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Feb 12

Édito

retour à l'accueil

Permettre la rencontre entre un photographe, des élèves et leur enseignant autour d’un projet de pratique artistique photographique, telle est la démarche renouvelée chaque année par l’opération « Des clics et des classes » et les résidences Écritures de Lumière. Pour chaque expérience menée, une synergie se crée entre l’apport à dominante artistique d’un photographe et celui à dominante pédagogique d’un enseignant.

La stimulation propre à tout travail mené en relation directe avec un artiste engendre le développement de la curiosité et de la sagacité des élèves sur leur environnement et sur eux-mêmes. Ils inventent ou s’approprient des protocoles de prise de vue, étendent leurs connaissances artistiques et reconsidèrent leurs visées habituelles sur l’image photographique.
Ils expérimentent également le sens de la couleur, du cadre, de la lumière, de l’espace, de l’identité et, en définitive, la responsabilité du regard porté par le photographe.

À l’heure où le multimédia, l’hybridation des pratiques et la puissance des réseaux de partage des images réinventent le statut de la photographie, une pratique réfléchie de l’image fixe permet aux jeunes de mieux appréhender ses enjeux actuels et futurs.

Beatrix von Conta, photographe en résidence au lycée professionnel Clément Ader de Samatan en 2010, définit la manière dont elle vit son travail auprès des élèves. Son texte Éloge des courbatures exprime avec beaucoup d’engagement les principes partagés par le ministère de la Culture et de la communication et le CNDP dans la mise en œuvre des résidences Écritures de Lumière et des ateliers « Des clics et des classes ».

 

«...Éloge des courbatures

La présence d’un artiste dans un établissement scolaire n’a souvent rien d’évident au départ. Ni pour l’artiste, ni pour les enseignants, ni pour les élèves. C’est la mise en contact de deux univers aux fonctionnements différents qui se fréquentent rarement au quotidien, mais plutôt par œuvres interposées. À distance, donc.

D’un côté, l’artiste qui « s’amène » avec ses « bagages » plus ou moins identifiables, l’idée d’un projet, les doutes inhérents à toute création. De l’autre, les enseignants, confrontés à un programme scolaire complexe et dense, aux contenus et rythmes définis à l’avance, découpé par une sonnerie implacable en fines tranches de temps non extensibles. L’acceptation des perturbations inévitables que peut engendrer « l’intrusion » provisoire d’un créateur ne peut alors être que le fruit de personnes de « bonne volonté ».

Car si pour tous les acteurs les attentes sont multiples, leurs contours restent incertains.

Pour tous, la curiosité, l’envie d’ouverture et le désir de frottement des univers seront des éléments déterminants pour « franchir » les frontières invisibles au profit d’une vraie rencontre, d’une aventure humaine et créative, dépassant la rigidité du cadre. Quel qu’il soit.

Le programme ministériel d’« Écritures de Lumière », programme d’éducation à l’image, visant à encourager le développement de pratiques culturelles et artistiques en rapport à la photographie, recouvre une très belle idée, dont la mise en œuvre, forcément créative, provoque obligatoirement une certaine déstabilisation et la perte de quelques petites certitudes.

Ainsi, la réussite d’un atelier est souvent – mais pas obligatoirement – l’expression d’une « alchimie » particulière concoctée par quelques-uns avec beaucoup d’énergie, de ténacité et d’engagement.

Aucune résidence ne ressemble à la précédente, mais toutes impliquent une prise de risque pour les partenaires impliqués afin de surmonter les grillages plus ou moins souples érigés nécessairement par l’institution.

Toute résidence est aussi un acte sportif, pas seulement pour l’artiste. Et parfois, il en reste des courbatures. Et c’est bon signe.

Beatrix von Conta, mai 2010... »