans.
Quand j’ai eu les tirages papier de mes photos, je me suis rendu compte que les photos de son œil vu de près et les photos de la lune avaient quelque chose en commun : le point de lumière, un point blanc.
Ça, je ne m’en étais pas aperçu au moment de la prise de vue.
Par ce point blanc, on passe de la lune – qui est un astre mort –, à l’animal – donc au vivant.
J’aime les photos où on ne voit pas tout de suite ce que c’est, parce que chacun peut inventer sa version.
Le titre donne le repère.
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Série Nature / contre-nature par Marine Bourles
Élève de 3e, Collège Ferdinand Buisson, Juvisy-sur-Orge
Une, deux, puis trois feuilles.
Que viennent-elles faire ici ?
Et qui est cet homme en noir ? Fuit-il ? Se cache-t-il ? Poursuit-il quelqu’un ?
Dans le cadre de l’atelier photo du collège Ferdinand Buisson de Juvisy-sur-Orge, je suis allée prendre une série de photos au Parc de la Mairie.
Mon père a commencé à mettre des feuilles devant l’objectif : de là sont nées les quatre premières photos.
La dernière a été prise lorsqu’il était en train de marcher.
Le mur en pierres est le mur d’enceinte de l’observatoire Camille Flammarion.
Il a été pris dans deux sens : aller et retour.
Ces deux photos ont été assemblées afin de créer une seule et même image.
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Série Par-delà la fenêtre
Cécile Casanova, atelier photo, collège Ferdinand Buisson, Juvisy-sur-Orge
J’ai pris ces photos un mercredi, dans un lieu où je passe une grosse partie de mon temps : le collège.
J’ai réalisé des points de vue sur l’extérieur en orientant mon objectif là où le regard de tout élève se pose. Lorsque cet élève rêve, la fenêtre est le premier endroit qui appelle son attention.
Le noir et blanc m’a permis d’ajouter une part de mystère, de ne pas gâcher l’atmosphère et de restituer l’aspect fantomatique de ce lieu vide d’élève.
Et même quand je m’y suis promenée, mon regard a été attiré vers ce lieu « extra-ordinaire » : dehors.
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À portée de main
Marine Bourles, classe de 3e, collège Ferdinand Buisson, Juvisy-sur-Orge
Qui n’a pas rêvé un jour d’avoir une maison à portée de main ?
La main effectue un cadrage, ce qui nous oblige à la regarder.
La photo donne l’impression que la maison est au creux de la main. On pourrait presque la toucher du doigt.
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Vues sur le temps
Julianne Güler, atelier Photo, collège Ferdinand Buisson, Juvisy-sur-Orge.
J’habite dans une résidence de Juvisy-sur-Orge.
Depuis ma fenêtre, j’ai fait plusieurs prises de vues.
Je suis restée au même endroit, mais je me suis placée selon deux directions différentes.
J’ai fait des clichés le matin, d’autres dans l’après-midi, d’autres le soir.
Les photos sont toutes différentes.
Les couleurs, les matières, la météo changent, les emplacements des voitures aussi.
Il n’y a pas de gens sur ces points de vue, mais c’est normal puisque c’est un parking peu fréquenté, en tout cas au moment où j’ai fait les photos.
Je voulais montrer les changements du « temps qu’il fait ».
En fait, je montre aussi le « temps qui passe ».
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Triptyque "le Pigeonnier"
Anais Moreira Da Silva, classe de 4e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
Fleurs de béton
Anais Moreira Da Silva, classe de 4e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
La route infinie
Anais Moreira Da Silva, classe de 4e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
Nature de couleurs, sténopés colorisés
Valentin Trony, classe de 4e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
« Parcequ’on a l'impression de voir la vie de plusieurs façons. »
Un beau jour
Ferdinand Lambertrayar, classe de 4e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
Diptyque Hier / Aujourd'hui, Aujourd'hui / Hier
Patricia Andrade, classe de 6e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
Le chemin fleuri
Patricia Andrade, classe de 6e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
Série Fermetures
Arthur Bresset, classe de 4e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
Série Environnements urbains
Arthur Bresset, classe de 4e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.
Voitures
Arthur Bresset, classe de 4e, collège Roland Garros, Saint-Germain-lès-Arpajon.


